Le Québec, enfin, se souvient!

Normand Thériault Collaboration spéciale
Le Château de Ramezay est déclaré «bien culturel» dès 1929.
Photo: Château de Ramezay Le Château de Ramezay est déclaré «bien culturel» dès 1929.

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine culturel

Il avait pour nom Athanase David. Il était secrétaire de la province de Québec. En 1922, il eut l’idée de mettre en place une commission des biens culturels. Et, 90 ans plus tard, avec l’entrée en vigueur, le 19 octobre 2012, d’une nouvelle loi, celle qui assujettit le patrimoine culturel à des mesures législatives, on peut dire que son projet initial aboutit. Le patrimoine, des musées et des monuments, déborde sur tout le paysage québécois, le matériel et l’immatériel.

Qui eût dit que, dans une loi, on allait un jour inscrire la définition qui suit : « Les savoir-faire, les connaissances, les expressions, les pratiques et les représentations transmis de génération en génération et recréés en permanence, en conjonction, le cas échéant, avec les objets et les espaces culturels qui leur sont associés, qu’une communauté ou un groupe reconnaît comme faisant partie de son patrimoine culturel et dont la connaissance, la sauvegarde, la transmission ou la mise en valeur présente un intérêt public » ?


Car c’est ainsi qu’est décrit le patrimoine dit « immatériel » dans une loi adoptée le 19 octobre 2011 et entrée en vigueur un an plus tard, jour pour jour. Et comment le ministère de la Culture et des Communications présente-t-il succinctement cette loi qui remplace la loi relative aux biens culturels, modifiée moult fois depuis son adoption en 1922 ? Comme suit, en définissant de façon large les paramètres :


« Cette loi marque une nouvelle étape dans l’histoire de la protection du patrimoine culturel par l’État. Elle :


témoigne de l’élargissement de la notion de patrimoine au fil des années et inclut désormais les paysages culturels patrimoniaux, le patrimoine immatériel, ainsi que les personnages, les événements et les lieux historiques ;


tient compte également du rôle croissant que jouent les municipalités dans la protection et la mise en valeur du patrimoine, en leur donnant davantage de pouvoirs ;


confie aussi des pouvoirs aux communautés autochtones, notamment pour l’attribution de statuts légaux aux éléments du patrimoine culturel qui leur sont chers. »


Responsabilité


Et si les mots par la loi ont force, si qui consulte un Robert constate que le patrimoine est « ce qui est considéré comme un bien propre, comme une propriété transmise par les ancêtres » et qu’est propriété le « droit d’user, de jouir et de disposer d’une chose d’une manière exclusive et absolue sous les restrictions établies par la loi », alors on peut maintenant dire que le Québec et les Québécois sont « maître chez nous ».


Mais le défaut toutefois qu’accompagne la charge des propriétaires est celui qui impose l’obligation de les garder en l’état. Et ici, au fil des ans, dans les années à venir, plus d’un problème surgira si, par exemple, un groupe de citoyens, faisant appel au nouveau Conseil du patrimoine, obtient, pour tel lieu, village ou canton, qu’une montagne, un site ou une manière de faire soit dite patrimoniale, on verra les discours qui suivront, surtout quand les conséquences de la consécration auront des incidences budgétaires ou immobilières.


Car, avec cette loi, sont liés aussi le patrimoine et le développement, qui est devenu durable, par le fait de garder en l’état ce qui est, mais aussi par l’obligation de respecter tout ce qui donne sa qualité et sa valeur à ce qui est classé.


Que la portée soit vaste, cela est : en Australie, une loi de telle nature ne relève-t-elle pas de la compétence du ministère de l’Environnement ?

 

Inscription


Si, en 1922, il avait fallu attendre neuf ans avant que des biens ne soient inscrits comme patrimoniaux, soit le Château de Ramezay, l’église Notre-Dame-des-Victoires à Québec et la Maison des jésuites à Sillery, à quand les premières demandes pour que soient déclarées patrimoniaux la méthode traditionnelle de faire du cidre, quelques cérémonies liturgiques ou tout le parc des Laurentides ? Et pourra-t-on aménager à l’avenant des berges quand serait dit public le droit de regard et d’accès à un fleuve ou à des rivières du territoire ?


Nous en sommes maintenant là. Les municipalités peuvent ainsi se protéger contre les abus d’entreprises. Et les autochtones pourront s’opposer à des développements pour des raisons qui soient autres que seulement économiques.


Recommandations


Mais, avant de dire que tout est permis dans la possibilité d’interdire, il faudra attendre que des avis soient émis. Et, à qui croit que le gouvernement titulaire de la loi se désengage, on pourra dire que les intervenants sur le terrain, ceux qui ont le patrimoine à coeur, déjà déposent des demandes.


Les municipalités, par la voix des édiles, informent qu’il y aura nécessité d’une expertise extérieure ; les gens des musées insistent pour dire que des conseils et recommandations devront être fournis et les acteurs sociaux demandent la mise en place de stratégies conçues par concertation de toutes les parties.


Et dernière demande, faite par tous : il faudra qu’il y ait des sommes nouvelles mises à disposition. Sinon, la loi restera lettre morte et simple déclaration de principes.


Nous en sommes là, car, si le Québec en ce domaine a agi, cela vient après qu’en 1993 l’UNESCO a déclaré que le paysage était patrimonial et que le même organisme l’a dit aussi en désignant, cette fois en 2003, cet héritage immatériel par les ans transmis.


Mais, ce qui est ici nouveau, c’est que, depuis huit jours, on puisse enfin dire que, vraiment, Québec « se souvient ». Cela impose sans doute quelque obligation. Comme cela peut aussi être source de fierté.

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