Le MAC invité à refaire ses devoirs

Christine Saint-Pierre
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Christine Saint-Pierre

«Est-ce qu'on doit démolir un musée construit il y a à peine 20 ans? Je ne pense pas que la population soit prête à accepter cela», a tranché hier la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, qui juge que le Musée d'art contemporain de Montréal (MACM) devra redoubler d'efforts pour dénicher les 88 millions espérés pour agrandir ses installations au centre-ville de Montréal.

Jointe au caucus du Parti libéral du Québec à Victoriaville, la ministre de la Culture, qui n'avait pas commenté le projet d'agrandissement du MACM depuis son dévoilement en décembre, s'est montrée plus que sceptique quant au montage financier et à la solution architecturale proposée par l'établissement muséal.

«Quand on m'a parlé des coûts, j'ai exprimé mon inquiétude. Il faut regarder les choses de façon réaliste. Si on compare leur budget [celui du MACM] avec l'agrandissement qui s'est fait au Musée des beaux-arts de Montréal [MBAM], ça n'a coûté que 33 millions», a insisté la ministre.

La part versée par le Trésor québécois pour le nouveau pavillon d'art canadien, terminé à l'automne dernier au coût de 33 millions, n'a en effet pas dépassé 19,4 millions. Or, le projet d'expansion du MACM, déposé en décembre 2011 au ministère de la Culture, prévoit que 78 des 88 millions du projet seraient assumés à parts égales par le gouvernement du Québec (44 %) et le gouvernement fédéral (44 %), alors que 10 millions proviendraient de fonds privés.

Selon la ministre, l'effort du musée auprès du secteur privé se devra d'être beaucoup plus important. «Il faut être réaliste. Ce qui a été magique, notamment avec le projet [d'agrandissement] du Musée national des beaux-arts du Québec, c'est le modèle mis de l'avant par M. John Porter [ex-directeur du MNBAQ]. Il faut être imaginatif. Sur un budget de 98 millions, Québec n'a versé que le tiers», a précisé Mme St-Pierre.

La ministre affiche aussi des doutes sur l'acceptabilité du projet architectural proposé, qui prévoit de reconstruire presque à neuf le musée vieux d'à peine 20 ans, en ne conservant que les fondations et certains murs intérieurs.

«Ce musée vient d'être construit. Je trouve ça un peu étonnant! Y a-t-il des moyens de réduire les coûts? interroge la ministre. On reconnaît que le Musée d'art contemporain doit avoir une entrée sur la place des Festivals et qu'il a besoin d'un agrandissement, mais il faut être réaliste.»

Lors du sommet sur la culture de Montréal en 2007, Mme St-Pierre affirme qu'il avait été proposé au MACM de procéder par étape, en commençant par le déplacement de l'entrée principale du côté de la place des Festivals. À l'époque, la direction du musée aurait argué qu'un projet «par étape» était trop compliqué à gérer sur le plan logistique et qu'il valait mieux réaliser tous les changements d'un seul coup.

Hier, la direction du MACM a réagi timidement à la gifle assenée à son projet par la ministre de la Culture, qui appelle ni plus ni moins la direction du musée à refaire ses devoirs. «Nous sommes heureux que la ministre reconnaisse le besoin d'espace du musée», a expliqué hier Danielle Legentil, directrice des communications, en l'absence de la directrice générale du MBAM, Paulette Gagnon.

Selon la ministre Christine St-Pierre, le MACM devra s'armer de patience, puisque beaucoup d'argent a été investi ces dernières années dans le Quartier des spectacles et que de nombreuses régions sont en attente de budgets pour des projets d'infrastructures culturelles.

«Les contribuables québécois exigent que les fonds soient gérés de façon responsable. Et même en étant rigoureux, on a fait la place des Festivals, agrandi le MNBAQ, le MBAM, et on a construit un nouveau Conservatoire de musique», plaide la ministre.

Construit en 1992 sur le site de la Place des Arts au coût de 33 millions, le bâtiment du Musée d'art contemporain est aujourd'hui à l'étroit, ne pouvant exposer que 1,5 % de sa collection. En agrandissant, le musée souhaite doubler sa superficie d'exposition et rendre son bâtiment plus accessible au public. En sus, plusieurs problèmes structuraux grèvent l'édifice depuis son ouverture, notamment des fuites ininterrompues dans son toit de verre.

À ce titre, en entrevue au Devoir cette semaine, la directrice du Centre canadien d'architecture CCA, Phyllis Lambert, a fait valoir qu'un manque de vision et de budget avait entaché le choix du concept architectural et la qualité de la construction du Musée d'art contemporain en 1992. «Il faut faire des bâtiments auxquels on peut ajouter, qui ont une continuité, avec de bons matériaux. Le MAC a fait cela [rogner dans les budgets], et on veut le démolir maintenant!» À son avis, l'exemple du MAC est la preuve tangible que l'obsession du plus bas coût à tout prix n'est pas toujours l'option la plus rentable à long terme.

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