Les musées et la loi - Il faut renforcer les partenariats

Martine Letarte Collaboration spéciale
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	Les municipalités peuvent dorénavant protéger et mettre en valeur les éléments du patrimoine culturel situés sur leur territoire.</div>
Photo: Yan Doublet - Le Devoir
Les municipalités peuvent dorénavant protéger et mettre en valeur les éléments du patrimoine culturel situés sur leur territoire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine culturel

La Loi sur le patrimoine culturel est entrée en vigueur il y a un peu plus d’une semaine. Pour les musées, c’est une occasion de renforcer leur rôle de partenaire pour valoriser le patrimoine.

Avec la Loi sur le patrimoine culturel, la responsabilité de connaître, protéger, mettre en valeur et transmettre le patrimoine confie de nouveaux pouvoirs, rôles et obligations au gouvernement du Québec, aux municipalités et à la population. La définition du patrimoine a aussi été élargie pour inclure entre autres le patrimoine immatériel, les paysages culturels patrimoniaux et le patrimoine archéologique.


« L’élargissement de la notion de patrimoine vient donner une légitimité plus grande aux établissements muséaux », indique d’emblée Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire.


« Les documents, les objets historiques et archéologiques, c’est notre fonds de commerce !, s’exclame-t-elle. Le savoir-faire des gens de métier est aussi reconnu pour la première fois dans la loi grâce à la notion de patrimoine immatériel. »


Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation, à Québec, partage son enthousiasme. « Les musées travaillent depuis longtemps sur la question du patrimoine immatériel, précise-t-il. Il y a des parties de ce patrimoine qui se perdent en musique, dans les arts d’interprétation. Il importe pour les musées d’aller au-delà des objets présentés, d’aller voir ce que les gens derrière ont pensé, réalisé. On capte la parole des gens pour la garder en mémoire. Le patrimoine immatériel est une dimension incontournable de la culture, et c’est bien que la loi le confirme. »


Il trouve aussi intéressant que la loi place le patrimoine culturel dans une perspective de développement durable. « Le patrimoine n’est pas détaché de la société, il en est le fondement, précise Michel Côté. Le patrimoine fait partie de notre environnement, nous vivons dedans. Il a aussi un effet économique indéniable. La ville de Québec ou encore Paris ne seraient pas fréquentées par autant de touristes si elles n’avaient pas de patrimoine culturel. Le patrimoine culturel traverse les trois piliers du développement durable : l’environnement, la société et l’économie. »

 

Une responsabilité partagée


La nouvelle loi partage aussi la responsabilité du patrimoine culturel entre différents acteurs. Les municipalités ont maintenant des pouvoirs semblables à ceux du gouvernement du Québec. Elles peuvent protéger et mettre en valeur les éléments du patrimoine culturel situés sur leur territoire. Elles sont aussi tenues de déclarer toute découverte archéologique qui serait faite, par exemple, lors de travaux. C’est la même chose pour le citoyen. Il peut aussi présenter des propositions en matière de patrimoine culturel, par exemple, pour la déclaration d’un site patrimonial par le gouvernement.


« C’est tout à fait louable de responsabiliser et d’habiliter les municipalités et les citoyens, affirme Francine Lelièvre. Ce sont les gens près du patrimoine qui sont les mieux placés pour le protéger. Plus il y aura de gens sensibilisés à la préservation du patrimoine, plus cela se fera de façon naturelle. »


La directrice générale de Pointe-à-Callière se demande toutefois comment les petites municipalités y arriveront. « Elles n’ont pas nécessairement la connaissance de la valeur du patrimoine, affirme-t-elle. Il faut leur donner des outils, les sensibiliser. Il devra y avoir un plan d’action pour appliquer la loi concrètement. »

 

Les musées, des partenaires


Francine Lelièvre croit que les musées peuvent être de bons partenaires des autres acteurs de la société en matière de protection du patrimoine. « Nous avons déjà fait une exposition sur la Côte-Nord avec les gouvernements du Québec et du Canada, sur l’épave d’un des bateaux de Phipps venu attaquer Québec en 1690. Plusieurs personnes avaient ramassé des morceaux de l’épave en toute bonne foi et les gardaient chez elles. Il faut faire de la sensibilisation. Aujourd’hui, les gens sur la Côte-Nord font des fouilles archéologiques et sont de grands préservateurs du patrimoine subaquatique, puisqu’ils en ont compris l’importance. »


Michel Côté croit aussi qu’il reste un énorme travail de sensibilisation à faire. « Il faut former les gens, dialoguer avec les municipalités, avec les entrepreneurs, précise-t-il. Il faut développer des projets en tenant compte de la société, de l’environnement, des besoins économiques, de la culture. »


Mme Lelièvre croit que certaines stratégies de sensibilisation pourront se mettre en oeuvre grâce à la collaboration de musées et du gouvernement du Québec.


« Par exemple, plusieurs recherches archéologiques ont eu lieu au Québec et, très souvent, on s’est contenté de déposer les rapports scientifiques sur des tablettes, affirme-t-elle. Pour rendre cette information accessible au grand public, les musées peuvent jouer un rôle de mise en valeur, de diffusion. Nous sommes d’ailleurs en train de discuter avec le gouvernement pour développer quelques synthèses sur des sujets. »


Francine Lelièvre croit que l’entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine culturel suscite une plus grande ouverture des différents acteurs pour aller de l’avant avec de tels projets.

 

Toujours à faire


Il y a toutefois des absents dans la définition élargie du patrimoine culturel de cette nouvelle loi. Par exemple, le patrimoine religieux.


« C’est un patrimoine extrêmement important, notamment en matière de bâtiments, affirme Michel Côté. Que ferons-nous avec nos églises et nos monastères ? La moyenne d’âge dans les communautés religieuses est très élevée et celles-ci ont souvent un patrimoine exceptionnel. Qu’arrivera-t-il de leurs objets, mais aussi de leurs mémoires ? »


Le Musée de la civilisation travaille d’ailleurs en ce moment à recueillir les objets et les pensées des soeurs de la Charité.


« Il y a un bout de chemin qui est fait avec cette loi, mais nous aurions souhaité qu’elle se positionne entre autres par rapport au patrimoine religieux et au patrimoine industriel, affirme Francine Lelièvre. Toutefois, je comprends qu’une loi ne peut pas toucher à tout, sinon elle devient une loi fourre-tout. Il faut faire des choix. Il reste que la réflexion sur le patrimoine religieux devra se faire à court et à moyen terme. »


Collaboratrice