La Conférence canadienne des arts ferme ses portes

La Conférence canadienne des arts s’inquiétait de son avenir incertain depuis le dépôt du dernier budget fédéral, qui a amputé un programme lui versant 70 % de son budget. Mais voilà que son sort est réglé : l’organisme annonce ce mardi qu’il ferme ses portes.

« On a constaté que, malgré des signes forts encourageants qui pourraient nous mener vers une Conférence canadienne des arts [CCdA] autonome, le temps nous manque », a confirmé avec émotion lundi son directeur général, Alain Pineau, qui mettra la clé sous la porte mercredi, sept ans jour pour jour après s’être joint à l’organisme fondé en 1945.


La CCdA n’a pas été épargnée par les réductions prévues au budget de mars dernier, qui a retranché 190 millions de dollars au ministère du Patrimoine canadien de même que le Programme des arts, de la culture et de la diversité. L’organisme a ainsi perdu les 390 000 $ qu’il touchait annuellement. La CCdA espérait avoir le temps de devenir autonome ; elle s’était dotée d’un plan sur deux ans. Mais Ottawa ne lui a accordé qu’une aide transitoire de 145 000 $ pour l’année en cours, bien en deçà des 250 000 $ sur deux ans espérés par le conseil d’administration.


« Ça aurait été irresponsable et probablement un manquement éthique de prendre de l’argent public et privé [récolté depuis l’annonce du printemps] quand les chances de succès sont si faibles », a expliqué M. Pineau, en entrevue avec Le Devoir. Un an de plus aurait-il permis à l’organisme de survivre sans subsides fédéraux ? « Les chances auraient été telles qu’on ne fermerait pas aujourd’hui », a-t-il estimé.


L’organisme parapluie rassemble des membres des communautés culturelles de partout au Canada. Son mandat était de faire le lien entre les acteurs du milieu et Ottawa. La CCdA s’est notamment fait entendre haut et fort dans le cadre des études qui ont précédé l’adoption de la réforme sur les droits d’auteur du gouvernement de Stephen Harper, adoptée fin juin après avoir été la cible d’importantes critiques du milieu culturel.


« C’est coupes-là, pour moi, sont clairement un geste de vendetta. La Conférence canadienne des arts était un organisme tout à fait rassembleur, un organisme qui permettait de donner une voix très concertée de tous les créateurs partout au Canada », s’est désolé le néodémocrate Pierre Nantel. Selon lui, la CCdA se retrouve punie de s’être faite le porte-voix de la communauté culturelle au moment de discuter du projet de loi C-11. « Pour tous les artistes, tous les créateurs, c’est très inquiétant. C’est “Si t’es contre nous, on va te tasser” », a-t-il commenté.


M. Pineau n’a aucun doute sur le fait que le couperet serait de toute manière tombé un jour. Mais il croit lui aussi que son rôle de porte-parole - qui l’a parfois mené à dire ce qu’aucun autre groupe n’osait prendre à son compte, de peur de représailles - y est pour quelque chose. « Il y a de cette dimension-là. Je pense que ce serait de jouer à l’autruche que de dire qu’il n’y en a pas. »


En espérant voir la CCdA renaître un jour, son conseil d’administration ne met ses activités qu’en veilleuse et continuera son travail de façon intérimaire.


Réactions


Le milieu culturel se désole de perdre un joueur important. « On perd notre lobby, a résumé au Devoir Raymond Legault, président de l’Union des artistes, membre depuis plusieurs années de la CCdA. La CCdA faisait des remarques au gouvernement sur la situation des différents organismes en art et culture (souvent des OSBL aux ressources limitées) à travers le pays », permettant à ceux-ci d’avoir une voix. « C’était un point névralgique d’échanges sur les enjeux à l’échelle du pays en matière de financement, de législation - comme règles du CRTC ou Loi sur le droit d’auteur. »


L’organisme a d’ailleurs accompli « un véritable tour de force » dans la réforme de cette Loi, a renchéri Danièle Simpson, présidente de l’Union des écrivaines et écrivains, en ralliant les visions différentes de 80 organismes culturels canadiens. Elle rappelait à quel point la CCdA « a été liée aux grandes réalisations en matière de politiques culturelles ». En 1950, l’organisme a notamment recommandé au gouvernement fédéral de créer un conseil national des arts - qui verra le jour en 1957 - et la Bibliothèque nationale.

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