cache information close 

Zoom sur... la maison - Le bonheur au pied carré

Pendant Les Escales improbables, l’artiste néo-zélandais Stephan Bain s’installe avec sa maisonnette aux quais du Vieux-Port de Montréal pour présenter Baby, where are the fine things you promised me?, une performance artistique sur les mythes de l’immobilier. Confiné entre ses quatre murs tapissés de lettres et de photos, il montre par ricochet que le bonheur tient à de bien petites choses. <br />
Photo: Victoria Birkinahaw Pendant Les Escales improbables, l’artiste néo-zélandais Stephan Bain s’installe avec sa maisonnette aux quais du Vieux-Port de Montréal pour présenter Baby, where are the fine things you promised me?, une performance artistique sur les mythes de l’immobilier. Confiné entre ses quatre murs tapissés de lettres et de photos, il montre par ricochet que le bonheur tient à de bien petites choses.

Au fil des années, l'artiste néo-zélandais Stephen Bain a cumulé une trentaine de chez-soi. Un jour, il a atterri dans une maison, dans un vieux quartier d'Auckland. Une vraie maison, avec tellement de pièces que ses instruments de musique avaient leur propre chambre. La maison parfaite, avec un terrain gazonné et des promesses de bonheur au pied carré. Où les soucis ne se butent pas au Home Sweet Home du tapis d'entrée. Quand tu vis dans une maison comme ça, tu réalises que, «oh, c'est l'idéal auquel je devrais aspirer une fois que j'aurai atteint la maturité», raconte l'artiste, de passage à Montréal. Il était mature, mais il n'arrivait pas à en faire son idéal.

Cette quête de sens immobilière a inspiré le rouquin, qui a fait ses études en architecture et en théâtre, si bien qu'il en a fait l'objet de sa performance artistique Baby, where are the fine things you promised me?, qu'il présente jusqu'à dimanche au déjanté festival artistique Les Escales improbables.

Depuis 2007, il trimbale dans les festivals sa maisonnette, une réplique miniature de son cottage victorien d'Auckland et l'un des premiers modèles d'habitations manufacturées au pays. Il se recroqueville entre ses quatre murs tapissés de dessins et de messages, et converse avec les visiteurs agenouillés dans sa cour de tapis-gazon. Il gratte son banjo. Lit le journal.

Il offre le thé. Un rituel de partage qu'il a adopté.

«La plupart des gens sont très confortables autour de la maison», souligne Stephen Bain, de l'espresso bar où nous l'avons rencontré. Avec son air de maison de poupée, elle inspire la familiarité, le jeu, les aveux aussi. En pleine réflexion, il avance que les espaces ont une charge émotive qui transforme notre façon d'être lorsqu'on est à proximité. Possible. Mais son microcottage a ce je-ne-sais-quoi de spécial étroitement relié à son propriétaire.

Dès qu'il s'assoit sur le tabouret du café, une familiarité s'installe, comme s'il faisait partie des meubles. Après avoir répondu à chaque question, il renchérit avec une interrogation: «Et toi? Tu as une maison de rêve?» «Mais pour toi, une maison, c'est quoi?»

Normal, alors, qu'il cueille les confidences et les grandes discussions avec les étrangers à ses pieds (littéralement). Un passant lui a un jour raconté avoir perdu sa maison dans le divorce.

Une maison chargée d'émotion, qu'il avait bâtie de ses mains. «Ayant fabriqué moi-même ma très modeste maison, j'étais totalement en admiration devant la quantité de travail qu'il y avait mis. Le plus étonnant est qu'il semblait plutôt en paix avec le fait que son ex-femme l'ait gardée dans le divorce.»

Même lorsqu'ils l'observent de loin, les plus timides se confient à lui via la boîte aux lettres qu'il a installée. Des petits mots qui en disent beaucoup. «Tu as des amis? Tu viens d'où? Tu as de la chance», a griffonné une gamine dans sa calligraphie du dimanche. Sur son blogue, où il publie les photos de ses visiteurs, Stephen Bain a partagé la réflexion de Jonathan: «Parce que parfois, notre demeure est trop petite pour tous les rêves que nous gardons en-dedans.» La maison a plus que trois dimensions.

«Dans plusieurs cultures, la demeure est une trace physique de ce que nous sommes. Elle peut être immaculée ou délabrée, grande ou petite. Mais elle demeure toujours une parcelle de ce que nous sommes», note-t-il sur son blogue.

Même si l'idéal semble parfois se compter en pieds carrés, le bonheur se résume en de bien petites choses.