Murs-sculptures pour nomades urbains

Intitulé Poêle, l’un des neuf murs-sculptures présentés dans l’exposition s’inspire de l’environnement qui l’entoure, dont les vestiges de feux de camp sporadiques des visiteurs de l’ancienne carrière de la Côte-de-Beaupré.
Photo: GianPiero Moretti Intitulé Poêle, l’un des neuf murs-sculptures présentés dans l’exposition s’inspire de l’environnement qui l’entoure, dont les vestiges de feux de camp sporadiques des visiteurs de l’ancienne carrière de la Côte-de-Beaupré.

Des pans de mur sculptés qui invitent à flâner, à s’asseoir pour contempler le paysage, surgissent en plein milieu d’une friche. Mirage ou réalité ? Un peu des deux. C’est le projet - non concrétisé mais ô combien réfléchi - de l’architecte GianPiero Moretti, qui fait l’objet de l’exposition Machines à paysage, lancée hier à la Maison de l’architecture du Québec (MAQ).


« C’est une réflexion un peu théorique sur comment intervenir dans ces lieux laissés pour compte dans les agglomérations urbaines ou périurbaines, explique le professeur de l’École d’architecture de l’Université Laval et chercheur du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues (GIRBa). Parce qu’en tant qu’architectes et urbanistes, on intervient avec des projets forts par rapport au site dans lequel ils sont implantés. Doit-on avoir la même habitude dans ces lieux-là ? » La question a préoccupé l’architecte et son équipe de recherche, financée par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture, pendant près de quatre ans. Ils ont étudié et cartographié de diverses manières le terrain d’une ancienne carrière abandonnée de la Côte-de-Beaupré, au nord de Québec (aujourd’hui investie par un projet de développement) pour explorer de nouvelles approches en architecture.


Entre falaise et fleuve, le site garde les traces de son ancienne vie et celles plus récentes des activités ponctuelles et spontanées qui s’y tiennent depuis : feux de camp, skateboarding, parking pour observer les feux d’artifice… Cette ambivalence caractérise souvent ces friches et fascine l’architecte : à la fois attirantes et inquiétantes parce qu’elles constituent des fractures - sans fonction précise - dans le trop-plein de la ville, sans être totalement vierges de la présence humaine. À cette ambivalence, l’équipe de Moretti répond par une architecture dite « faible » ou poreuse, qui peut favoriser des appropriations à interprétation variable selon le temps du jour ou de l’année.


En écho à la limite de la ville que constitue souvent une friche, ils ont conçu neuf murs - limites aussi du bâti en architecture - de dimension identique à l’image du paysage qui les entoure.


« On a relevé les strates de la végétation, les textures au sol, débris cassés des anciens murs de la briqueterie » et même les sons et les odeurs du site, décrit le chercheur. Leur relevé graphique a ensuite servi de calque pour sculpter des formes, ouvertures et cavités invitant à s’y lover. Les structures sculptées de 80 cm d’épaisseur par 12 m de long et 2,4 m de large - en théorie, pour les images de synthèse - sont exposées sous forme de maquettes en plexiglas ou en bois à l’échelle 1:5 et 1:20, accompagnées.


« C’est une architecture d’intervalle, ce n’est pas un objet qui s’impose à son environnement, mais plutôt qui se pose dans la continuité de la ville », explique l’architecte. Objet caméléon qui trace l’embryon d’un espace public en constante redéfinition.


Présentée à l’École d’architecture de l’Université Laval en avril 2011, Machines à paysage s’arrête à la MAQ cet été avant de poursuivre son itinérance vers l’Europe.


À voir en vidéo