Littérature - «L'opposition officielle, c'est toujours la littérature»

Catherine Lalonde Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En 1959, une poignée d'écrivains ont fondé la revue Liberté. Les Gilles Carle, Jacques Godbout, Jean-Guy Pilon, Michel van Schendel et consorts se servaient de ces pages pour entrelarder politique et littérature. Parmi ses consœurs de l'époque — Cité libre, La Barre du jour, plus tard Mainmise — seule Liberté a survécu.

Situation difficile, il y a eu. «En 2000, Liberté a failli fermer. Des membres du comité de rédaction ont décidé plutôt de passer le flambeau à la relève», explique Pierre Lefebvre, qui se joint alors à l'équipe pour relever la vacillante flamme. «La revue, au fil des ans, avait délaissé ce qui, je crois, fait sa grande force: l'alliage d'une sensibilité et d'un amour de la littérature avec une préoccupation politique. Le fait de passer par la littérature pour aborder le politique rend le regard contemporain», estime celui qui en devient en 2006 le rédacteur en chef.

Olivier Kemeid, Robert Richard, Évelyne de la Chenelière et Jean-Philippe Warren entourent désormais Pierre Lefebvre à la rédaction. Avec ses quatre numéros par année, le magazine a retrouvé son élan. «On invite des écrivains à signer pas tant des articles que des essais. La voix et le ton comptent, pour suivre les tribulations d'une idée, d'une pensée qui se déploie. Liberté est un lieu où la parole a le temps de se chercher.» En 2009, la revue a célébré son 50e anniversaire, étiré jusqu'à la publication en 2011 de L'anthologie Liberté. L'écrivain dans la cité (Quartanier), avec des textes de Jacques Ferron, François Ricard, Gilles Marcotte et André Major, entre autres. Un vent de sympathie a soufflé avec ce cinquantenaire, et les ventes ont augmenté de 20 %.

Refonte

Prochain tournant, en septembre, avec une refonte graphique. Le format s'agrandira, afin de permettre de jouer davantage dans la mise en pages. «On avait ce fantasme de changer ce format recto tono, afin que l'objet reflète notre diversité, aussi ce côté baveux et pamphlétaire, ces textes grinçants de mauvaise foi assumée» présents depuis ceux lancés par Hubert Aquin dans les années 1960. Le prochain numéro, d'ici là, a pour thème «Les régions à nos portes», «car il y a ce que je n'ose pas appeler un retour du régionalisme, mais cette sortie de la ville en littérature». En seront des textes de Samuel Archibald, Raymond Bock, Samuel Mercier, Matthieu Arsenault.

Cette nomination au prix du Conseil des arts de Montréal est déjà une bénédiction pour Liberté. «Les autres finalistes sont formidables, mais, sincèrement, on est les plus petits et les plus cassés de la gang», de dire M. Lefebvre en souriant. «Dans un lieu comme Liberté, la culture et la littérature sont des contre-pouvoirs. L'opposition officielle, c'est toujours la littérature. C'est toujours elle qui parle à côté du pouvoir», termine le rédacteur en chef.

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La bourse pour le secteur de la littérature est offerte par Peter McAuslan, de la Brasserie McAuslan.