L’église qui a inspiré Roger Lemelin est en décrépitude

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	C’est tout un pan du patrimoine lié à l’œuvre?de l’écrivain Roger?Lemelin?qui s’écroulera avec la démolition de l’église, construite entre 1925 et 1941.</div>
Photo: Yan Doublet - Le Devoir
C’est tout un pan du patrimoine lié à l’œuvre?de l’écrivain Roger?Lemelin?qui s’écroulera avec la démolition de l’église, construite entre 1925 et 1941.

Vingt ans après la mort de l’écrivain Roger Lemelin, la fameuse église Saint-Joseph, à Québec, figure emblématique de l’oeuvre de l’artiste, est aujourd’hui désaffectée et est menacée de démolition.

Hier, la conseillère Geneviève Hamelin, du district Saint-Sauveur de la Ville de Québec, où se trouve l’église maintes fois décrite dans l’oeuvre de Lemelin, a affirmé qu’une demande en bonne et due forme pour un permis de démolition avait été présentée à l’administration du maire Régis Labeaume. La Commission d’urbanisme et de préservation du patrimoine de la Ville de Québec n’a toutefois pas encore été saisie du projet que le promoteur immobilier, propriétaire du lieu de culte depuis sa vente en 1998, souhaite présenter.


Le spectre de la démolition prochaine de l’église Saint- Joseph a alerté certains citoyens, qui estiment que l’église fait désormais partie « du patrimoine immatériel » associé à l’oeuvre de l’auteur des Plouffe (1948).


À l’occasion des 20 ans de la disparition de Roger Lemelin, l’organisme sans but lucratif La Promenade des écrivains - qui fait connaître au public divers secteurs de la ville de Québec à travers l’oeuvre d’auteurs québécois - a choisi de jeter son dévolu sur le quartier Saint-Sauveur. Le secteur est demeuré presque intact depuis sa consécration dans les pages d’Au pied de la pente douce, Les Plouffe et Le crime d’Ovide Plouffe.


« Durant cette visite, on s’arrête devant les lieux significatifs décrits dans l’oeuvre de Lemelin. La maison de naissance est encore là, la Croix de chemin, mais c’est particulièrement émouvant quand on s’arrête devant l’église Saint-Joseph, aujourd’hui placardée, avec sa flèche lézardée. Bientôt, on n’aura plus que des images d’époque à montrer ! », déplore Marie-Ève Sévigny, directrice de La Promenade des écrivains.


Selon cette dernière, c’est tout un pan du patrimoine lié à l’oeuvre de Lemelin qui s’écroulera avec la démolition de l’église, construite entre 1925 et 1941. « On veut bien faire des commémorations, mais encore faut-il qu’on sauve l’essence de ce quartier », relance Mme Sévigny.


Cette dernière se désole de l’attitude de la Ville de Québec, qui se réfugie derrière une décision du ministère de la Culture pour attribuer une piètre valeur patrimoniale à l’édifice. Cette chronique d’une démolition annoncée s’ajoute à la vague récente d’immeubles religieux (Patro Saint-Vincent, chapelle des Franciscaines, monastère des Franciscains et église Notre-Dame-de-la-Pitié) condamnés au pic des démolisseurs par l’administration Labeaume en faveur de projets immobiliers.


Interrogée à ce sujet, Geneviève Hamelin soutient que la rénovation de l’église Saint-Joseph, truffée d’amiante, était presque impossible. « Cette église a en sus des problèmes de structure, en plus de l’amiante. Quand on parle de patrimoine, on se tourne toujours vers les villes ou le ministère. On devrait peut-être plutôt rappeler aux fabriques qui vendent des églises qu’elles imposent des conditions aux promoteurs pour protéger les immeubles patrimoniaux », a-t-elle défendu.