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Juste Pour Rire - Trois décennies de rire en 100 minutes

Si jeune et pourtant très vieux. Le Festival Juste pour rire célèbre cette année ses 30 ans, et c’est ce que les organisateurs ont voulu marquer hier soir avec un gala hommage de circonstance.


D’ordinaire consacrée à une figure marquante de la scène humoristique - Yvon Deschamps, Claude Meunier, RBO ont eu la leur -, cette soirée a été placée, sur les planches de la Place des Arts (PDA) à Montréal, sous le signe de la ratatouille et de la rétrospective visant à revisiter trois décennies de rire en 100 minutes. Le tout avec Stéphan Bureau pour superviser la brochette d’artistes déferlant sur la piste.


Avec en ouverture une vidéo des Satiriques envoyant l’animateur de la soirée et Laurent Paquin à l’époque de la Rome antique, à la recherche des fondements de l’humour, la recette, planifiée pour devenir une émission de télévision aux heures de grande écoute, avait bien sûr tous les ingrédients pour séduire un public large et familial : humour sans danger porté par Billy Tellier, composante appréciée du passé incarnée par l’Oncle George, personnage imaginé par Daniel Lemire dans les années 80, et jeune talent en ascendance, comme François Bellefeuille, une révélation de l’année, venu commenter, le sourire en coin et en martelant les syllabes, les affiches des spectacles d’humoristes des dernières années. Compositions picturales surannées et forcément comiques.


Le tout a cherché à témoigner que « l’humour au Québec est certainement ce qui en fait une société distincte », a résumé l’ex-présentateur vedette du Téléjournal en guise d’introduction. Pour en faire la démonstration, Juste pour rire a ramené du coup hier soir sur scène le Groupe sanguin (Marie-Lise Pilote, Dany Turcotte, Dominique Lévesque et Émile Gaudreault), une première depuis 20 ans, dans une comédie musicale sur le thème de l’amour puisant dans le répertoire des grands classiques de la chanson d’ici.


Autre retour, celui de Pierre Verville et André-Philippe Gagnon dans un numéro d’imitation qui, à l’origine devait se jouer avec Jean-Guy Moreau que la Grande Faucheuse a tenu éloigné de la PDA. L’hommage n’en a été que plus vibrant, ouvrant la boîte à souvenirs sur les disparus des 30 dernières années, dont Doris Lussier, Roger Jourbert, Roméo Pérusse, Serge Grenier des Cyniques, célébré en respectant les codes caustiques du défunt par André Ducharme, le petit format du groupe RBO.


Formule imparfaite dans l’ensemble, cherchant sans trop de subtilité le plus petit dénominateur commun pour décrisper, ce gala hommage aura toutefois permis de confirmer le talent loufoque d’André Sauvé venu perdre le public, pour rire, avec un exposé sur la mécanique de l’humour, ou encore celui de François Morency, cinglant, venu rappeler qu’en 30 ans, l’humour avait bien changé et les humoristes aussi. « Ils sont devenus prétentieux », a-t-il dit, « se présentant désormais comme des agents de changement social ». Des agents pas très redoutables, selon lui, qui rigolent depuis des années de Jean Charest, Stephen Harper et Gérald Tremblay, tous réélus plusieurs fois.


Reste que pour ses 30 ans, Juste pour rire s’est souhaité hier soir, sur scène, rien de moins qu’une loi spéciale : la loi 102, qui devrait forcer les commerçants à faire des blagues sur leur fonds de commerce pour préserver le patrimoine humoristique du Québec bâti au fil des années. Une idée qui, tout comme ce gala hommage, peut faire rire, à condition bien sûr qu’on évite de la prendre trop au sérieux.