Régions - Une expertise et un soutien financier sont réclamés

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine culturel

Les Îles-de-la-Madeleine et Rivière-du-Loup ont maintenant la possibilité de s’appuyer sur la nouvelle loi sur le patrimoine culturel pour exercer leur leadership et prendre des initiatives dans la mise en valeur des attributs qu’elles renferment. Encore faut-il qu’elles obtiennent le soutien gouvernemental adéquat pour y arriver…

Le maire des Îles, Joël Arseneau, jette un regard sur son coin de pays : « Chez nous, il y a le patrimoine bâti, bien évidemment, que ce soit en ce qui concerne certains phares, certaines églises ou certains monuments, qui ont été reconnus par la municipalité ; il y a aussi le site historique de la Grave [étendue de galets située près de la mer], qui, pour sa part, est de plus reconnu par le ministère de la Culture. »


Les notions de paysage et d’immatériel qui ont été introduites dans la nouvelle loi retiennent son attention : « On trouvait intéressant de voir qu’on pouvait amener une dimension qui soit d’abord physique et géographique relevant du patrimoine naturel, ce qui fait l’objet d’une préoccupation très très importante aux Îles-de-la-Madeleine depuis cinq à dix ans. » Il en explique la raison : « Il s’est produit un certain développement immobilier causé par une notoriété, qui a attiré les gens et qui a en quelque sorte créé une spéculation ; il s’en est suivi la vente de terres et la construction de grandes maisons habitées surtout en été. De telle sorte que les gens se sont dit : il ne faut quand même pas qu’on bâtisse n’importe quoi n’importe où. »


À la suite de quoi, la préservation du paysage a notamment été inscrite dans une politique-cadre de développement touristique adoptée par la municipalité il y a quelques années : « Quand on regarde la loi 19, on trouve qu’il y a probablement là des liens à faire avec celle-ci. On ne pouvait pas changer les lois provinciales, mais on pouvait se dire entre nous qu’il fallait préserver et mettre en valeur le patrimoine naturel et le patrimoine culturel ; celui-ci appartient aux contes et aux légendes, aux chansons et à l’esprit très musical et festif des Madelinots ; on doit conserver tout ce qui compose cette culture et même, à la limite, la mémoire et l’oeuvre de personnages de notre histoire présente ou passée, ce qui fait partie des objectifs de la loi et ce à quoi on souscrit. » En fait, la municipalité avait déjà cheminé dans la même voie que celle empruntée plus tard par le gouvernement provincial ; les actions locales ont devancé celles de la ministre St-Pierre venues appuyer les premières.


Il pose une condition aux avancées que la refonte de la loi apporte : « Encore une fois, on ne peut qu’y souscrire, à condition que le gouvernement n’abandonne pas toutes ses responsabilités sans nous donner les moyens requis pour agir ; c’est là où le bât blesse. » Il étoffe son point de vue : « Pour ce qui est de ce que je sais des orientations générales de la loi, elles correspondent à la volonté des gens, des organismes et du milieu municipal madelinots ; on est content de voir que le gouvernement souhaite nous donner plus de latitude. »


Du même souffle, Joël Arseneau se montre critique : « En même temps, on n’est pas toujours des experts dans les moyens à mettre en place pour arriver à protéger et à mettre en valeur notre patrimoine ; notre municipalité, avec le personnel dont elle dispose, ne peut pas nécessairement avoir l’expertise que les fonctionnaires provinciaux ont acquise dans ce domaine depuis nombre d’années. On veut bien assumer certaines responsabilités, mais on aura toujours besoin d’un accompagnement sur le plan de l’expertise et d’un soutien sur le plan financier ; il faut réaliser cela en collaboration également, en ce qui concerne les des investissements requis. »


Du côté du Bas-Saint-Laurent


Gestionnaire des programmes culturel et patrimonial à Rivière-du-Loup, Julie Martin laisse d’abord savoir que cette municipalité a été la première au Québec à adopter une politique du patrimoine en 2002, de laquelle découle un plan d’intervention. Elle se penche sur les impacts de la nouvelle politique provinciale : « Elle a été adoptée il y a un an ; elle n’était pas en vigueur, mais tout le monde s’est un peu préparé à ses répercussions, ce qui fait que le patrimoine immatériel, la protection des paysages culturels et tout cela figurent dans le décor depuis plusieurs années. En fait, la loi vient corroborer ce qui se fait depuis dix ans. »


La gestionnaire situe la question : « Depuis quelques années, on voit quand même qu’il y a des tendances qui se manifestent sur le plan des paysages ou du patrimoine immatériel ; s’il devient plus facile avec la loi, par exemple, d’accorder de l’importance à ces domaines-là, il sera moins complexe de les reconnaître et d’en assurer la transmission ; c’est souvent à travers celle-ci, dans le cas de l’immatériel, qu’on peut être reconnu et aller chercher des fonds. »


Elle évalue le potentiel patrimonial de la municipalité : « Chez nous, on a des paysages qui sont importants sur le plan du Vieux-Rivière-du-Loup, parce que là se trouvent le coeur de la ville et aussi le patrimoine bâti avec tout l’aspect végétal. On peut aussi penser à la Pointe de Rivière-du-Loup [grande pointe de terre], où on peut parler d’un paysage emblématique parce qu’un peu tout le monde connaît cet endroit ; d’où l’importance de protéger ce paysage-là. »


Mme Martin revient sur le coin le plus ancien de ces lieux : « La famille Fraser, formée d’anglophones d’origine écossaise, a développé la vieille partie de la ville sur le domaine du seigneur du même nom ; le manoir Fraser situé à cet endroit a été construit en 1830. Un plan d’action sera sous peu dévoilé pour mettre en valeur cette richesse historique et patrimoniale, parce c’est un quartier qui renvoie à toute l’histoire seigneuriale ; on va essayer de faire le tour de tous les axes intéressants, aussi bien domiciliaire, végétal que religieux, pour créer une sorte de paysage culturel et patrimonial à Rivière-du-Loup. »


Collaborateur