En 25 ans - Artistes et élus, un mariage réussi

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le village de Compton
Photo: Les Arts et la Ville Le village de Compton

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le réseau Les Arts et la Ville s’est d’abord étendu dans tout le Canada pour sensibiliser les municipalités à investir dans les activités culturelles. Quelques années plus tard, le Québec se sépare du ROC, au moment où cette organisation y prend un caractère distinct. Sous l’impulsion de leaders inspirants, le réseau grandira à vue d’oeil de 1987 à 2012 : plus de 500 municipalités, qui représentent autour de 75 % de la population québécoise, en sont aujourd’hui membres.

Retraité depuis deux ans de la fonction publique de Laval, où il a occupé le poste de directeur à la vie communautaire, à la culture et aux communications, Paul Lemay a été associé de près, dans plusieurs rôles, à l’existence de Les Arts et la Ville, au cours du dernier quart de siècle ; il en connaît le long et le large. Il retrace les moments forts et les courants déterminants qui ont façonné ce qu’est devenu ce mariage réussi entre deux mondes différents : « Une première rencontre des plus grandes villes canadiennes d’à peu près chaque province a d’abord eu lieu à Montréal ; élus, fonctionnaires municipaux et représentants du monde artistique s’étaient retrouvés pour réfléchir sur le financement de la culture, durant un colloque de deux jours. »


Une fois le mouvement mis sur pied, il y a très rapidement au Québec un engouement envers Les Arts et la Ville qui se produit et dont le résultat se traduit par l’adhésion des principales villes de la province : « Ici, cette espèce de réseau a trouvé preneur ; les gens l’ont aimé et l’ont utilisé pour échanger sur de bonnes pratiques, et tout le reste. Pendant ce temps, ailleurs au Canada, on s’en tenait à organiser une activité annuelle sous forme de colloque de sensibilisation des villes à l’investissement municipal. »


Le cadre participatif et les orientations


Artistes, représentants d’associations artistiques et figures-phares du milieu culturel participent aux activités seulement à titre d’observateur dans les tout débuts, se souvient-il : « Un peu plus tard, ces gens sont devenus des membres à part entière, au même titre que les municipalités. C’est de là qu’est partie l’originalité du mouvement, dans le sens où on y retrouve autour de la table des élus, des fonctionnaires municipaux, des membres d’associations et des individus artistes ; tout ce beau monde apporte une richesse très importante dans le réseau. »


Dans le concert d’échanges d’idées entre ces personnes qui inculquent une forte vitalité aux diverses manifestations, l’aile québécoise prend son envol pendant que celle du reste du Canada bat de l’aile : « Le mouvement canadien cesse ses activités au moment où il est figé dans la recherche sur le financement municipal, pendant que, du côté québécois, on est beaucoup plus actif dans la concertation sur les bonnes pratiques et dans le développement culturel autour de l’argent investi. » Les Arts et la Ville devient un mouvement québécois dans le début des années 1990 et, à partir de ce temps, il prendra constamment de l’essor : « À cette époque, on peut parler d’une quinzaine de municipalités qui étaient membres. »

 

Des têtes dirigeantes accentuent la croissance


Paul Lemay signale la contribution de deux coprésidents qui ont insufflé un fort dynamisme à l’organisation, ce qui lui a valu de connaître un développement majeur : il s’agit de Lise Bissonnette et de l’ex-maire de Sherbrooke, Jean Perrault : « Celui-ci a beaucoup travaillé pour faire en sorte que les municipalités adhèrent à Les Arts et la Ville ; il s’est grandement investi dans la Fédération canadienne des municipalités (FCM) et l’Union des municipalités du Québec (UMQ), ce qui a rejailli sur le mouvement par les liens qu’il a tissés entre ce dernier et ces vastes regroupements. »


Il se tourne vers Mme Bissonnette : « Elle a fait connaître celui-ci à titre d’ambassadrice à travers tous les colloques et toutes les rencontres auxquels elle a participé avec le milieu culturel. » À titre de personnalité très connue et à la réputation solidement établie dans cet environnement, elle a bien servi sa cause. Sous le poids des efforts et du rayonnement de ces deux personnalités publiques, il s’est produit des avancées : « Au cours des dix dernières années, le mouvement s’est élargi et est devenu un véritable réseau municipal panquébécois ; on réunit maintenant des villes situées à travers toutes les régions du Québec, et il s’est même étendu à des municipalités francophones dans d’autres provinces, par le biais de la porte de la Francophonie. »


À l’avant-garde sur le plan des idées


La cohabitation des ressources culturelles et municipales sur un même terrain d’échanges suscite l’émergence d’idées ; il s’en est suivi des retombées : « Sur le plan des thématiques des colloques qui ont été abordées, Les Arts et la Ville en mettait toujours de l’avant qui reflétaient la tendance deux ans à l’avance. Il en va de même de la médiation de la culture dont on a parlé ; c’est devenu plus tard le sujet à la mode. Il en va de même aussi de la question de l’entente de développement culturel avec les municipalités ; deux ans plus tard, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et le gouvernement du Québec ont conclu un pacte dans ce sens-là. Le mouvement marque le pas de plusieurs grandes percées dans le champ culturel. »


Paul Lemay laisse savoir pourquoi : « C’est l’expertise qui est toute là ! Surtout en raison de la richesse du mouvement ; les gens des associations artistiques ont leur mot à dire et ce ne sont pas seulement les élus municipaux qui parlent entre eux. » Il s’est produit un rapprochement entre des individus et des groupes en provenance de divers horizons : « Tel est l’intérêt d’un réseau comme celui-là. L’idée initiale de celui-ci, c’était que les municipalités s’investissent dans le domaine des arts, mais on s’est très rapidement aperçu que, pour ce faire, il fallait que les élus comprennent mieux ce monde-là. Il importait d’autre part que les artistes et leurs associations saisissent mieux les réalités des élus. Il a été possible à tous et chacun d’échanger sur les réalités et les contraintes mutuelles pour en arriver à une meilleure compréhension des uns envers les autres. »


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Collaborateur