Congrès de l'ACFAS - L’industrie de l’humour se numérise et gagne

Les humoristes font usage, avec succès, des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter pour promouvoir leur carrière.
Photo: Agence France-Presse (photo) Thomas Coex Les humoristes font usage, avec succès, des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter pour promouvoir leur carrière.

Le Web serait-il en train de devenir le nouvel espace de valorisation, de crédibilisation et de diffusion de l’humour au Québec, plus important que l’a été jusqu’à aujourd’hui le Festival Juste pour rire ? Oui, répond sérieusement une chercheuse de l’Observatoire de l’humour qui, depuis plusieurs mois, a passé au crible cette mutation technologique qui frappe l’univers des clowns et de leur art. Des clowns de plus en plus 2.0 et qui gagnent à l’être, selon elle.

Pour Christelle Paré, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui dévoilait hier le fruit de son travail dans le cadre du 80e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), le Web sied parfaitement aux humoristes qui sont de plus en plus nombreux à investir ce territoire pour décrisper les foules. « C’est pour eux un nouvel outil de travail qui leur permet autant de tester leur matériel humoristique, de le diffuser et de le promouvoir, a-t-elle indiqué. Cela leur donne une voix, les fait entrer dans l’intimité de leur public et surtout leur confère une liberté artistique » que les canaux traditionnels de diffusion ne semblent plus en mesure de leur offrir, dit la scientifique qui a soumis à la question plusieurs acteurs de cet humour en format numérique.


Les exemples pleuvent et se matérialisent désormais sur la page d’un réseau social (Twitter et Facebook), dans une baladodiffusion (en format audio et vidéo) ou dans une websérie diffusée sur le Web qui ont mis au monde des humoristes comme Louis T., Silvy Tourigny - qui signe les capsules Carole aide son prochain - ou encore qui donnent un deuxième souffle à la carrière des Justiciers masqués ou de Mike Ward, a résumé la doctorante du Laboratoire art, société, terrain et théorie de l’INRS. « Le cas de Marc Maron [un humoriste américain] est également très intéressant à analyser : à 50 ans, il était un artiste fini. Il a ressuscité par l’entremise d’une balado [intitulée WTF] et désormais c’est un incontournable dans le réseau d’humoriste anglophone. »

 

Réseaux sociaux


Lieu d’influence et de pouvoir, l’Internet est aussi un endroit où l’absence d’un humoriste peut désormais être remarquée. « Le retour manqué récemment de quelques artistes de l’ancienne garde s’explique en partie par leur absence de ces réseaux, dit-elle. Le cadre de leur promotion était trop traditionnel. Aujourd’hui, 90 % de la promotion d’un humoriste s’inscrit dans les univers numériques », avec des résultats parfois étonnants, selon elle.


Mme Paré note le cas de Guillaume Wagner qui en lustrant son image numérique a rempli récemment un théâtre Saint-Denis sans effort et avec une politique de prix en croissance dans le temps porté sur les réseaux sociaux.


Ailleurs, c’est le comique Louis C.K. de New York qui a décroché le jackpot, a-t-elle raconté. Comment ? En diffusant sur le Web un spectacle capté dans une salle de la Grosse Pomme au lieu de se lancer dans une éreintante tournée. Le billet numérique coûtait 5 $. Ses profits ont été de… un million de dollars. De quoi, dit-elle, faire prendre effectivement au sérieux la mutation par une industrie qui aime le rire, surtout quand il est payant.