Plan d'action 2007-2017 - Cinq ans après...

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
D’après la ministre Christine St-Pierre, Montréal doit également s’assurer que la vision qui est mise de l’avant depuis 2007 survive aux changements de garde politiques et administratifs.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir D’après la ministre Christine St-Pierre, Montréal doit également s’assurer que la vision qui est mise de l’avant depuis 2007 survive aux changements de garde politiques et administratifs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Culture Montréal

Entériné en novembre 2007, le Plan d'action 2007-2017 - Montréal, métropole culturelle a été homologué afin de consolider et de rehausser le positionnement de Montréal comme métropole culturelle. Près de cinq ans après la mise en œuvre du plan, des membres de son comité de pilotage se penchent sur le chemin parcouru et réfléchissent aux prochaines voies à emprunter.

Au bout du fil, Simon Brault, président de Culture Montréal et président du comité de pilotage de Montréal, métropole culturelle, paraît de joyeuse humeur. Sur les cinq premières années d'existence du Plan d'action, l'homme pose un regard somme toute plutôt positif.

«La première réussite du Plan, c'est qu'il a permis de faire la preuve qu'il est possible, dans un domaine aussi partagé que le développement culturel, d'avoir des discussions ouvertes et de prendre de bonnes décisions en réunissant autour de la même table des politiciens, des gens d'affaires et des gens du milieu culturel. Montréal est l'un des rares endroits dans le monde où un tel exercice de concertation a réussi à survivre aussi longtemps. On a développé des façons de faire et de s'interpeller qui n'existaient pas du tout auparavant. Ça, c'est tout un succès», note M. Brault.

Dynamisme

Dans le même esprit, Mme Helen Fotopulos, membre du Comité exécutif de la Ville de Montréal et responsable de la culture, du patrimoine, de la condition féminine et du design, souligne que cette concertation des différents milieux a introduit un important changement de discours chez tous les acteurs du développement de Montréal.

«Le Plan d'action nous force à travailler de façon transversale, intégrée. En cinq ans, la communication entre les divers milieux s'est grandement améliorée. Il n'y a pas si longtemps, le discours tenu par les gens extérieurs au secteur culturel était très différent. Aujourd'hui, j'entends des promoteurs et des gens d'affaires parler de l'importance du patrimoine et du fait que sa préservation est davantage un investissement qu'une dépense. Pour moi, c'est très significatif; nous avançons maintenant beaucoup plus vers une même direction», remarque-t-elle.

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, abonde dans le sens de M. Brault et Mme Fotopulos. «En cinq ans, le discours et les perceptions ont évolué. La dynamique qui s'est installée est à la fois une dynamique d'entreprises beaucoup plus sensibilisées à l'intérêt de la culture et de s'y associer et d'entreprises culturelles beaucoup plus sensibles aux impératifs de l'appui provenant du milieu des affaires. C'est, à mon sens, l'un des plus grands succès du plan», dit-il.

Autre réussite majeure, d'après les membres du comité de pilotage de Montréal, métropole culturelle, le Plan d'action a donné l'impulsion nécessaire à la mise en oeuvre de nombreux chantiers et projets. «Contrairement à ce qui se produisait au début des années 2000, alors que Montréal n'investissait pas suffisamment dans ses infrastructures et ses institutions, le Plan d'action a permis de mobiliser les partenaires et de renverser la tendance du sous-financement. Ça s'est traduit par des projets en béton, comme le Quartier des spectacles, par exemple, mais également par le renforcement du réseau des bibliothèques et par le développement de l'accessibilité à la culture sur tout le territoire montréalais», précise M. Leblanc.

Défis

Si les membres du comité de pilotage de Montréal, métropole culturelle se disent tous contents des progrès réalisés au cours des cinq dernières années, ils soutiennent également à l'unanimité que d'importants défis restent toujours à relever.

Pour la plupart, l'enjeu le plus criant se révèle celui du rayonnement de Montréal à l'étranger. «Ce qui est le plus important, à mon avis, c'est de réussir à réconcilier le local tout en accroissant notre présence sur la scène mondiale. Je pense que Montréal ne peut pas soutenir un modèle de métropole culturelle qui ne se limiterait qu'au Québec. En fait, je crois que Montréal n'a pas d'avenir comme métropole culturelle si cet avenir-là n'est pas aussi en grande partie international. Au cours des cinq prochaines années, il faudra donc que Montréal développe des stratégies pour agir comme une ville mondiale sans être une capitale politique», estime Simon Brault.

À cela s'ajoute la nécessité de développer de nouveaux modèles de financement, un défi de taille, étant donné l'état de l'économie mondiale et des finances publiques. «Je pense qu'il faut qu'on développe le financement populaire. Je crois que les Montréalais sont prêts comme individus à investir dans des projets qui vont les représenter et les rejoindre», affirme M. Brault.

De son côté, M. Leblanc considère qu'il est grand temps de reconnaître la valeur de l'investissement privé dans le soutien de la culture et de l'encourager davantage. «Historiquement, le milieu de la culture québécois a toujours été frileux envers le secteur privé; on a longtemps pensé que ça allait dénaturer l'acte de création, explique-t-il. Si on peut arriver à se sortir complètement de cette fausse impression et à reconnaître que la création culturelle et la diffusion peuvent bénéficier de ce que le secteur privé a à lui apporter, je pense que ça va nous permettre de réaliser de réels progrès.»

D'après Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Montréal doit également s'assurer que la vision qui est mise de l'avant depuis 2007 survive aux changements de garde politiques et administratifs.

«Le rendez-vous 2007 nous a donné une formidable impulsion. Depuis cinq ans, on s'efforce de bien entretenir la flamme. Bientôt, d'autres gens vont devoir prendre le flambeau et continuer de porter cette vision du développement de Montréal. Même si les gouvernements et les administrations changent, il ne faut pas que ça se perde. Il faut trouver les moyens de continuer à avancer dans la même direction», souligne la ministre.

Rendez-vous de mi-parcours


En novembre 2012, les membres du comité de pilotage de Montréal, métropole culturelle se réuniront afin de faire état de l'avancement du plan et de se donner une trajectoire vers 2017. Plusieurs thèmes y seront abordés, notamment ceux de la culture de proximité, du rayonnement de Montréal à l'échelle mondiale et de l'exploration de nouveaux modèles de financement.

«Je suis enthousiaste quant à la tenue de cette rencontre de mi-parcours, confie M. Brault. Il s'agira de notre deuxième vrai rendez-vous et, lorsqu'on a plus de deux rendez-vous, eh bien, on a une vraie relation. Bref, selon moi, nous sommes sur la voie d'un véritable engagement.»

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Collaboratrice du Devoir

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