Culture locale, passeport mondial - Quand les élus, les fonctionnaires, les artistes et les entrepreneurs culturels se rencontrent

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Jean Fortin
Photo: Zoom Studio Photo Jean Fortin

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le réseau Les Arts et la Ville fête son 25e anniversaire. Au fil des ans, il a su tisser de nombreux liens entre les divers intervenants culturels du milieu municipal, afin de renforcer le rôle de la culture dans le développement des villes. Entrevue avec Jacques Matte et Jean Fortin, les deux coprésidents de l’organisme.

Dans la vie quotidienne, Jacques Matte porte deux chapeaux. D’une part, il est le directeur du Théâtre du cuivre, à Rouyn-Noranda, et, d’autre part, le président et cofondateur du Festival international de cinéma en Abitibi-Témiscamingue. « Dans le premier cas, je suis un fonctionnaire municipal du secteur culturel et, dans le deuxième cas, un entrepreneur culturel. »


Cette double fonction lui permet de bien saisir la relation entre la culture et l’administration municipale. « C’est d’ailleurs cette relation que le réseau Les Arts et la Ville permet de favoriser en regroupant à la fois des élus municipaux, des fonctionnaires, des entrepreneurs culturels et des artistes en un seul lieu d’échanges. »


Jean Fortin est le maire de Baie-Saint-Paul, une municipalité qui est reconnue pour son caractère culturel et qui connaît aussi un rayonnement international grâce au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, dont la 30e édition se tiendra cet été. « Le réseau Les Arts et la Ville permet de susciter des rencontres, mais il permet aussi de faire circuler l’information entre divers intervenants culturels. C’est le forum par excellence pour faire valoir les bons coups que les villes et villages font dans le secteur culturel. »


Un point de vue que partage Jacques Matte. « C’est l’occasion de faire connaître ce qui se fait culturellement dans les municipalités et ainsi de donner l’exemple à d’autres municipalités qui voudraient s’engager dans un projet culturel. » Jean Fortin rajoute « que l’une des forces de Les Arts et la Ville est aussi de faire valoir certaines idées auprès des décideurs ».

 

Vers l’international


Cette année, le thème du colloque de Les Arts et la Ville est « Culture locale, passeport mondial, un enjeu d’avenir pour les collectivités ». N’est-ce pas là un projet un tantinet ambitieux ? « Non, car nous sommes rendus là et c’est ainsi qu’il faut maintenant penser, souligne Jean Fortin. La preuve est faite que la culture québécoise est très exportable. Et, lorsqu’on cherche à donner une dimension internationale à un événement culturel, il y a plus que la notoriété de l’événement qui est en cause. C’est aussi une excellente occasion pour une municipalité de se confronter à de nouvelles réalités et de s’ouvrir sur la modernité. »


Même son de cloche chez Jacques Matte. « Il y a bien sûr les grands événements culturels à Montréal et à Québec qui ont un rayonnement international. Mais d’autres événements culturels, ceux-ci organisés en région - je pense au symposium à Baie-Saint-Paul tout comme à notre festival de cinéma à Rouyn-Noranda - ont réussi à obtenir pareil rayonnement international. C’est la preuve que ce n’est pas parce que nous vivons en région éloignée que nous ne vivons pas sur le même fuseau horaire que le reste de la planète. Et, aujourd’hui, plusieurs autres municipalités se sont jointes à cette parade. »


De plus, cette ouverture sur la scène internationale peut se conjuguer de plusieurs manières. « On ne peut pas toujours organiser des événements à grand déploiement qui deviennent ensuite des événements-phares, comme le Symposium en art contemporain l’est devenu. On peut approcher la dimension internationale autrement. Par exemple, nous avons organisé un autre événement, Rêves d’automne, portant sur la peinture figurative, plus modeste que le symposium, et on a invité un artiste japonais à y participer. Non seulement nous avons profité de la présence de cet artiste, mais ce dernier a tissé des liens, de sorte qu’un artiste de chez nous a été invité à séjourner au Japon. Dans ce cas, la dimension internationale a passé par une rencontre entre individus. Le caractère international d’un événement ne doit pas toujours s’exprimer par l’impact qu’il a sur la population, mais aussi par ce qu’il peut offrir aux artistes. Il ne faut pas oublier que la culture vit par ceux qui en font. »

 

Développement culturel municipal


Il ne fait pas de doute, dans l’esprit de ces deux messieurs, que le développement d’une municipalité ne peut plus être envisagé sans tenir compte de la culture et du rôle qu’elle peut jouer. « De plus en plus de municipalités au Québec s’intéressent à l’impact de la culture et de ses acteurs, souligne Jean Fortin. La présence d’éléments culturels dans une région est un atout et sert l’occupation du territoire. »


Selon Jacques Matte, il faut tenir compte de tous les avantages que procure une forte présence culturelle dans une municipalité. « Il y a évidemment les retombées économiques et récréotouristiques des événements culturels, mais, au-delà de ces considérations, il y a aussi les retombées sociales. Une présence culturelle forte dynamise une municipalité et crée un milieu de vie plus agréable et plus attrayant. »


Jean Fortin rajoute « que la culture crée un sentiment d’appartenance et est une source de fierté locale ». Il plaide aussi en faveur d’une définition large de la culture. « En plus des événements artistiques et culturels, il ne faut pas oublier le patrimoine, bâti comme immatériel. Par exemple, dans ma région, le patrimoine, c’est aussi le paysage, qui depuis la fin du xixe siècle a attiré ici de nombreux peintres. On peut non seulement dire qu’ici le paysage est un élément du patrimoine, mais aussi qu’il est une ressource naturelle. »


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Collaborateur