L’oeuvre contestée n’ira pas au Parc olympique

La sculpture Recevoir, un bronze de femme de 3,7 m de haut pensé par André Desjardins, ne nichera finalement pas au Parc olympique de Montréal comme annoncé le 10 juillet dernier.

En toute fin de journée hier, le peintre et sculpteur a annoncé le retrait de son oeuvre du projet. L’américaine Academy of Fine Art Foundation avait fait don de la pièce, encore non existante mais estimée par la fondation à 1,1 million, au Parc olympique. Le président-directeur général du Parc olympique, David Heurtel, et la ministre du Tourisme, Nicole Ménard, se réjouissaient de l’arrivée de cette sculpture qui, sur ce lieu symbolique, « succédait à La joute de Jean-Paul Riopelle ». Le Parc olympique entendait investir 50 000 $ dans le transport et l’installation de l’oeuvre.


Des protestations du milieu des arts visuels n’ont pas tardé à surgir pour dénoncer la soudaine ingérence de Parc olympique dans les arts publics. Le ministère de la Culture est d’ailleurs resté le grand absent de ce dossier.


De premières réserves sont venues sur le blogue du critique en arts visuels du Voir, Nicolas Mavrikakis. Puis une lettre ouverte, publiée jeudi dans nos pages et signée par les spécialistes en arts visuels Annie Lafleur et Emmanuel Galland, s’est indignée devant ce procédé d’acceptation de don qui contourne 60 ans de pratiques en intégration des arts visuels. La lettre se doublait d’une pétition à laquelle 200 signataires, dont la directrice générale du Conseil des arts de Montréal, Danielle Sauvage, ont joint leur voix en seulement 24 heures.


« Bien malgré moi, je me retrouve au coeur d’une controverse et je suis dépassé par les événements, a déclaré André Desjardins hier soir, par voie de communiqué. En raison du climat médiatique actuel, la fondation a annoncé qu’elle renonçait à donner l’oeuvre au Parc olympique. » Il a été impossible, hier soir, de joindre l’artiste ou le Parc olympique pour obtenir des commentaires.

7 commentaires
  • Pierre Samson - Abonné 21 juillet 2012 08 h 09

    La fondation

    The Academy of Fine Art Foundation? Allez voir son site et bidonnez-vous. Un musée des horreurs, entre le kitsch et le postcolonial; une antenne, dirait-on, pour un diffuseur de croûtes et de furoncles. Par-dessus le marché, un don qui fleure le crédit d'impôt à plein nez. Quand même! Et qui a mis ces gens à la tête de la RIO?
    http://www.academyoffineart.org/

  • Vincent Fortier - Inscrit 21 juillet 2012 11 h 30

    Recevoir...

    Wake up. Le titre le l'oeuvre c'est quoi ? Il n'y a pas d'Art sans échanges. Je vous rappelle que la statue de la Liberté est un don d'une nation à une autre. Si on n’est pas capable de recevoir, on n’est pas capable d'apprécier l'Art. Non, s'il vous plaît, ramener cette oeuvre au stade olympique, ce n'est pas aux artistes à décider, mais aux citoyens à qui sont destinées ces oeuvres.

    • Gilles Vachon - Abonné 21 juillet 2012 20 h 33

      Je trouve le parrallèle avec la statue de la libertée tout à fait approprié. Ne soyons pas aussi fermé et effectivement allons de l'avant pour installer cette œuvre au parc Olympique. Une belle façon de faire oublier l'affront de nous avoir enlevé Riopelle. Quoi on est pas assez présentable dans Hochelaga-Maisonneuve pour avoir droit à la beauté de l'art? J'ai vu la pièce grâce au Devoir et elle m'inspire et sûrement traversera le temps sans une ride. S'il vous plaît laissez-nous tranquille avec les chicanes de clochers.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 21 juillet 2012 20 h 00

    Quel but ?

    On n'a pas besoin d'être expert en art pour réaliser que cette sculpture est loin d'être la Vénus de Milo.

    Le Québec dispose pourtant de sculpteurs avant-gardistes. Ils sont des plus vaillants et prolifiques.

  • Pierre Samson - Abonné 22 juillet 2012 08 h 49

    Desjardins et radio

    D'ailleurs, si ma mémoire est bonne [et normalement elle l'est], ce... producteur de biens culturels a déjà été invité à la radio [C. Charette?] pour parler de son pétaradant succès au sud de notre salutaire parallèle. J'étais allé constater les dégâts sur le site de la galerie [des horreurs] qui le représente toujours.

  • Louis Duchesne - Inscrit 23 juillet 2012 15 h 07

    Le progrès dans les arts?

    L’historienne de l’art et commissaire indépendante Anne-Marie Ninacs reproche essentiellement à l’artiste Desjardins de travailler «dans une esthétique qui relève du XIXe siècle, à laquelle toute notre modernité s’est opposée.» Ce semble donc une question de mode plutôt que de «beauté».
    Malheureusement, on peut penser qu’il n’y a pas vraiment de «progrès» dans les arts, mais seulement des changements de mode. Les sculptures de Vaillancourt sont-elles plus belles que celles de Rodin? Celles de Rodin plus belles que celles de Michel-Ange? Celles de Michel-Ange plus belles que celles de Praxitèle? Le théâtre de Mouawad dépasse-t-il celui de Musset? Celui de Musset dépasse-t-il celui de Racine? Celui de Racine dépasse-t-il celui d’Eschyle?
    Il faudrait donc trouver d’autres arguments que l’esthétique démodée pour refuser une œuvre d’art. La statue équestre de Jeanne d’Arc, un des plus beaux monuments de Québec, a été donnée par des mécènes étatsuniens. Elle ne passerait pas le test des comités d’experts «avant-gardistes» d’aujourd’hui.

    Louis Duchesne
    Québec