Tiens, de la visite !

Pendant la Semaine des quêteux, plusieurs conteurs incarneront ces légendaires personnages. Le conteur Jocelyn Bérubé sera le quêteux en chef.<br />
Photo: Maison Saint-Gabriel Pendant la Semaine des quêteux, plusieurs conteurs incarneront ces légendaires personnages. Le conteur Jocelyn Bérubé sera le quêteux en chef.

La belle époque des quêteux est révolue depuis une soixantaine d'années, mais dès dimanche, la Maison Saint-Gabriel de Montréal ouvre la porte à ces personnages légendaires pour rappeler un pan de notre folklore.

Lorsqu'on sonne à la porte, c'est toujours une surprise, qu'il s'agisse du livreur de colis, du voisin venu emprunter une pelle ou du passant quémandant la caisse de 12 qui traîne dans le bac de recyclage. Un contact expéditif bouclé en moins de deux avec un «Merci», «Au revoir», «Ah, pis, garde-la donc ma pelle, j'en ai déjà deux-trois en d'dans.» Et merci, bonsoir.

«Mon père disait toujours que quelqu'un qui cogne à la porte, c'est comme le bon Dieu qui frappe, faut lui ouvrir!», raconte Madeleine Juneau, directrice générale de la Maison Saint-Gabriel.

Conteuse improvisée pour l'entrevue et surtout témoin du passage des quêteux dans son patelin de Saint-Augustin-de-Desmaures alors qu'elle habitait près de la route 138, elle débite son histoire, d'un souffle. On résume.

Là-bas, comme le Père Noël, le «bon Dieu» s'arrêtait systématiquement à sa porte chaque année sous la forme d'un vieillard à la longue barbe blanche. «C'était toujours le même puisque chaque quêteux avait son territoire. Considéré comme de la visite, il était presque plus attendu que le curé!»

La forêt comme maison


D'où il arrivait et où il allait, nul ne le savait. Sa maison, c'était la forêt, l'espace. Il débarquait en mai et repartait aux premiers grands froids, squattant les cabanes dans les bois. Mystérieux, le quêteux savait toutefois gagner la confiance de ses hôtes et avait même sa place à la table familiale.

Chaque membre était pendu aux lèvres de cette «gazette» ambulante qui déballait son sac de nouvelles sur les villages environnants, moyennant un ou deux 5 ¢ — le prix d'un gros cornet de crème glacée dans les années 1940 et 2 $ aujourd'hui, évalue Mme Juneau.

Le conteur créchait tantôt dans la grange, tantôt dans la chaleur du foin ou près du poêle, sur le banc de quêteux.

Puisqu'il avait parfois des poux, les maîtresses de maison avaient développé un petit truc pour qu'il ne les transmette pas à toute la maisonnée, selon Mme Juneau: «On mettait un peu de mélasse dans chaque coin du banc, sous la paillasse. Alors le lendemain, quand le quêteux partait, l'hôte brûlait la paille et les poux restaient collés à la mélasse.» On prend des notes à la maison.

Le Barbe Blanche de Mme Juneau ne dormait pas dans sa petite chaumière. Sa mère lui servait une soupe-repas et un dessert sur une table revêtue d'une nappe, installée sur la véranda. Qu'il soit pouilleux ou pas, maman Juneau savait tout de même accueillir son invité avec élégance.

Pas chiche pour deux sous


Pour gagner sa pitance, le quêteux témoignait de son savoir-faire en ramonant la cheminée, en réparant les souliers ou les chaises... En plus d'être un conteur aguerri, «il était un homme de métier, habile de ses mains», insiste la directrice du musée pour décrire cette façon de gagner sa vie. Une nuance distinguant les quêteux d'hier avec les itinérants d'aujourd'hui.

Au Québec, au cours des XVIIIe et XIXe siècles, on rapporte qu'il existait très peu d'auberges pour accueillir les voyageurs, alors ces personnages pratiquaient le couch surfing chez les bons samaritains. Et l'habitant acceptait généralement d'offrir l'hospitalité par pure «charité chrétienne» à cette visite impromptue.

Mieux valait de toute façon leur ouvrir la porte puisque la légende veut que les quêteux aient eu le pouvoir de jeter un sort si on leur refusait le gîte.

Une année, alors qu'elle avait 13 ou 14 ans, le quêteux de Madeleine Juneau n'est pas revenu en mai. Ni les mois suivants. La vieillesse l'avait emporté avant que ne s'en chargent les nouvelles politiques sociales. Car les années 60 ont vu naître l'interdiction de quémander aux portes, explique la directrice du musée. «Même les missionnaires ont dû arrêter. C'est aussi à ce moment que le sens des valeurs est tombé. Maintenant, il y a plus de méfiance et on a du chemin à faire pour le retrouver.»

Une semaine à la Maison

La Semaine des quêteux sera lancée dimanche à la Maison Saint-Gabriel, sur fond de repas festif. Pour en marquer la 14e édition, la gardienne du patrimoine québécois sustentera ses visiteurs avec la soupe du quêteux et une fois bien nourris, ses conteurs auront l'énergie pour raconter histoires et légendes de notre folklore, assis sur leur banc, près de la cheminée.

Une quinzaine de personnages se relaieront au foyer jusqu'au dimanche suivant. À noter que le mardi 18 octobre, la Maison présente sa Grande Veillée des quêteux, une activité en soirée très courue, pour laquelle le public doit réserver sa place autour du poêle.
4 commentaires
  • Paul Lafrance - Inscrit 14 octobre 2011 05 h 53

    Les quêteux

    Il y en a encore des quêteux. D'abord, il y a les sortis de prison qui viennent nous vendre des stylos, les scouts qui quémandent nos canettes vides, les appels téléphoniques pour les enfants démunis, etc.etc. J'offre toujours aux scouts un $10.00/hre pour soit pelleter de la neige en hiver, tondre le gazon en été, ou ramasser les feuilles à l'automne, mais ils disparaissent comme par enchanrement. Nous sommes en train de former une population de quêteux. Comment voulez vous qu'on développe le Grand Nord avec une population de paresseux qui ne recherchent que l'aide de l'État.

  • Jean Le May - Inscrit 14 octobre 2011 08 h 15

    Mieux vaut quêter que...

    Cettte activité de la Maison Saint-Gabriel semble intéressante mais représente sans doute un portrait idyllique de la vie de ces quêteux voyageurs. N'empêche qu'on peut y voir que la société prenait en compte la pauvreté et qu'il y avait un certain rôle social et économique donné au quéteux.
    Aujourd'hui des réflexions comme celle de M. Paul Laflamme entretiennent les préjugés tout en déculpabilisant les riches. "Comment voulez-vous qu'on développe le Grand Nord, demande-t-il, avec une population de paresseux que ne recherchent que l'aide de l'état". Moi je vous répond que "Mieux vaut quêter que de voler" quand je pense à ce grand Plan Nord et à toutes la construction de routes au Québec. Comment voulez-vous qu'on développe avec tous ces quéteux d'extras, ces spécialistes de l'entourloupe? Les vrais profiteurs du système ne sont pas ceux que l'on croit.

  • Natalie Mailhiot - Inscrite 14 octobre 2011 15 h 55

    J'appuie M. Le May

    Complètement d'accord avec M. Le May.

  • Sissidy - Inscrit 14 octobre 2011 22 h 43

    commentaire

    Wow! Je ne connaissais pas cette maison. C'est très intéressant.