Culture et politique sur la même scène

Culture et politique ont fait lit commun, mardi soir à Montréal, où une dizaine de spectacles thématiques, à saveur électorale, ont changé du cadre habituel du dévoilement des résultats.

 

Au Club Soda, le groupe d’humoristes engagés les Zapartistes n’ont fait de cadeaux à personne, en commençant par railler les tics, les tocs, les incohérences, les promesses douteuses des chefs — de tous les chefs —, en guise d’introduction de leur soirée électorale, avant de les ramener sur scène pour commenter les résultats.
 

L’événement s’inscrivait dans le cadre de la tournée de leur spectacle, Les Zapartistes à la conquête du centre mou, et a pris forcément une couleur particulière, mardi soir, en alliant spectacle d’humour et retransmission de la soirée électorale de Radio-Canada.
 

Il y a été question de Jean-Martin Aussant, qui n’a pas été élu dans Nicolet, mais que les Zapartistes semblent porter dans leur cœur. « René Lévesque s’y est pris à trois fois avant de gagner », ont-ils souligné.
 

Le français parlé pointu par Amir Khadir, l’authenticité de Françoise David ou encore l’échec de François Legault et sa CAQ ont également donné corps à cette soirée de commentaires de l’actualité par l’humour : « Nous, on avait promis de faire le ménage. Je ne pensais pas que ça allait commencer avec notre parti », a résumé le politicien, personnifié par Christian Vanasse, sous un torrent de rire.
 

Même réaction devant une Pauline Marois (Brigitte Poupart) parlant à un domestique nommé Drainville chargé de préparer « la soirée de la victoire dans un château de l’île Bizard » ou dénigrant les ex-chefs du PQ n’ayant pas réussi à porter le parti au pouvoir.

Dans ce tout, l’humiliation de Jean Charest sur scène, par le quintette d’humoristes qui a toujours aimé le haïr, allait bien sûr de soi. Cruel.

 

Aux Écuries: théâtre électoral

La communauté théâtrale montréalaise, du moins sa faction la plus jeune et la plus politisée, n’allait pas laisser passer l’occasion de se réunir en cette soirée électorale décisive, où le gouvernement Charest (mal-aimé des artistes, il va sans dire) a terminé son règne. Des centaines d’amoureux du théâtre se sont réunis Aux Écuries, dans le quartier Villeray, pour vivre une soirée électorale festive et traversée, en début de soirée, de prises de parole engagées.
 

La foule, très fébrile au départ, s’est scindée en deux clans. Dans la salle Le Ring, le comédien Guillaume Tremblay, connu pour sa participation aux délirants spectacles Clotaire Rapaille, l’opéra rock et L’assassinat du président, animait vers 20 h un cabaret politique en compagnie de quelques complices. Au menu : regard décalé sur la campagne électorale, coups de gueule insolents ou éclairage absurde sur les joutes des chefs, ainsi que prestations d’artistes invités, où l’on s’est moqué gentiment du « cheminement fédéraliste » de François Legault et crûment de certains électeurs caquistes, dépeints comme de grands nostalgiques de l’ADQ, prêts pour « un câlisse de gros ménage dans les finances du Québec ».
 

Pas étonnant que François Legault en ait pris pour son rhume. L’assistance réunie Aux Écuries penche manifestement et sans surprise à gauche et au centre gauche. Dans le hall-café, les résultats de l’élection ont causé tour à tour joie et exaltation (au moment des victoires d’Amir Khadir, de Françoise David et de Léo Bureau-Blouin), puis une certaine résignation devant la perspective d’un gouvernement minoritaire et, surtout, au vu d’une si grande persistance du Parti libéral.

 

De la rue à la scène

La rue a rejoint la scène, mardi soir au cabaret La Tulipe à Montréal. Le Show rouge, qui se présentait comme « LE rendez-vous de la gauche festive » de ces élections, a troqué les casseroles pour un fracassant concert du groupe de percussionnistes Movimento.
 

Ceux-ci ont accueilli quelques vedettes de la soirée — et du printemps étudiant : Anarchopanda, le Rabbit Crew, la Banane rebelle, venue de Québec pour lire un poème de Roland Giguère, La main du bourreau finit toujours par pourrir…
 

Cette entrée en matière a tôt fait de fouetter l’ardeur déjà grande des spectateurs, visiblement gagnés à la même cause : déloger les libéraux. Le faux sondage mené en début de soirée par l’animatrice et organisatrice de la soirée, l’humoriste Jolène Ruest, en disait long sur les vœux électoraux du public. Tout ce qui suggérait le départ du PLQ récoltait des applaudissements nourris. La division devenait palpable quand il était question de l’avènement du PQ.
 

C’est le pouvoir de la rue qu’on célébrait mardi soir, entre la nostalgie d’un « best of » du printemps érable et l’euphorie de la révolution à poursuivre. Urbain Desbois, l’humoriste Louis T., 3 gars su’l sofa, entre autres, l’ont rappelé à leur façon. Un spectacle à la bonne franquette, tantôt simpliste, tantôt plus substantiel, mais surtout ludique.
 

Le véritable concert s’est toutefois fait entendre lors des moments de retransmission des résultats des élections (malgré les accrocs techniques) : applaudissements tonitruants lors de la défaite de Jean Charest dans Sherbrooke et de l’élection de Françoise David dans Gouin ; déluge de huées lors de la défaite de l’oniste Jean-Martin Aussant dans Nicolet-Bécancour. La scène, encore très animée au moment de mettre sous presse, devait ensuite se transporter dans la rue pour la manifestation nocturne.