Spectacles - Fred, tout cheveux tout flamme

Mille après mille, Fred Pellerin poursuit sa route avec son tout dernier conte, où la fin du monde frappe à la porte de Saint-Élie-de-Caxton. Autant suave qu’échevelé, le conteur défrise la banalité du quotidien dans cette fable qui fait porter sur le dos d’un barbier décoiffant l’espoir de tout un village.

Pour la cinquième fois en carrière, Pellerin remet la table pour une histoire à coucher dehors qui a des airs d’exutoire pour un homme en quête d’espoir, malade d’une planète en mal de sens.


C’est avec le terroir bien en bouche et des mots taillés au couteau suisse que Pellerin sculpte lentement le profil loufoque de son personnage central, Méo, barbier au coude léger qui gratte les méninges de ses concitoyens, vous défrise le quotidien plus vite qu’un fer à plat. Entre ses mains repose la paix des âmes et celle de tout Saint-Élie.


Guitare en bandoulière et harmonica au cou, Pellerin débarque sur scène armé d’une galerie de personnages plus surréalistes les uns que les autres. De la soeur chauve suceuse de paparmane, à la veuve crépue charmeuse de curé, le filon chevelu exploité par le conteur est sans fin, dense, touffu. Les métaphores pleuvent à plein ciel et Pellerin se délecte du dialecte caxtonien à haute teneur capillaire rendu possible par son « barbier de sévices ».


Dans ce jouissif Peigne et de misère, l’imaginaire de Pellerin fait littéralement du triple saut, triture les mots, rabote la langue, et contorsionne autant l’histoire que les sens. Tout du long, l’artiste musicien nous mène en bateau, emprunte un sentier sans avertir, multiplie les apartés, mais revient toujours, au grand étonnement du public, boucler sa boucle. Avec 10 ans de conte dans le corps, Pellerin combine aujourd’hui le bagou d’un Vigneault à l’autodérision hilarante d’un Deschamps et à la poésie surréelle d’un Devos.


En chansons autant qu’en mots, Fred remet cent fois sur le métier la toile délicate qui tisse l’improbable écosystème de son Caxton natal, métaphore d’une planète en sursis. Le tout se termine par une note d’inquiétude, doublée d’espoir. Celui que les contes, comme la lumière, ne se tarissent jamais. Et hier soir, Pellerin s’est fait l’Aladin d’une lampe généreuse, qui a irradié à son public une bonne lampée d’espoir.