Exposition - Des Impatients parmi les artistes

Le public non averti ne sait pas quelle œuvre a été conçue par un artiste reconnu et quelle autre par une personne psychiatrisée.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le public non averti ne sait pas quelle œuvre a été conçue par un artiste reconnu et quelle autre par une personne psychiatrisée.

C'est un auteur inconnu. Son œuvre, un pliage, figure aujourd'hui entre celles de deux grands artistes québécois, Marcelle Ferron et Jacques Hurtubise.

C'est ce que permet la nouvelle exposition La collection selon... les Impatients, présentée à l'Espace création Loto-Québec du 20 janvier au 20 mai, pour célébrer les 20 ans des Impatients, cette fondation qui offre des ateliers artistiques à des personnes psychiatrisées ou ex-psychiatrisées. Pour l'occasion, on a fait appel à une poignée de commissaires improvisés, familiers du travail des Impatients. Puis, on leur a demandé d'accrocher au mur des oeuvres puisées dans la collection de Loto-Québec aux côtés d'oeuvres d'Impatients.

Et le conservateur de la collection Loto-Québec, Louis Pelletier, a voulu brouiller les pistes. Le public non averti ne sait pas quelle oeuvre a été conçue par un artiste reconnu et quelle autre par une personne psychiatrisée.

«Nous avons demandé à des gens de deviner quelles oeuvres avaient été conçues par des impatients, et ils ont pointé des oeuvres de Kittie Bruneau ou de Betty Goodwin!», dit-il.

L'art qui fait du bien


La pièce du fond est pour sa part entièrement consacrée à des oeuvres des impatients. Au mur, on voit des dessins de locomotives, des locomotives aux roues bien dessinées, qui semblent se diriger vers un point inconnu. Ce sont les dessins de Romain Peuvion. D'origine européenne, il a reçu un diagnostic de schizophrénie après avoir vécu des bombardements durant la guerre en Belgique. Alors qu'il se cachait dans des gares de triage, il voyait des trains partir pour des camps de concentration. «C'est un stress post-traumatique», constate Lorraine Palardy, directrice générale des Impatients depuis leur fondation, en 1992. Un jour, Romain Peuvion s'est enfermé dans les toilettes pour tracer un autoportrait au crayon. Il en est ressorti avec un dessin troublant de beauté et de mouvement.

Lorraine Palardy se garde bien de dire que l'art guérit. Elle préfère dire qu'il fait du bien, et que le bien, en petites doses continues, permet peut-être de guérir. Reste que Romain Peuvion, le dessinateur compulsif de locomotives, s'est mis à parler quelque temps après avoir commencé à fréquenter les Impatients, lui qui y était arrivé dans un état catatonique.

Lorsqu'il a vu le jour pour la toute première fois, le groupe d'art lié à l'hôpital Louis-Hyppolite Lafontaine devait durer dix jours. Les résidents de l'hôpital y étaient invités à créer des oeuvres pour amasser des fonds pour la Fondation des maladies mentales. Le lendemain de la fin du projet, les participants aux ateliers étaient assis par terre en attendant que ça rouvre. Deux ans plus tard, la Fondation les Impatients voyait le jour. Elle n'a pas cessé ses activités depuis.