La collection Hornstein : un don unique pour le Musée des beaux-arts de Montréal

Le retour de l’enfant prodigue, du peintre baroque Jan Steen, est considérée comme le chef-d’œuvre du maître flamand, contemporain de Rembrandt.
Photo: Musée des beaux-arts de Montréal Le retour de l’enfant prodigue, du peintre baroque Jan Steen, est considérée comme le chef-d’œuvre du maître flamand, contemporain de Rembrandt.

D’ici 2017, les Montréalais pourront admirer au Musée des beaux-arts de Montréal une collection unique de maîtres anciens de l’âge d’or de la peinture hollandaise et flamande qui n’aura rien à envier au corpus de la même période de plusieurs grands musées du monde.

Dévoilée hier à Montréal, la teneur de la donation majeure faite en mars dernier par les philanthropes et grands amis du Musée des beaux-arts de Montréal Michal et Renata Hornstein a été qualifiée d’unique par la directrice du musée, Nathalie Bondil. « Pour voir ce même genre d’ensemble, il faudrait se rendre dans les musées nationaux néerlandais ou dans de très grands musées comme le Louvre ou le MET de New York », a-t-elle dit.


En présence du couple de donateurs, du ministre des Finances, Raymond Bachand, et de la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, Nathalie Bondil a loué hier l’immense geste de générosité du couple Hornstein, dont la précieuse collection, évaluée à 75 millions de dollars, était convoitée par plusieurs musées, dont la National Gallery de Washington.


« Ce don est le résultat d’une complicité qui s’est bâtie durant 30 ans. Ce sera la seule collection de maîtres anciens de ce calibre au Québec. C’est une collection d’une valeur inestimable, non seulement en raison de sa valeur, mais parce qu’il serait impossible aujourd’hui de reconstituer un tel ensemble. C’est un trésor national », affirme Nathalie Bondil.


Avec l’ajout de cet imposant ensemble, la collection de maîtres anciens du MBAM deviendra la seconde en importance au pays après celle du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa.


Aujourd’hui âgé de 92 ans, Michal Hornstein a expliqué hier que la décision de faire don de l’ensemble de sa collection au MBAM n’avait pas été ardue, en dépit des sollicitations venues de toutes parts. « La décision de donner la collection totale a été très facile. J’ai eu des conseils de toutes sortes de gens. Même le prince du Liechtenstein a tenté d’obtenir une des toiles de Jan Steen, mais celle-là aussi ira au musée, où les gens pourront voir ces oeuvres pour les siècles à venir. Il y a 66 ans, nous sommes arrivés à Montréal par pure coïncidence, grâce à des amis, et nous sommes très reconnaissants envers les gens de Montréal », a dit Michal Hornstein.


Homme d’affaires prospère d’origine juive polonaise, Michal Hornstein, émigré au Canada en 1951, a fait fortune dans l’immobilier en fondant la Federal Construction LTD. Survivant de l’Holocauste, il fuit Auschwitz, puis se rend à Rome après avoir été libéré par l’armée russe. En 1946, il rencontre en Italie sa future femme, Renata, dont la passion pour les maîtres anciens le pousse à amorcer une collection.


Pièces uniques


Parmi les joyaux donnés, on compte Le retour de l’enfant prodigue du peintre baroque Jan Steen (1626-1679), une pièce considérée comme le chef-d’oeuvre du maître flamand, contemporain de Rembrandt, explique Nathalie Bondil. Pièce sur laquelle le fameux prince du Liechtenstein aurait aimé mettre la main. Le MBAM s’enrichira notamment du tableau Le jeune mendiant de Nicolas Maes (1634-1693), d’une nature morte de Pieter Claes et de l’oeuvre Le vieux savant dans son cabinet de Jan Lievens (1697-1674).


L’ensemble d’environ 70 pièces comprend des oeuvres des peintres maniéristes de la Renaissance, des maîtres de la scène de genre, de portraitistes, ainsi que des maîtres du paysage flamand et hollandais du xviie siècle (dont Van Goyen et Jacob Ruisdael), des maîtres flamands de la nature morte (Claes, Van Beyeren, Van Schooten) et des Flandres. D’autres courants de l’art sont aussi représentés au sein de la collection, dont un tableau majeur du Français Claude Lorrain et des oeuvres des artistes du rococo vénitien Carrierra, Piazzetta et Zucarelli.


Selon Nathalie Bondil, ce corpus exceptionnel d’oeuvres renforcera la position du MBAM sur la scène internationale et lui permettra de rejoindre le club restreint des musées ayant des pièces maîtresses à offrir pour faciliter l’emprunt d’autres pièces. En plus de cette collection, la famille Hornstein a déjà fait don en 30 ans de quelque 370 oeuvres, dont 30 tableaux - dont un Degas - (pour une valeur totale de 50 millions de dollars), en plus d’avoir participé à la rénovation architecturale du pavillon original du musée qui porte désormais le nom des philanthropes.


Hier, le ministre Raymond Bachand a rappelé que son gouvernement s’était engagé, lors du budget dévoilé le 20 mars dernier, à financer, à hauteur de 18,5 millions, la construction du cinquième pavillon du MBAM, qui accueillera la généreuse collection Hornstein. Ce nouveau pavillon sera financé à 85 % par le secteur privé, comme ce fut le cas pour le nouveau pavillon d’art canadien Claire et Marc Bourgie ouvert l’automne dernier. Un concours ouvert aux architectes du Québec sera lancé cet été pour le concept de ce cinquième pavillon, dont l’ouverture est prévue au plus tard en 2017, pour le 375e anniversaire de Montréal.

1 commentaire
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 26 mai 2012 13 h 18

    Merveilleux

    Montréal peut se compter chanceux d'avoir des philantropes aussi généreux. Monsieur l'a dit hier : il aime Montréal, entre toutes les villes du monde. Les pièces de cette collection sont extraordinaires, toutes importantes, toutes convoitées. Elles vont enrichir d'une manière inattendue nos collections. J'ai hâte de m'y rendre. Merci madame Hornstein pour sa passion des maîtres anciens et monsieur Hornstein d'aimer Montréal.