Montréal complètement cirque - En piste!

Des acrobates de la famille française Rasposo, dont le spectacle sera présenté tout au long du festival Montréal complètement cirque.<br />
Photo: Florence Delahaye Des acrobates de la famille française Rasposo, dont le spectacle sera présenté tout au long du festival Montréal complètement cirque.

À peine né, Montréal complètement cirque (MCC) gonfle ses pectoraux. Avec plus de 15 spectacles majeurs et 200 artistes invités, la deuxième édition du festival des arts du cirque attend la venue de 50 diffuseurs du monde entier, intrigués par ce nouveau happening du monde de la piste. Pour trois semaines, la planète cirque a rendez-vous à Montréal. En piste!

«Il n'y a plus de chambre de libre à l'hôtel où les artistes logent. En fait, on est simplement ravis!», lance Nadine Marchand, directrice de Montréal complètement cirque (MCC), qui mettait hier la dernière touche aux préparatifs du marathon circassien dans lequel s'apprête à plonger la métropole.

À deux pas du Quartier des spectacles, l'immeuble Trylon, hôtel de prédilection des artistes de cirque de passage à Montréal, est en effet plein à craquer. Cette tour de Babel de la planète cirque, où résonnent le russe, le chinois et l'espagnol dans les corridors, héberge fréquemment des artistes étrangers pour le Cirque du Soleil. Pour les trois prochaines semaines, il sera le point de chute des 200 circassiens de passage dans la métropole pour la deuxième édition de Montréal complètement cirque.

Côté programmation, la fournée de spectacles offerte promet beaucoup avec la venue presque inespérée de légendes, comme celle de Victoria Chaplin (fille de Charlie Chaplin) et Jean-Baptiste Thierrée avec leur Cirque invisible, un cirque-théâtre mythique jamais vu de ce côté-ci de l'Atlantique. MCC a aussi remporté le magot en attirant les Australiens que tout le monde s'arrache, soit le cirque audacieux et contemporain de C!RCA et les prestations explosives, mêlées de hip-hop, de Tom Tom Crew. On attend aussi de rares invités, comme la famille française Rasposo, qui promènera son chapiteau intime et son clan manouche pour la première fois en Amérique. Les Belges débarquent aussi en force avec Carré curieux, un bijou révélé par le Festival d'Avignon, et deux duos de clowns jubilatoires, OKIDOK et Les Zyrgomatik. Bref, un programme qui roule des mécaniques pour un festival qui a vu le jour il y a à peine plus d'un an...

Grosses pointures et gros sous

Pour assurer sa pérennité, MCC espère toujours trouver son propre Rio Tinto (commanditaire du Festival international de jazz de Montréal), bref l'entreprise qui sera son mécène et fidèle compagnon des prochaines années. Pas facile de mettre au monde un festival quand d'autres grosses pointures (Francos, jazz, Juste pour rire, etc.) ont déjà raflé le gros lot au concours des commandites. Une demi-douzaine d'entreprises seront toutefois aux premières loges à compter de demain pour assister aux représentations. On s'attend à sceller des alliances cruciales pour le développement futur du festival de cirque.

«Plusieurs rencontres sont prévues. Notre travail se fait vraiment auprès du secteur privé. Il nous reste à trouver des entreprises qui s'intéressent vraiment à nous et qui partagent nos valeurs. Mettre au monde un festival, c'est au bas mot trois ans de travail; donc, il faut se laisser le temps de se faire connaître», explique Stéphane Lavoie, directeur général de la Tohu.

Sur le plan de la notoriété, des pas de géant ont été faits depuis l'an dernier. De 12, le contingent de diffuseurs venus du reste du Canada et de l'étranger pour prendre le pouls du festival est passé à 50 cette année. On attend notamment une généreuse délégation de Circa Strada, l'organisme européen représentant les arts du cirque, qui viendra observer les modes de production américains et multiplier les rencontres professionnelles.

Depuis six mois, Jean-Pierre Denis, responsable de la culture à la délégation du Québec à New York, travaille d'arrache-pied pour attirer dans la métropole des diffuseurs américains lors de MCC. Au dernier congrès de l'APAP — le plus important congrès des arts de la scène au monde —, des ponts ont été jetés avec des délégués du Summerstage Kids festival de Central Park à New York, du John F. Kennedy Center for Performing Arts de Washington et aussi d'autres diffuseurs de Pittsburgh, de Philadelphie, d'Atlanta et d'Austin. Tous seront sur place pour observer le travail de troupes de cirque québécoises et étrangères. «On veut devenir la porte d'entrée des arts du cirque pour le nord-est des États-Unis. Le festival commence déjà à être connu. Plusieurs troupes ont même modifié leurs tournées pour pouvoir être présentes à Montréal complètement cirque. On veut devenir incontournables!», soutient Nadine Marchand.

Des diffuseurs venus notamment du Japon, de la France, de la Russie, de la Suède, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de l'Autriche, de la Hongrie sont aussi attendus. Les directeurs d'associations des arts du cirque de l'Amérique du Sud, de l'Australie, de la Scandinavie et de la Belgique seront aussi en ville pour discuter de la fondation d'une éventuelle association internationale de cirque contemporain.

Avec autant de gros bonnets dans les gradins, plusieurs troupes espèrent remplir leurs carnets de tournée pour les prochains mois. Les 7 doigts de la main, qui présenteront deux productions, Le Cabaret et Patinoire, ont déjà décroché le gros lot avec un contrat de six mois pour leur création Traces au Union Square Theater de New York.

Du cirque partout et pour tous

Côté événements gratuits, le festival a aussi pris du coffre cette année. Les Minutes complètement cirque, performances spontanées et multiformes exécutées sur le macadam dans le Quartier latin, se déclineront de diverses façons. Dès ce soir, les Minutes donneront le coup d'envoi de MCC lors d'un défilé, angle Saint-Denis et Ontario, qui cheminera jusqu'à la place Émilie-Gamelin, nouveau QG de ces folles Minutes.

Chaque jour, entre 17h30 et 18h, et à 21h, une cinquantaine d'artistes de cirque et de musiciens, pilotés par le metteur en scène Anthony Venisse, prendront la rue d'assaut pour livrer des performances inusitées sur les trottoirs, les toits et au coeur de la foule. Il faudra lever le nez vers le ciel pour voir les prestations exécutées sur les balcons du Quartier latin, tous les jeudis, à la tombée de la nuit. Les vendredis et samedis, les Minutes multimédias mêleront cirque et projections dirigées sur les édifices riverains de la place Émilie-Gamelin. Les dimanches 10, 17 et 24 juillet, le public est convié aux pique-niques cirque, où auront lieu divers «jams» circassiens (jonglerie, acrobatie, etc.). Les 15, 16 et 22 juillet, chorales et numéros aériens animeront la place Pasteur.

«Notre territoire s'est élargi et les numéros des Minutes sont plus consistants que l'an dernier, soutient Nadine Marchand. On s'attend à de beaux moments de surprise et d'étonnement, car les improvisations se feront en fonction des réactions de la foule.»