Mobilisation pour rapatrier les artefacts de Forillon


	Vue sur un coin du parc national Forillon, en Gaspésie.
Photo: Parcs Canada
Vue sur un coin du parc national Forillon, en Gaspésie.

Le Parti québécois et les Gaspésiens enjoignent au gouvernement du Québec de prendre ses responsabilités en demandant au gouvernement fédéral de ne pas transférer, de Québec vers la région d’Ottawa, les artefacts issus de l’expropriation de Forillon. Plus encore, les Gaspésiens souhaitent que ces témoins du passé soient rapatriés chez eux. Le gouvernement du Canada envisage de fermer le Centre de service de Québec (CSQ), qui est sous la responsabilité de Parcs Canada, et ce, dans le cadre des compressions budgétaires.

Le CSQ contient plus de 55 000 artefacts patrimoniaux du Québec. Parmi ces grandes collections, il y a plus de 5000 artefacts (mobilier, vaisselle, coutellerie, photographies, etc.) issus de l’expropriation de 225 familles de Forillon (près de Gaspé) en 1970.


Dans ce contexte de fermeture du CSQ et du transfert de ses collections, le porte-parole en matière de culture au Parti québécois, Maka Kotto, a déposé une motion à l’Assemblée nationale le 16 mai dernier qui se lit notamment comme suit. « Que l’Assemblée nationale demande au gouvernement fédéral et à Parcs Canada de renoncer à leur projet de transfert de milliers d’artefacts québécois. Qu’elle s’assure que ces artefacts demeurent au Québec, dans leur lieu d’origine respectif. »


Cette motion s’est opposée à une fin de non-recevoir par le gouvernement. Ce qui a soulevé l’indignation de Maka Kotto. En entrevue au Devoir, il rappelle que la collection du CSQ contient des milliers d’objets de Forillon « et les gens de Forillon s’attendent à ce qu’ils soient transférés chez eux, et pas à Ottawa ». En refusant d’appuyer sa motion, ajoute le député, le gouvernement et la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, servent « un camouflet aux gens de la Gaspésie. La ministre doit prendre ses responsabilités face à Ottawa. Et je vous assure que cette histoire n’en restera pas là ! »

 

Les Gaspésiens se mobilisent


La présidente du Regroupement des personnes expropriées de Forillon, Marie Rochefort, se dit « très déçue de l’attitude du gouvernement du Québec qui a refusé cette motion. Et je sais que dans la région, on est en train de se mobiliser pour rapatrier des objets ici. C’est une question de respect pour les personnes expropriées et ces objets sont d’une grande valeur identitaire ». Le maire de Gaspé, François Roussy, est du même avis. « En refusant cette motion-là, c’est à se demander si le gouvernement a une vision des choses dans ce dossier-là. Il faut qu’on rapatrie ces objets ici, en Gaspésie. Écoutez, on s’attend à des actions concrètes de Québec ! ».


À ce titre, le directeur du Musée de la Gaspésie, Sébastien Lévesque, a signifié au Devoir être prêt à « porter le ballon » dans ce dossier. « On est à mobiliser la région autour du projet de notre musée pour créer une réserve régionale visant à accueillir les artefacts. On a déjà l’appui du CLD, de la MRC, de la SADC et de la Chambre de commerce. »

 

Réaction de la ministre


De son côté, la ministre St-Pierre confirme avoir entendu l’appel des Gaspésiens. « Je veux dire aux Gaspésiens qu’ils peuvent avoir la certitude qu’on va faire tout ce qu’on est en mesure de faire dans ce dossier. » Reste que sur la motion présentée par Maka Kotto, la ministre estime qu’elle ne tenait pas compte de la réalité. « Elle a été présentée comme si nous n’avions pas eu l’assurance [que les objets que contient le CSQ à Québec] allaient demeurer au Québec. Or, la semaine dernière, le bureau du premier ministre [Stephen] Harper a donné l’assurance que les objets resteraient au Québec. On ne sait pas encore où. Et ce n’est pas vrai que comme ministre de la Culture, je vais laisser partir les artefacts [hors du Québec]. »


La ministre rappelle qu’elle avait pris acte de ce dossier bien avant que la motion de Kotto ait été déposée. Son cabinet a fait parvenir au Devoir une lettre que la ministre a envoyée à son homologue fédéral, Peter Kent, datée du 8 mai dernier, dans laquelle Mme St-Pierre indique que « parmi les mesures annoncées figurent des compressions de 29,2 millions à l’Agence Parcs Canada. […] L’un des moyens envisagés pour parvenir à cette coupe est la fermeture du Centre de service de Québec. Si cette hypothèse est retenue, les collections patrimoniales du Québec seraient déménagées dans la région d’Ottawa. […] Je sollicite une rencontre avec vous afin de voir ensemble comment conserver les collections patrimoniales de l’Agence Parcs Canada dans la ville de Québec ». Le cabinet de Mme St-Pierre a rappelé Le Devoir après l’entrevue pour confirmer que le ministre Kent a accepté de la rencontrer prochainement.


Vers Gatineau ?


Chez Parcs Canada, le vice-président de la conservation, Larry Ostola confirme au Devoir que les artefacts resteront au Québec en indiquant que Gatineau, près d’Ottawa, « est envisagé ». Pour ce qui est des objets de Forillon, il note « qu’ils ont été achetés, et d’autres ont été trouvés dans les maisons vides ». Quant à leur transfert vers la Gaspésie, il dit que Parcs Canada est « très ouverte à entamer des discussions avec les intervenants de la Gaspésie ».


En 1970, 225 familles ont été expropriées manu militari pour faire place à un parc fédéral. L’expropriation a été faite par le gouvernement du Québec d’alors. Ce n’est que tout récemment que ces familles arrachées de leurs terres ont obtenu des excuses officielles de la Chambre des communes le 14 février 2011 et de l’Assemblée nationale le 20 octobre 2011. « Il y a eu cette expropriation totale et brutale du territoire qui a touché plus de 200 familles et conduit à des drames cruels. Les fonctionnaires du Québec ont fixé sur la valeur marchande de leurs propriétés les indemnités à accorder aux expropriés. C’est ainsi qu’on a vu tous ces petits pêcheurs-cultivateurs dans un désarroi total après avoir obtenu, pour leurs terres, leurs maisons et autres bâtiments, un montant dérisoire avec le privilège d’habiter un HLM neuf », a déjà écrit le prêtre et cofondateur du collège de la Gaspésie, Jules Bélanger.


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