Francophonie canadienne - En Acadie, les projets abondent

Martine Letarte Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis 2003, la région de l’Acadie travaille en étroite collaboration avec Les Arts et la Ville, le réseau pour les arts et la culture dans nos collectivités. L’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick (AAAPNB) est l’instigatrice de plusieurs projets. Entrevue avec la directrice générale, Carmen Gibbs.

« Je crois bien que l’AAAPNB a été le premier organisme culturel en Acadie à devenir membre du réseau Les Arts et la Ville. Le réseau est intéressant pour nous parce qu’il porte un regard croisé sur les artistes, le développement culturel et le développement des municipalités. Nous faisions déjà des projets en ce sens, d’ailleurs, avant de connaître Les Arts et la Ville », explique Carmen Gibbs.


Depuis presque 10 ans maintenant, le Nouveau-Brunswick vit une petite révolution en matière d’intégration des arts et de la culture dans ses différents secteurs d’activité.


« En 2004, les états généraux des arts et de la culture au Nouveau-Brunswick ont démarré. L’objectif était de voir ce qu’était l’apport des arts et de la culture au développement. On est allé chercher un regard pluriel en consultant tous les secteurs d’activité : les milieux scolaire, municipal, économique, les jeunes, les femmes, les aînés », explique Carmen Gibbs.


Les états généraux ont accouché de 58 recommandations, puis une stratégie globale a été adoptée en 2009. « Souvent, ce genre d’initiative ne marche pas, mais, cette fois, on voit des changements phénoménaux. Tous les partenaires ont contribué à la réflexion et ils se sont dotés de leur propre stratégie pour mieux intégrer les arts et la culture, donc ils adhèrent. Nous sommes vraiment dans une période très intéressante au niveau des arts et de la culture », affirme Mme Gibbs, dont l’organisme représente les artistes professionnels de toutes les disciplines au Nouveau-Brunswick.


Un élu, un artiste


La collaboration entre Les Arts et la Ville, l’AAAPNB et l’Acadie s’est donc développée pendant ces années charnières.


Un projet-phare du réseau Les Arts et la Ville, en partenariat avec l’AAAPNB, est celui des Laboratoires artistiques de développement local. On y jumelle un élu et un artiste en unissant l’Acadie et le Québec.


« L’artiste se rend dans la municipalité de l’élu pour se pencher sur une problématique choisie. Le premier laboratoire en Acadie portait sur les éoliennes, parce que, dans la municipalité, il y avait un débat sur la question de savoir si on allait en accepter ou non. Ç’a permis de démystifier les éoliennes en apportant différents points de vue. Ç’a mis à contribution l’artiste en tant que citoyen. Ces laboratoires créent le dialogue et permettent un regard croisé entre le Québec et l’Acadie », remarque Carmen Gibbs.


Il y a eu quatre éditions de ces laboratoires jusqu’à maintenant. « C’est très intéressant parce que ce sont de petits projets, mais ils frappent l’imaginaire et ils sont proches des gens. Depuis deux ans, nous avons intégré l’Ontario francophone. Ce sont donc trois regards maintenant qui se croisent », précise Mme Gibbs, qui animera une table ronde sur le sujet lors du colloque annuel du réseau Les Arts et la Ville.

 

Mieux intégrer les arts, la culture et le patrimoine


Une adaptation acadienne du document La valise culturelle de l’élu municipal, du réseau Les Arts et la Ville, a été réalisée dans les dernières années. L’objectif est d’appuyer les municipalités dans la mise en oeuvre de stratégies d’aménagement culturel du territoire par l’intégration des arts, de la culture et du patrimoine.


L’adaptation acadienne du projet a été baptisée La valise culturelle municipale. « Le document s’adresse à toutes les personnes qui s’intéressent à la municipalité : artistes, citoyens, élus, fonctionnaires, gens du milieu scolaire, précise Mme Gibbs. On y retrouve entre autres une grille de calcul des investissements municipaux dans les arts, la culture et le patrimoine, parce que, souvent, les municipalités sous-estiment leurs investissements. Le document parle aussi des impacts économiques et sociaux des arts, de la culture et du patrimoine et du rôle de la municipalité. »


Dans le même ordre d’idées, l’AAAPNB a lancé récemment son Guide de l’artiste en milieu scolaire. « Nous vivons dans une dualité entre les systèmes scolaires francophone et anglophone. Les artistes qui travaillent dans les écoles francophones, donc en milieu minoritaire, ont une double mission : la réussite des élèves et la construction identitaire. C’est important que les artistes comprennent ce rôle et qu’ils soient mieux outillés pour le faire », explique Carmen Gibbs.

 

D’autres projets à venir


Plusieurs autres projets sont en cours. Par exemple, le Nouveau-Brunswick vient de commencer à travailler sur la révision de sa politique culturelle. « Ce sera fait en intégrant le travail qui s’est fait dans le cadre des états généraux. De plus, pour mettre en application une des recommandations des états généraux, le gouvernement formera un comité pour le développement stratégique des industries culturelles. Aussi, au cours de la prochaine année, un autre comité sera formé pour développer des mesures juridiques, fiscales ou sociales pour mieux reconnaître la profession d’artiste », indique Mme Gibbs.


L’AAAPNB travaille aussi avec quelques partenaires pour organiser un rendez-vous des arts et de la culture en 2013 entre le Québec et l’Acadie. « Nous souhaitons développer une stratégie commune de collaboration. Il y a déjà des ententes, mais nous souhaitons une stratégie plus cohérente. Le milieu économique le fait, donc il est temps que celui des arts et de la culture le fasse », affirme Mme Gibbs.


Aux yeux de la directrice générale de l’AAAPNB, ce n’est pas un hasard si autant de projets sont en développement dans sa province.


« Si l’Acadie ne voit pas à l’intégration des arts et de la culture comme vecteur de développement, ce ne sont pas les arts et la culture qui sont menacés. C’est l’Acadie en entier qui l’est. Pour qu’un peuple soit vivant, les arts et la culture jouent un rôle au même titre que l’éducation. Nous avons de la chance, parce que nous avons environ le même nombre d’artistes par habitant qu’au Québec. L’Acadie est un terreau fertile pour les artistes. Toutefois, il faut continuer de semer des graines pour les générations futures. »


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Collaboratrice