Apiculture, culture, agriculture


	Les Escales invitent à la déambulation libre d’une station artistique à l’autre. Propice au recueillement, l’installation Forêt de Phil Allard et Justin Duchesneau (notre photo) s’installe à la place des Festivals.
Photo: Anne Le Bâtard
Les Escales invitent à la déambulation libre d’une station artistique à l’autre. Propice au recueillement, l’installation Forêt de Phil Allard et Justin Duchesneau (notre photo) s’installe à la place des Festivals.

Depuis neuf ans, les Escales improbables (EI) cultivent la multidisplinarité, les oeuvres in situ et les rencontres inusitées (et dehors pour la plupart) avec le public. Jusqu’à récolter la chouette réputation de « théâtre à ciel ouvert » — pour la forme — ou de « grande cour de récréation » — pour l’esprit. Cette année ne fait pas exception, alors que des abeilles se feront reines de la scène, que la musique croisera la culture maraîchère, que les corps dansants déjoueront la gravité du béton d’une intersection urbaine.

« C’est un fil conducteur cette année, il y a beaucoup de projets présentés par des artistes qui remettent en question notre rapport au vivant, indique Sylvie Teste, directrice artistique du rendez-vous de fin d’été. Dans notre urbanité très marquée aujourd’hui, c’est un questionnement essentiel. »


Plusieurs propositions mettent en contraste le vivant, l’organique, avec la culture urbaine, symbole de notre moderne humanité. Le metteur en scène Jean-Lambert Wild donne la vedette aux abeilles, qui ont inspiré un texte à Michel Onfray, pour souligner poétiquement l’impact de leur disparition avec La sagesse des abeilles. Des milliers de ces nobles insectes bourdonneront sur scène dans une structure technologique imaginée par Wild. Tout un programme d’activité se greffera au spectacle à l’Usine C : rencontre avec l’apiculteur, documentaires, conversations de jardin. En écho, quelques activités sur les quais du Vieux-Port aborderont aussi le thème des abeilles.


Le coloré compositeur et musicien Jérôme Minière a pour sa part invité l’artiste visuelle Marie-Pierre Normand à imaginer un kiosque où les légumes des producteurs maraîchers se mêleront aux oeuvres musicales de divers styles, composées pour l’occasion par René Lussier, Edgar Bori, les Soeurs Boulay, Montag et Gaële, entre autres artistes.


« Jérôme voulait faire un parallèle entre la condition des producteurs maraîchers qui travaillent de manière artisanale et les auteurs-compositeurs », explique Mme Teste. L’invraisemblable étalage sera le prélude à un troc bien réel pour qui voudra s’y engager.


Nées dans le Vieux-Port de Montréal, les EI continuent d’en explorer le territoire, sur les quais, en se déplaçant cette fois dans le secteur du bassin Bonsecours. Les Escales invitent à la déambulation libre d’une station artistique à l’autre (ponctuée de rendez-vous précis, cette année, nous dit-on). Depuis 2010, un autre volet, les Escales de ville, investit le Quartier des spectacles. Sur la place des Festivals, coeur de l’urbanité grouillante, le passant croisera un grand cube de bois recyclé, qui évoque paradoxalement un lieu de recueillement. Forêt, signée Phil Allard et Justin Duchesneau, se compose de 650 palettes emblématiques du transport des marchandises, clin d’oeil à notre condition tiraillée entre nature et culture.


Les EI ont été parmi les premiers événements artistiques à faire une grande place aux oeuvres in situ. Le terme, devenu à la mode depuis, recouvre une pratique en plein essor, qui tient compte du lieu où l’oeuvre se déploie.


Pour Sylvie Teste, l’in situ n’est pas qu’une tendance passagère. « Il y a encore beaucoup de terrain à défricher, aux sens propre et figuré. De plus en plus d’artistes et de compagnies s’y intéressent de façon sérieuse, développent des écritures pour ça. »


Les EI accueillent un précurseur du genre, la compagnie française Ex Nihilo, qui propose depuis 20 ans sa danse contemporaine dans les espaces publics. La pièce Trajets de ville croise les parcours incessants, parfois frénétiques, violents, sensuels, des hommes et des femmes composant une foule anonyme. Dans un esprit similaire, la jeune Québécoise Milan Gervais, de la compagnie Human Playground - que les EI accompagnent dans son développement -, a créé Intersection, dont le motif central est la marche urbaine, celle du quotidien ou du printemps érable, toujours tendue vers l’avant, vers des lendemains meilleurs.


Autre constante du parcours des EI, les Siestes musicales invitent chaque année les auditeurs à s’étendre sur des coussins afin de s’immerger dans l’écoute de prestations musicales variées jouées en direct. Pour cette mouture, place à Cordâme, DJ Brace, Soundscape Trio, Cissoko, Ablaye et Brie Neilson.


Pour un voyage multisensoriel (presque tout gratuit) et drôlement invraisemblable.


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Escales choisies

  • Forêt pour méditer en pleine ville, de Phil Allard et Justin Duchesneau, sur la place des Festivals, du 2 au 11 septembre de 11 h à 20 h.
  • La sagesse des abeilles enseignée aux humains par Michel Onfray, création audiovisuelle de Jean-Lambert Wild, du 11 au 14 septembre à l’Usine C (payant).
  • Le flux humain des Trajets de ville d’Ex Nihilo, les 8 et 9 septembre à 13 h sur les quais du Vieux-Port.
  • L’épicerie musicale de Jérôme Minière et Marie-Pierre Normand, les 7 (entre 18 h et 19 h), 8 et 9 septembre sur les quais du Vieux-Port.
  • John au hasard, courts instantanés de danse-musique en hommage à John Cage, de la Compagnie Éclats, du 7 au 9 septembre entre 14 h et 18 h sur les quais du Vieux-Port.

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