Plume Latraverse, l’impossible courtepointe d’une vie


	Plume est Plume, et l’idée de se mettre tout nu à la radio ne lui est pas agréable.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir
Plume est Plume, et l’idée de se mettre tout nu à la radio ne lui est pas agréable.

À Plume la définitive bio à la radio d’État, après Félix, Sylvain Lelièvre, Les Cyniques, RBO, Gilles Vigneault et quelques autres incontournables non contournés : pas trop tôt. La Première Chaîne de Radio-Canada s’est finalement fendue d’une série de quatre émissions à la gloire du grand échalas de nos coeurs et génial asocial de la poésie chansonnière québécoise : ça démarre ce samedi après Le Bigot, et ça se poursuit les samedis d’après jusqu’au 22 septembre. Ça s’intitule D’un Plume à l’autre -Parcours à contre-courant de Plume Latraverse, et c’est très honnêtement fait, si j’en juge par le premier épisode et par la totale passion partagée avec le réalisateur-recherchiste-interviewer Mathieu Beauchamp lors de l’enregistrement de ma participation.

Oui, j’y ai mis mes cinq sous de plumophile par-ci par-là. On est 17 admirateurs notables (Vigneault, Louise Forestier), héritiers spirituels (Mononc’Serge, les Denis Drolet), comparses musiciens de toutes les époques (d’Ysengourd Knohr à Stephen Faulkner à JC Marsan), observateurs divers (Michel Vézina, Laurent Saulnier), à tenter de rapiécer l’impossible courtepointe de cette vie à la fois échevelée et droite comme un i. Comme si on pouvait expliquer Plume Latraverse !


L’intéressé a été longuement sondé, bien entendu, dans la mesure où il est possible de sonder l’insondable, longue partie de cache-cache où Beauchamp aura obtenu à la fois peu et beaucoup : Plume est Plume et l’idée de se mettre tout nu à la radio ne lui est pas agréable, même si on le sent conscient que l’occasion compte et ne se présentera peut-être plus.


Ça donne ce que ça donne, un « lour passé » auquel il manque le « d », c’est-à-dire ce qu’on peut savoir de Plume sans trop fouiller le Michel derrière, en respectant les frontières décrétées inviolables par notre homme. Rien sur l’enfance et la famille (l’histoire se transporte vite au Séminaire de Joliette), flou artistique sur la « vie de bohème » des années 1960, évocation rapide de l’ambiance des étés à la Maison du pêcheur de Percé (avec un reportage d’époque de Denise Bombardier à la clé !), et ainsi de suite.


Même les témoins de la première heure, le « Docteur » Pierre Landry, Charlot Barbeau, se font relativement discrets sur ce que Plume appelle « la joyeuse bouillabaisse » du temps de La Sainte Trinité : peut-être faudra-t-il attendre la deuxième heure et l’incontrôlable Faulkner pour la truculence débridée. Ou reconnaître l’évidence : c’est dans les textes de Plume qu’on a le meilleur accès à Plume, ce « jeune beatnik en mauvaise herbe [… et folle en plus] » (Cris et écrits, 1983).


On obtient tout de même, gracieuseté de Gilles Valiquette, réalisateur de l’épique Plume pou digne de 1974, une anecdote qui en dit long sur la frilosité des compagnies de disques : incroyable mais vrai, on préféra la très négligeable Bossa-Mota au futur hymne plumesque Rideau en face A du seul 45-tours tiré de l’album. Rideau, en version « censurée entre guillemets », gros mots escamotés, échoua du côté B : c’est le public qui imposa sur les ondes la version de l’album et permit à Plume de se faire « payer le cognac » pour le restant de ses jours. Gnac gnac gnac.

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