La communauté d'affaires est partie prenante

Pierre Vallée Collaboration spéciale
La présence des gens d’affaires au sein de Culture Montréal a permis un rapprochement avec le milieu culturel.
Photo: Jean-Guy Thibodeau © Culture Montréal 2007 La présence des gens d’affaires au sein de Culture Montréal a permis un rapprochement avec le milieu culturel.

Ce texte fait partie du cahier spécial Culture Montréal

Dès sa création, en 2002, Culture Montréal a pu compter sur l'appui et la participation de la communauté d'affaires montréalaise. Pourquoi ce soutien à la culture et quel rôle peuvent y jouer les gens d'affaires? Entretien avec Diane Giard, vice-présidente à la Banque Nationale et membre du comité de pilotage de Montréal, métropole culturelle.

«Autrefois, le rapport entre la communauté d'affaires et le milieu culturel se limitait au soutien financier de certaines entreprises à certains organismes culturels, explique Diane Giard. Mais, à la fin des années 90, on s'est rendu compte que Montréal, depuis longtemps considéré comme la capitale culturelle du Canada, avait perdu de son lustre par rapport aux autres villes canadiennes, en particulier Toronto. On a donc compris la nécessité de maintenir une forte culture à Montréal si on ne voulait pas se faire damer le pion. Il fallait agir, mais peut-être agir différemment.»

C'est la raison pour laquelle la communauté d'affaires a voulu se joindre à la mobilisation du milieu culturel montréalais qui a vu le jour au début des années 2000. «Le milieu culturel a toujours besoin d'être soutenu, souvent financièrement, mais il a aussi le besoin de se faire entendre et de se faire comprendre.»

D'où la création de Culture Montréal. «Montréal devait se doter d'un mouvement indépendant non politisé, capable de rassembler les voix des artistes et de la communauté d'affaires, mais aussi celles du public, celui qui fréquente les oeuvres culturelles, comme celle du simple citoyen. Un organisme capable de coordonner, de susciter et d'alimenter la discussion sur les grands enjeux culturels de Montréal. Et c'est le rôle qu'assume aujourd'hui Culture Montréal.»

La présence des gens d'affaires au sein de Culture Montréal a permis un rapprochement avec le milieu culturel. «Les deux mondes ont compris que leurs différences n'étaient pas aussi grandes qu'on le croyait. De plus, ce rapprochement a permis de comprendre l'importance de démocratiser la culture et de la rendre encore plus accessible. Plus les gens s'intéresseront à la culture, plus il y aura un engouement pour celle-ci et plus il y aura de l'argent pour financer la création.»

Ce rapprochement a aussi changé le rôle traditionnel des gens d'affaires. «Les organismes culturels ont toujours besoin de trouver du financement et la communauté d'affaires doit continuer à offrir ce soutien financier. Mais notre rôle ne doit pas seulement se limiter à la signature d'un chèque.» On pense ici au bénévolat d'affaires, où des gens d'affaires siègent aux conseils d'administration des organismes culturels. «Ce bénévolat d'affaires peut aussi prendre d'autres formes. Je pense ici aux divers services qu'une entreprise peut offrir à un organisme culturel. Par exemple, une entreprise qui possède les compétences nécessaires peut proposer à un organisme culturel de lui créer un site web afin d'augmenter la visibilité de l'organisme.»

De plus, les entreprises peuvent participer plus activement à la promotion de la culture. «Une entreprise peut le faire par l'acquisition d'oeuvres d'art, en emmenant la culture pour ainsi dire à l'intérieur des murs de l'entreprise, elle peut aussi inciter ses employés à participer à des activités culturelles, comme elle peut inviter ses clients à des événements culturels.»

Élargir l'assiette du financement

Que les grandes entreprises montréalaises soutiennent financièrement les événements et les organismes culturels importants, cela va de soi pour Diane Giard. Mais qu'en est-il des plus petites entreprises? «Il est vrai que, lorsque les grandes entreprises affichent nettement leur soutien à la culture, cela agit comme un effet de levier sur les plus petites entreprises.»

Mais est-ce suffisant? «Non. Il y a, d'une part, de nombreuses petites entreprises qui voudraient bien investir dans la culture, mais qui ne savent pas comment le faire. À moins d'avoir parmi leurs dirigeants une personne qui a une affection particulière pour une discipline artistique ou une autre, elles ne se risqueront pas. D'autre part, il y a beaucoup de petits organismes artistiques et culturels dont le rayonnement n'est pas suffisant pour attirer l'attention des entreprises.»

La solution, selon elle, passe par la création d'une sorte de fonds d'investissement dans la culture. «C'est l'une des avenues que nous étudions, au comité de pilotage de Montréal, métropole culturelle. Les petites entreprises, comme les citoyens, pourraient contribuer, selon leurs moyens, à ce fonds, et les sommes ainsi recueillies seraient ensuite distribuées aux petits organismes culturels. Le fonds pourrait être administré par un organisme comme le Conseil des arts de Montréal.»

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Collaborateur du Devoir

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