Fred Pellerin, chevalier de l’Ordre national du Québec

Le conteur Fred Pellerin est félicité par ses enfants après avoir reçu l’Ordre national du Québec des mains de la première ministre Pauline Marois.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le conteur Fred Pellerin est félicité par ses enfants après avoir reçu l’Ordre national du Québec des mains de la première ministre Pauline Marois.

C’est la voix étranglée par l’émotion que le conteur Fred Pellerin a finalement reçu mercredi l’Ordre national du Québec des mains de la première ministre Pauline Marois, espérant que ses enfants pourront dire un jour qu’ils appartiennent à « une race qui sait exister ».

Le conteur à la verve légendaire avait refusé en juin dernier de venir cueillir cet honneur, jugeant que le contexte social tendu qui prévalait en marge de la crise étudiante ne se prêtait ni aux cérémonies ni à la fête.


Mais mercredi, l’artiste de Saint-Élie-de-Caxton, sympathique aux carrés rouges et poète à la fibre nationaliste, s’est empressé d’exprimer dans ses mots colorés sa fierté devant une telle marque de reconnaissance. « Qui aurait pu dire que le conte se rendrait ici, que le Caxton viendrait icitte ? Pour moi, ça confirme une chose. Que le Québec est vaste, est riche, il échappe au moule. Il est encore ouvert, immense à bâtir et il fait la bienvenue », a-t-il ajouté.


Après avoir blagué sur la fameuse « pin » qu’il arborait fièrement sur son « premier veston », l’auteur de 36 ans - dont les contes ont été portés à l’écran dans Babine et Ésimésac - a dit de cette médaille aux airs humbles que ses « racines [étaient] creuses et [allaient] loin dans le coeur ».


De fierté et de douleur


Visiblement très ému, Fred Pellerin, qui, en dix ans de carrière, a conquis non seulement le public québécois, mais connaît un succès notoire en France, a traduit en ces mots ce que lui inspire le Québec.


« Il y a dans le Québec quelque chose qui m’habite assez profondément […], parfois par grande fierté, parfois par douleur, parfois par question de flous. Parce qu’apprendre à aimer le Québec et à en découvrir la “ flouitude ” qui l’entoure par moments, parfois c’est dur. Pourtant, je sais qu’il existe, le Québec, parce qu’on le sent, on l’entend, on le marche, on le travaille, on l’habite, on l’habille. »


« S’il est flou, le Québec, il y a au moins une clarté, c’est celle d’avoir un peuple qui l’habite. Un peuple avec qui on pourrait s’entendre sur certains frissons qu’on partage, sur certaines peurs, sur certaines hésitations, sur certaines saisons, que ce soit l’hiver, […] l’été, l’automne ou parfois même les printemps. Les fiertés peuvent participer à enlever un peu de flou dans les frontières territoriales et de sens », a-t-il poursuivi, faisant référence aux manifestations populaires survenues tout au long du printemps 2012.


Violence et chaos social


Lors de ce fameux « printemps érable », Fred Pellerin avait pris fait et cause pour le mouvement des carrés rouges et s’était montré atterré de l’attitude du gouvernement libéral. La ministre de la Culture d’alors, Christine St-Pierre, avait associé le port du carré rouge à la violence et à la promotion du chaos social. Elle s’était par la suite excusée auprès des artistes qu’elle avait pu offenser, dont Fred Pellerin.


En apprenant que Jean Charest souhaitait lui remettre l’insigne de Chevalier de l’Ordre national du Québec, le conteur de la Mauricie avait alors rétorqué par la voix de sa maison de gérance : « Il se trouve que ce peuple, à qui on me demande de faire honneur […], se trouve présentement plongé dans une crise sociale d’ampleur. Je m’en voudrais de célébrer et de trinquer à l’honneur de ce peuple dans le contexte actuel, où même notre démocratie se fait secouer par la base. » « Au-delà des honneurs, il y a des convictions. Profondes », avait-il fait savoir par voie de communiqué.


L’humeur du poète était visiblement d’une tout autre eau mercredi dans la salle du conseil des ministres, rayonnant d’une fierté qui l’a fait clore son discours par la célèbre phrase de l’écrivain Louis Hémon : « Ces gens sont d’une race qui ne sait pas mourir. » La voix étranglée par l’émotion, le conteur a dit espérer que ses propres enfants pourront dire un jour qu’« ils sont d’une race qui sait exister ».


La première ministre Pauline Marois a tenu à souligner la réciprocité entre l’artiste et sa patrie. « Que vous soyez ici avec nous ou là-bas à l’autre bout, le peuple du Québec est fier de vous. C’est entre autres pour cette raison que ce peuple vous invite, par notre entremise, à joindre son Ordre national et il vous a entendu exprimer avec l’humanité, l’émotion, l’humilité qui vous caractérisent, la fierté que cet honneur vous donnait », a dit Mme Marois.


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Avec La Presse canadienne

24 commentaires
  • André Vallée - Inscrit 20 décembre 2012 05 h 35

    Du vrai

    ... ça se voit, ça s'entend, ça se sent... avant de se dire. C'est la base sur laquelle on peut bâtir du solidaire, du scientifique, du légal, de l'économique.
    Comique et économique peuvent être solidaires.

  • Gilles Bousquet - Abonné 20 décembre 2012 07 h 36

    L'homme de l'année

    Selon moi, Fred Pellerin est l’homme de l’année 2012.

    Félix du meilleur album folk

    Spectacle De peigne et de misère

    En DVD. Comme une odeur de muscles, L’Arracheuse de Temps, spectacle enregistré au Théâtre du Vieux Terrebonne et au Centre culturel de Drummondville, Babine.

    Concert de Noël avec l’Orchestre symphonique de MontréaL : Noël conté par Fred Pellerin sur Radio-Canada, 16 janvier 2012.

    Sortie de son film : Ésimésac.

    Fred Pellerin “qui portait le carré rouge” décline l’invitation de l’Ordre national du Québec », le 8 juin 2012 qu’il a reçu hier, 19 décembre 2012.

    Un jeune et solide artiste qui bouillonne.

    • Daniel Cyr - Abonné 20 décembre 2012 09 h 12

      Complètement d'accord! Bravo Fred! Merci d'être là... Je ne croyais plus au père Noël et cela depuis belle Lurette (salut à la belle...) mais aujourd'hui, il me semble qu'un peu de fantastique m'habite grâce à toi.

    • Chantal Forest - Abonnée 20 décembre 2012 11 h 28

      Oui, l'homme de l'année... Pour toutes ces raisons, mais aussi pour son humilité, sa sensibilité et le papa qu'il est. Il me redonne espoir en ce que nous sommes, en notre fierté, en notre "peuplicité"!

  • Pierre Schneider - Abonné 20 décembre 2012 07 h 37

    Le génie de l'artiste

    En quelques mots, Fred Pellerin a su décrire ce que plusieurs sociologues n'ont jamais saisi de l'âme québécoise. Merci le poète !

  • Jean-Pierre Contant - Abonné 20 décembre 2012 09 h 07

    Touchant témoignage.

    Du grand Fred Pellerin. Selon moi il est a son époque ce que Vigneault est a la mienne. Il nous donne le goût du pays. Espérant que les jeunes de sa génération aient aussi le goût d'en avoir un. Félicitations.

  • Michel Lebel - Abonné 20 décembre 2012 09 h 14

    Un sacre non nécessaire!

    M.Pellerin était-il-il obligé de lancer un "hostie" lors de son discours de réception? Faut-il aussi lui rappeler que l'auteur de Maria Chapdeleine (qui parle de "race"),Louis Hémon, n'était pas un Canadien français, mais un Français! À l'évidence, une forme de colonisation n'est pas disparue du Québec! L'utilisation du "joual" n'est aussi plus requise!


    Michel Lebel

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 20 décembre 2012 09 h 42

      Nier le joual dans la poésie passée du Québec serait comme oublier d'où l'on vient. Il n'y a pas de honte au joual, disait Tremblay. Tout est question de saisir la subtilité de son utilisation. M.Pellerin lance un mot dans un poème... Il ne parle pas en roturier, bien au contraire. Quel grand artiste de notre patrimoine commun. Évidemment, si on préfère voir en lui un gratteur de guitare pouilleux d'artisse, un anarchiste violent et intimidateur... Mais sincèrement, ceux qui pensent ainsi ne sont pas a même de piger tout ce qu'un artiste peut offrir a une nation qui sait exister.

    • Louka Paradis - Inscrit 20 décembre 2012 09 h 46

      Se référer à ses racines n'est pas synonyme de colonisation. Être colonisé, c'est ne pas s'assumer, tout à fait le contraire de ce qu'exprime le superbe poète Fred Pellerin lorsqu'il parle d'un peuple «qui sait exister». Quant au mot «race», il a plusieurs acceptions, pas seulement le sens étroit associé au racisme. Il faut aussi se situer dans le contexte de l'époque de Louis Hémon, époque à laquelle le mot «race» n'avait pas la connotation péjorative qu'on lui accole aujourd'hui. M. Hémon l'a aussi employé au sens figuré : «catégorie de personnes apparentées par des comportements communs. Ex. : Il est de la race des héros.» Quand l'un des nôtres réussit par son talent créateur et son originalité, réjouissons-nous ! Les bonnes nouvelles et les êtres lumineux sont tellement rares par les temps qui courent qu'il faut savoir les apprécier. Félicitations et merci à M. Fred Pellerin !

    • Jacques Pruneau - Inscrit 20 décembre 2012 10 h 53

      Le mot honni dont vous faites mention sans le nommer n'est pas sacré. Estie fait partie de notre vocabulaire commun depuis des lustres et si c'est tout ce que vous avez retenu de l'événement, je vous plains.

      Bravo à Fred, honni soit qui mal y pense, s'tie!

    • Michel Lebel - Abonné 20 décembre 2012 11 h 21

      On ne me fera pas accroire que les"hostie" et les "moé" et le reste du même acabit sont nécessaires pour un discours de remerciement à l'Assemblée nationale. Je ne veux rien enlever au talent de Fred Pellerin et je n'en suis aucunement envieux. Je dis bravo, même si je carbure peu à un passé révolu, folklorisé. Mais je dis qu'il y a une place pour chaque chose: on ne parle pas de la même façon dans "une shed à bois" qu'à l'Assemblée nationale, à moins qu'on veuille tout confondre et faire peuple. Je ne marche pas là-dedans. Chacun ses goûts!


      Michel Lebel

    • Gaétan Sirois - Abonné 20 décembre 2012 11 h 38

      Merci Michel Lebel,
      Enfin un commentaire lucide. Quand serons-nous débarrassés de cette manie du sacre? C'est un manque de vocabulaire flagrant, comme disait Vigneault.

      Estelle Thibault

    • Louka Paradis - Inscrit 20 décembre 2012 15 h 54

      Dommage pour vous, MLebel, dommage que le grain qui est en filigrane du papier vous empêche de vous attarder au texte et surtout, d'en saisir l'esprit et d'en apprécier l'âme. Puisse l'avenir vous sourire davantage et vous parler un peu plus loin ! Joyeux Noël à tous les internautes et Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté !
      Louka Paradis, Gatineau

    • Djosef Bouteu - Inscrit 20 décembre 2012 19 h 42

      «Moé» est un trait de prononciation tout aussi noble que «moi», qui s'écrivait d'ailleurs «moy» et se prononçait «moé» il n'y a pas très longtemps.

      Un peu de recul permet de voir l'incohérence dans le mépris des traits québécois.
      Quand un trait d'innovation phonétique tient du français québécois, on le dénigre comme un «abâtardisme par rapport au français parisien. Quand au contraire il garde des traits conservateurs, on est pressé de le dénigrer comme «archaïque» par rapport au français parisien «moderne».

      On appelle ça du mépris. Branchez-vous ; les innovations sont bonnes ou mauvaises? En linguistique, aucun dialecte d'une langue n'est supérieur à un autre.

      Cessez donc de dénigrer les traits du français québécois, le jupon de colonisé qui ne s'assume pas, qui a honte de la langue de son peuple, dépasse trop.

      Comment quelqu'un peut pousser le mépris jusqu'à accuser Fred Pellerin d'avoir un français «pauvre»? C'est ridicule.

      Son français est richissime, recherché (la recherche ne mène pas uniquement au dialecte parisien), sans honte, il a toute la noblesse du français du Québec. Ce qui choque certains colonisés, c'est qu'il est différent du dialecte de prestige.