Rejoindre 539 municipalités : « Célébrer ce 25e anniversaire, c’est déjà tout un exploit »

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Lise Bissonnette
Photo: Clément Allard - Le Devoir Lise Bissonnette

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Fondé en 1987, le réseau Les Arts et la Ville a pris sa plus grande expansion au cours des années 2000. Coprésidente de l’organisation à cette époque, Lise Bissonnette relate de quelle façon son équipe et elle sont parvenues à rapprocher davantage les différents acteurs du milieu culturel et du monde municipal du Québec, de l’Acadie et de la francophonie canadienne.

C’est en 2002 que Mme Bissonnette, alors présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), a été nommée coprésidente du réseau Les Arts et la Ville, aux côtés de Jean Perrault, maire de Sherbrooke à l’époque.


Lorsque Mme Bissonnette est arrivée en poste, l’organisation Les Arts et la Ville, dont le mandat est de réunir les milieux municipaux et culturels francophones afin de promouvoir, de soutenir et de défendre le développement culturel, comptait parmi ses membres une cinquantaine de municipalités et un peu moins d’une quarantaine d’organismes. Aujourd’hui, 539 municipalités et 140 organismes issus de différentes régions du Québec et d’autres provinces canadiennes se sont joints au réseau.


« Je suis arrivée à une période un peu complexe, se souvient Mme Bissonnette. À l’époque, Ottawa ne voulait pas accorder un financement au réseau, sous prétexte que nous ne rejoignions pas suffisamment de provinces canadiennes. C’était très difficile pour nous de rejoindre davantage de provinces, parce qu’au Canada, des municipalités francophones, il n’y en a pas des tonnes. Le gouvernement refusait de bouger là-dessus, il était très catégorique. »

 

Vaincre la résistance fédérale


Loin de se laisser décourager par l’attitude d’Ottawa, Mme Bissonnette et ses collègues ont retroussé leurs manches et se sont attelés à la tâche. Alors que la directrice générale de l’organisation, Andrée Daigle, trimait dur sur le terrain pour rejoindre plus de membres et mieux faire connaître le réseau, M. Perrault et Mme Bissonnette se sont chargés de la représentation publique.


« Andrée a beaucoup travaillé sur le terrain et je lui lève mon chapeau pour tout ce qu’elle a accompli. C’est important de le souligner. Elle a réussi à faire mentir l’analyse fédérale en cognant aux portes de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick, deux provinces qui ne comptent pas beaucoup de municipalités de langue française, mais qui en comptent quand même quelques-unes ! De mon côté, je me suis rendue à Ottawa et j’ai travaillé fort pour convaincre les élus. Ç’a fonctionné, peut-être pas à la hauteur de mes aspirations, mais tout de même… Petit à petit, on a réussi à gruger la résistance fédérale », raconte l’ancienne coprésidente du réseau.


Dans le même esprit, Mme Bissonnette et son équipe ont dû travailler fort pour que le réseau soit reconnu à sa juste valeur auprès des instances gouvernementales et des organismes culturels. Sorte d’organisation inclassable, puisqu’elle n’est ni un lobby, ni une association, ni un conseil de la culture, Les Arts et la Ville s’est buté à la rigidité de nombreux interlocuteurs.


« Les Arts et la Ville, c’est un réseau qui regroupe des gens qui ont des intérêts dans le développement culturel, mais qui viennent de tous les horizons. Il rejoint des artistes, des élus culturels, des organismes culturels, des fonctionnaires culturels, etc. Comment faire pour subventionner ça ? Les gouvernements n’ont pas l’habitude de ce genre d’organisation qui ne se classe dans aucune grille Excel. Pour cette raison, ç’a été un peu laborieux non seulement de décrocher des subventions, mais également d’obtenir une forme de reconnaissance de la part des gouvernements, qui ne nous avaient jamais considérés comme de véritables interlocuteurs », signale Mme Bissonnette.


Aussi, lorsque l’Observatoire de la culture et des communications du Québec s’est tourné vers le réseau Les Arts et la Ville au moment de lancer sa grande enquête sur la culture et les municipalités, Mme Bissonnette a compris que les efforts de son équipe portaient réellement fruit. « Ça, ç’a été une belle victoire. Ça nous a fait très plaisir », commente-t-elle.

 

Plus de réceptivité


Outre le travail accompli auprès des gouvernements, la sensibilisation et la formation effectuées en milieu municipal au cours des années 2000 ont grandement contribué à vitaliser le réseau Les Arts et la Ville et à accroître son nombre de membres.


« Andrée a beaucoup travaillé à la formation en milieu municipal. Elle a développé un projet qui s’appelait “ La valise des élus ”. Avec son équipe, elle a littéralement fabriqué une valise à l’intention des élus municipaux, parce que nous avions constaté qu’il y avait beaucoup de bonne volonté envers les artistes et la culture, mais que, en milieu municipal, on ne savait trop comment soutenir le développement culturel local et encourager la participation citoyenne. La valise donnait des outils aux conseillers pour orchestrer leur action culturelle municipale. C’est un outil qui a eu beaucoup de succès et qui nous a permis de rejoindre plus de membres », explique Mme Bissonnette.


À cela s’ajoute tout le travail qui a été réalisé en collaboration avec l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et la Fédération québécoise des municipalités (FQM). D’après Mme Bissonnette, en quelques années à peine, grâce à cette coopération, l’attitude des élus à l’égard du développement culturel a beaucoup évolué.


« La première fois que je suis allée à un atelier culturel à l’Union des municipalités, il n’y avait pas grand monde. Disons que ce n’était pas une des préoccupations premières. Aujourd’hui, c’est devenu une fonction particulière à l’intérieur de l’UMQ. À mon avis, ça en dit long », souligne Mme Bissonnette.


La création d’un site Internet bien pensé et régulièrement mis à jour ainsi que la tenue tous les ans de congrès aux quatre coins de la province ont, semble-t-il, aussi largement contribué au développement du réseau.

 

Anniversaire


Toujours membre de l’organisation Les Arts et la Ville, bien qu’elle n’en soit plus la coprésidente depuis 2008, Mme Bissonnette pose un regard rempli de fierté sur ses années passées au réseau. Heureuse du chemin parcouru et optimiste quant à celui qui reste à parcourir, elle espère que l’organisation continuera de s’épanouir pendant de nombreuses années.


« Célébrer ce 25e anniversaire, c’est déjà tout un exploit, avance Mme Bissonnette. Que le réseau soit arrivé à des niveaux d’adhésion si élevés, c’en est un autre ! Pour ses 25 ans, je souhaite au réseau de vivre encore longtemps et d’accueillir encore plus de membres. Je souhaite aussi qu’il soit mieux reconnu, non seulement par les gouvernements qui doivent le soutenir, mais également par la population en général. C’est un réseau qui a beaucoup à offrir et qui, je crois, gagne à être connu ! »


***

 

Collaboratrice