Les arts du cirque québécois ont connu une année 2012 faste… et mouvementée

Alors que d’autres spectacles du Cirque du Soleil quittent l’affiche, la production itinérante Michael Jackson : The Immortal World Tour, créée il y a un an, s’installera de manière permanente au Mandalay Bay de Las Vegas en mai 2013.
Photo: La Presse canadienne (photo) Cirque du Soleil/ Alors que d’autres spectacles du Cirque du Soleil quittent l’affiche, la production itinérante Michael Jackson : The Immortal World Tour, créée il y a un an, s’installera de manière permanente au Mandalay Bay de Las Vegas en mai 2013.

L’intérêt du public québécois pour le cirque va croissant. En témoignent les 70 000 paires d’yeux ébahis rivés aux prouesses des acrobates lors de la 4e édition de Montréal complètement cirque présentée l’été dernier. C’est 10 000 spectateurs de plus qu’en 2011. Au diapason de cet état des lieux encourageant, la compagnie Les 7 doigts de la main entrevoit l’avenir sous le signe de la croissance tranquille et de la pérennité, tandis que du côté du Cirque Éloize, on mise à la fois sur l’éprouvé et sur l’exploratoire. En porte-à-faux avec ses deux petits frères, le Cirque du Soleil, vaisseau amiral des arts circassiens, a connu une année en dents de scie et semble envisager un changement de cap.

Fleuron du Québec à l’étranger, le Cirque du Soleil vit des secousses importantes. Dans la foulée de la fermeture prématurée du spectacle Iris au Dolby Theater de Hollywood, le Los Angeles Times s’interrogeait dans son édition du 3 décembre : « Le Cirque du Soleil aurait-il volé un peu trop près du soleil ? » Question légitime à la lumière des récentes compressions survenues au sein de l’organisation, qui a mis à pied une trentaine d’employés dont trois vice-présidents parmi lesquels Gaétan Morency, collaborateur de longue date et membre fondateur de la Tohu.


L’entreprise comptant environ 5300 employés de par le monde (à titre comparatif, Les 7 doigts de la main emploient 200 personnes), on peut difficilement parler d’une hécatombe. Or, ces coupes surviennent au moment où une série de productions coûteuses du Cirque du Soleil tirent leur révérence avant l’heure et où l’entreprise cherche à développer un nouveau créneau en multimédia. Après trois ans de taux de fréquentation décevant, Zaia a quitté Macao alors que sa durée de vie escomptée était de dix ans. Zed ayant plié bagage au Tokyo Disney Resort à la fin de 2011 à la suite du séisme qui a secoué le Japon, le Cirque du Soleil n’a plus de spectacle sur le continent asiatique. Lancé en juillet 2011, Iris devait, à l’instar de Zaia, rester à l’affiche pendant dix ans. Créé à Las Vegas en 2010, Viva Elvis a clos ses représentations en août 2012. Pour le Cirque du Soleil, qui compte sept spectacles permanents dans la cité du vice, il s’agit d’un premier revers.


Ceci dit, tout n’est pas noir pour la société de Guy Laliberté, qui cumule un chiffre d’affaires annuel de 1 milliard de dollars. Ainsi, plus d’un an après la création de la production itinérante Michael Jackson : The Immortal World Tour, une version permanente s’installera au Mandalay Bay de Las Vegas dès mai 2013. Extrêmement payant (147 millions de dollars en billets vendus), l’Immortal Tour se classe en 4e position des tournées les plus lucratives de l’année, selon le magazine Billboard, juste après Roger Waters et juste avant Coldplay.


Désireux de développer du contenu média multiplateforme (cinéma, jeu, télévision), le Cirque du Soleil vient d’annoncer la cocréation avec Bell d’une nouvelle entreprise : Cirque du Soleil Média. Rappelons que Bell tente toujours d’acheter Astral, que le Cirque du Soleil avait choisi comme partenaire média pour son spectacle Amaluna. Long métrage en 3D très attendu réalisé en collaboration avec le cinéaste James Cameron, Le voyage imaginaire aura sa première le 21 décembre, histoire pour le Cirque du Soleil de terminer l’année en grand. Assistera-t-on à terme à une réorientation globale de la scène vers le multimédia ?


Pendant ce temps…


L’année 2012 en fut un anniversaire pour la troupe Les 7 doigts de la main, qui a célébré ses 10 ans. À l’époque, le talent de ses membres faisait consensus, mais les perspectives de longévité du groupe, moins. Une décennie plus tard, Isabelle Chassé, Shana Carroll, Patrick Léonard, Gypsie Snider, Sébastien Soldevilla et Samuel Tétreault (Faon Shane s’en est allé vivre à Berlin pour être auprès des siens) ont su faire mentir les pronostics. À la fin de 2012, Les 7 doigts de la main devrait avoir offert près de 700 spectacles dans 13 pays. En octobre dernier, Séquence 8 a repris l’affiche à la Tohu. Succès renouvelé.


Mieux, la troupe qui revendique son approche prolétaire pourra enfin compter sur un local permanent en vertu d’un accord de principe annoncé par le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, qui a promis une aide financière de 9 millions de dollars.


Pour le Cirque Éloize, l’année qui vient de s’écouler fut marquée par le triomphe à Helsinski du spectacle Cirkopolis. À moins d’un changement de programme, Cirkopolis, dont les chorégraphies sont signées Dave St-Pierre, devrait couronner à Montréal en 2013 les 20 ans d’existence du Cirque Éloize.


Le regard tourné vers l’Orient, le Cirque Éloize a par ailleurs signé une entente avec la télévision nippone Fuji qui se traduira par deux mois de représentations dans l’archipel. L’hiver durant, la production ID, avec ses chorégraphies imaginées par Mourad Merzouki, voguera entre Tokyo, Nagoya, Osaka et Fukuoka. Cette occasion, la compagnie la doit en partie à un partenariat signé en 2010 avec le Cirque du Soleil, qui avait ses entrées auprès de Fuji.

1 commentaire
  • Jean-Claude St-Amant - Abonné 19 décembre 2012 08 h 54

    Maka Kotto à la condition féminine?

    ne petite correction s'impose.