La multidisciplinarité à la Faculté de l'aménagement - «Pourquoi un poète ne pourrait-il pas participer à un projet d'architecture?»

Jacinthe Leblanc Collaboration spéciale
Le doyen de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, Giovanni De Paoli<br />
Photo: Source Université de Montréal Le doyen de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, Giovanni De Paoli

Ce texte fait partie du cahier spécial Architecture mars 2012

La Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal est la plus grande faculté de ce type au Canada et fait partie de la seule université francophone en Amérique du Nord qui regroupe les cinq disciplines de l'aménagement que sont l'architecture, l'architecture du paysage, le design industriel, le design d'intérieur et l'urbanisme. Son doyen, Giovanni De Paoli, en est fier. Dans une entrevue accordée au Devoir, il partage sa vision de la faculté et quelques mots-clés marquant son succès.

Si la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal a été fondée en 1968 par l'Institut d'urbanisme et l'École d'architecture, Giovanni De Paoli rappelle que le mot «aménagement» s'est imposé par suite d'un accord conclu entre ces deux écoles. L'appellation pendant quelques mois de «faculté d'architecture» a eu pour résultat que les urbanistes ne s'y retrouvaient pas. «Alors, on a trouvé ce compromis, cet "aménagement"», raconte M. De Paoli. Plus tard s'y sont joints le design industriel et l'architecture du paysage, suivis dernièrement par le design d'intérieur.

La Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal regroupe le plus grand nombre de disciplines de la conception. Devant cette spécialité, M. De Paoli reste humble: «Je fais toujours attention de ne pas dire: "On est unique, on est les seuls". [...] Il y a plusieurs grandes facultés au Canada qui regroupent un certain nombre de disciplines, mais la chance que nous avons, c'est d'en avoir plus.» En plus de cet avantage, la qualité des professeurs contribue grandement à la réputation de la faculté.

Le «meilleur véhicule multidisciplinaire»

Avec cinq disciplines sous un même toit, la multidisciplinarité est favorisée, parce qu'«on est forcé de travailler ensemble», souligne le doyen. Avec le temps, les professeurs se cloisonnent dans leur champ d'expertise. Les étudiants deviennent ainsi un vrai «véhicule multidisciplinaire [...], parce que ce sont eux qui passent d'un étage à l'autre et qui permettent le passage de l'information et la communication». En quête de nouvelles connaissances, ils n'hésitent pas à aller les chercher dans d'autres disciplines.

«Mais moi, je vais plus loin. Je me dis: multidisciplinaire, nous le sommes, nous devons l'être et nous devons aussi [tendre] vers une transdisciplinarité. Faire sortir nos disciplines de la conception. Pourquoi un poète ne pourrait-il pas participer à un projet d'architecture?», questionne M. De Paoli.

La beauté, l'environnement et l'être humain

Outre la promotion de la multidisciplinarité, quel est le rôle de la Faculté de l'aménagement? «Le but d'une faculté comme la nôtre, répond Giovanni De Paoli, c'est de permettre à l'être humain de vivre bien et de prévenir.» Et, pour ce faire, la faculté favorise «tout événement qui met en évidence le mieux-être ou le mieux-vivre. Le mieux-être, le mieux-vivre, ça veut dire la beauté, l'environnement.»

La Faculté de l'aménagement et ses cinq disciplines visent donc à poser un regard sur la beauté et l'environnement, en passant par son élément central: l'être humain. Le doyen ne pourrait être plus clair: la complexité devant laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, que ce soit celle de l'être humain ou de son environnement, fait en sorte qu'il est nécessaire de coopérer et de dialoguer. «L'important, mentionne-t-il, est de faire de belles choses. Et faire de belles choses, ça veut dire réussir à travailler ensemble sur un projet commun. Et ça, c'est le risque. Parfois, il y a des disciplines qui accaparent le pouvoir.»

Dans un monde compliqué, où l'être humain, l'environnement et la beauté sont complexes et créent des situations difficiles, il devient nécessaire de connaître les cultures, la nôtre et celles qui nous entourent. «Si on ne connaît pas les autres cultures, si on ne connaît pas les autres pays, si on ne connaît pas comment se font les choses ailleurs, soutient M. De Paoli, nous ne saurons jamais faire les nôtres. C'est fondamental. Il faut connaître l'être humain.»

L'internationalisation

Un autre aspect sur lequel le doyen de la Faculté de l'aménagement insiste beaucoup, et «c'est ça qui doit distinguer notre faculté: le mot "international"». Cela participe de la compréhension de l'être humain, de son fonctionnement et des raisons pour lesquelles les choses sont conçues comme elles le sont.

Giovanni De Paoli se fait un devoir de promouvoir sa faculté en voyageant à l'étranger, notamment en Europe: «La mission de la faculté, si elle n'est pas internationale, n'a pas de sens.» Il travaille présentement à la mise sur pied d'une reconnaissance des diplômes et à la création un programme de cotutelle de doctorat. Ce dernier donnerait des avantages aux étudiants, comme la supervision par deux directeurs et une valeur ajoutée au diplôme.

Ces échanges internationaux dans les cinq disciplines sont promus principalement par les professeurs invités qui piquent la curiosité intellectuelle des étudiants et des autres professeurs. «Vous voyez comment on pense, comment on réagit ailleurs [...]. Cette internationalisation favorise forcément les connaissances», conclut M. De Paoli. Il est donc très important pour lui que les professeurs fassent preuve de mobilité. Celle-ci doit également être à la portée des étudiants.

Enseignement, recherche et liberté intellectuelle

L'université se distingue dans sa mission par deux concepts: enseignement et recherche. «La recherche doit nourrir l'enseignement. Et la recherche ne peut plus être la recherche dans votre bureau. C'est une recherche multidisciplinaire interne et internationale», soutient M. De Paoli.

Depuis une dizaine d'années, Giovanni De Paoli a vu sa faculté devenir de plus en plus une faculté de recherche et de réflexion: «On réfléchit sur notre profession, on réfléchit sur le pourquoi de ce que nous faisons. Alors, chaque fois qu'on réfléchit sur le pourquoi, c'est le devoir et le plaisir de la faculté de promouvoir cela.» Cette liberté intellectuelle, grandement appréciée par le doyen, permet de réfléchir librement, sans contrainte, ce qui constitue l'essence même de l'université.

Lorsqu'on lui demande quelle est la réputation de sa faculté sur la scène internationale, M. De Paoli répond que c'est l'accueil qu'il reçoit qui la définit: «Quand je suis à l'extérieur, il me semble que les gens m'écoutent.»

Convaincu que la Faculté de l'aménagement est l'une des facultés les plus importantes, le doyen espère que, à son départ, «le mot "international" sera encore plus présent et que les disciplines [seront] plus affirmées dans ce contexte de multidisciplinarité».

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 14 mars 2012 11 h 59

    Si c'est si formidable, pourquoi est-ce si laid dehors?

    Au service de qui est la Faculté d'aménagement et ses futurs professionnels? Des nouveaux riches qui se construisent des châteaux en banlieue?
    Parmi ces belles disciplines regroupées, on ne retrouve pas les Sciences politiques, les Sciences sociales.

    Comment comptez-vous influencer les politiques municipales par exemples?