Qui, des mécènes ou de la culture, en profite le plus ?

Martine Letarte Collaboration spéciale
Créée en 2004, Rain est une production du cirque Éloize mise en scène par Daniele Finzi Pasca.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Créée en 2004, Rain est une production du cirque Éloize mise en scène par Daniele Finzi Pasca.

Ce texte fait partie du cahier spécial Montréal - Prix Arts-Affaires 2012

Le Conseil des arts de Montréal et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain ont remis cette semaine les prix Arts-Affaires.

Chaque année, les prix Arts-Affaires célèbrent l’engagement des entreprises et des gens d’affaires au sein du milieu artistique et culturel du Grand Montréal. Une relation gagnant-gagnant qu’il faut continuer à développer, d’après Louise Roy, présidente du Conseil des arts de Montréal.


« De nombreuses entreprises et plusieurs gens d’affaires donnent de l’argent à des organismes culturels. D’autres donnent leur temps, leur expertise, des services. En donnant, ils découvrent tout un monde, le monde des créateurs. Des partenariats se développent et il y a un réel partage », remarque Louise Roy.


Le défi d’aller chercher des mécènes et des bénévoles demeure toutefois entier. « On sait que la culture est le quatrième secteur prioritaire pour la population en matière de philanthropie, après la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté. Recueillir des fonds du secteur privé nécessite du travail de la part des organismes culturels, et ce n’est pas facile. Les prix Arts-Affaires sont très importants pour valoriser l’engagement des gens d’affaires dans le milieu culturel », explique Mme Roy.


On ne devient normalement pas mécène ou bénévole du jour au lendemain. Il faut avoir été sensibilisé, avoir eu un coup de coeur pour une discipline, pour une organisation.


Le Conseil des arts de Montréal en est bien conscient et développe différentes stratégies pour semer la graine de l’engagement chez les gens d’affaires.

 

GO-C.A.


Louise Roy est très enthousiaste à propos du programme GO-C.A. du Conseil des arts de Montréal. « C’est un programme de jumelage, précise-t-elle. Déjà, nous avons jumelé une centaine de jeunes banquiers, comptables et avocats avec 25 organismes culturels. »


GO-C.A. fonctionne selon le principe du speed-dating. « Les gens d’affaires et les organismes culturels se présentent. Ensuite, les gens d’affaires choisissent où ils veulent s’engager et nous faisons les mariages. Les gens d’affaires ont aussi un mentor dans leur entreprise qui s’assure que tout va bien », explique Louise Roy.


Le programme a démarré avec le milieu du théâtre en janvier 2011. « Nous avons ensuite évalué le programme et ce fut extrêmement positif, affirme Mme Roy. Les gens engagés ont découvert un monde formidable de créativité et d’innovation. Les compagnies de théâtre ont rencontré des gens passionnés qui leur ont apporté une expertise et un réseau. Lorsque deux mondes se rencontrent, il y a un apprentissage mutuel qui se fait. »


GO-C.A. est ensuite allé de l’avant avec la musique actuelle, en janvier dernier, et avec la danse contemporaine, en mai. Le Conseil des arts de Montréal souhaite aller de l’avant dans le domaine des arts visuels cet automne. Ensuite viendront probablement le cinéma et la littérature.


GO-C.A. vise particulièrement les petits organismes. « Les organismes ayant un budget de 500 000 $ ou moins ont plus de difficulté que les grands, comme l’Orchestre symphonique de Montréal et les Grands Ballets canadiens, à aller chercher des dons, des commandites et des bénévoles. Les gens que GO-C.A apporte aux conseils d’administration des petits organismes culturels permettent d’améliorer la gouvernance et la façon d’aller chercher des fonds. C’est très porteur et c’est une nouvelle génération de gens d’affaires engagés dans les arts et la culture que nous formons », affirme Louise Roy.


Arrimage


Dans la même veine, le Conseil des arts de Montréal et la Jeune Chambre de commerce de Montréal organisent depuis 2009 le programme Arrimages. « Nous amenons un groupe de jeunes gens d’affaires à cinq événements. On les amène par exemple à l’opéra, dans une galerie d’art, à un concert, mais on les fait aussi rencontrer le président du conseil d’administration des organismes et les créateurs », explique Mme Roy.


Les participants payent leurs billets pour les événements culturels et les frais d’adhésion au programme, qui seront versés par la suite à l’organisme culturel choisi par le groupe. « Ça se veut une première initiative philanthropique, précise Mme Roy. Ce programme est important aussi pour sensibiliser les jeunes à la valeur des arts pour la société. D’ailleurs, en 2009, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain avait calculé que les retombées directes et indirectes du secteur culturel dans la grande région de Montréal étaient de 12 milliards de dollars. »


Forum Arts-Affaires


Le Conseil des arts de Montréal continuera ses efforts cette année pour que le milieu des affaires s’investisse davantage dans les arts et la culture.


Récemment, il a créé un comité Arts-Affaires et a nommé à sa présidence Jean-Pierre Desrosiers, associé chez Fasken Martineau et lauréat en 2010 du prix Personnalité Arts-Affaires. « M. Desrosiers est très engagé, il ne compte pas son temps, remarque Louise Roy. Il est membre aussi du conseil d’administration du Conseil des arts de Montréal. L’objectif du comité est de mettre sur pied le forum Arts-Affaires. Il réunira 15 ou 20 personnes du monde des affaires qui sont très engagées dans le domaine des arts et de la culture et nous en ferons des ambassadeurs. Elles nous aideront à ouvrir des portes. »


Louise Roy remarque que bien des gens expérimentés du milieu des affaires s’investissent dans de grands événements et de grandes organisations du secteur culturel et artistique. « Toutefois, il n’y a pas de lieu pour que ces gens se réunissent et aient un effet de levier. C’est ce que nous voulons faire avec le forum. Nous voulons intéresser davantage les entreprises à investir en culture », affirme Louise Roy.


Le Conseil des arts de Montréal souhaite que le forum réussisse notamment à intéresser les gens d’affaires issus de la diversité à s’engager dans le milieu culturel et artistique. « Il y en a qui le font, mais il n’y en a pas beaucoup », remarque Mme Roy.


Elle a aussi en tête les entreprises étrangères qui viennent s’installer à Montréal et qui jouissent d’avantages fiscaux et financiers. « Je pense au secteur des médias électroniques, par exemple. J’aimerais que nos ambassadeurs aillent dans ces entreprises pour leur expliquer que la culture est importante pour la qualité de vie et l’économie de la grande région de Montréal et, donc, que c’est important qu’ils se mobilisent. »

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Collaborateur