Zone Homa: «Hochelag» expérimental

Acteur à l’intelligence vive, Dany Boudreault publie aussi des recueils de poésie. Une facette moins connue de son travail, qu’il pourra mettre de l’avant cet été dans le spectacle-lecture (e).<br />
Photo: Jérémie Battaglia Acteur à l’intelligence vive, Dany Boudreault publie aussi des recueils de poésie. Une facette moins connue de son travail, qu’il pourra mettre de l’avant cet été dans le spectacle-lecture (e).

Pendant que les théâtres établis prennent de longues vacances, que la ville devient complètement cirque ou complètement rire et que les banlieues rigolent au rythme des vaudevilles, c'est dans un quartier moins culturellement nanti qu'on retrouve de quoi nourrir un peu sa soif de sens et d'anticonformisme. Le monde à l'envers! Eh ben pourquoi pas.

Hochelaga-Maisonneuve? Pas le désert culturel, certes, mais pas exactement la mecque de l'expérimentation artistique. Mais depuis trois étés, une petite équipe de passionnés s'évertue à changer la donne, avec la collaboration de la Maison de la culture Maisonneuve. Ils ont appelé leur événement Zone Homa, et la formule est aussi simple qu'essentielle: un banc d'essai pour jeunes artistes qui cherchent à mettre en branle de nouvelles idées devant un public curieux.

Les artistes semblent y trouver leur compte. Prenez par exemple le comédien Dany Boudreault, que vous avez peut-être vu cette année sur scène dans Le Dragonfly de Chicoutimi (mise en scène de Claude Poissant). Acteur à l'intelligence vive, il publie aussi des recueils de poésie. Une facette moins connue de son travail, qu'il pourra mettre de l'avant cet été dans le spectacle-lecture (e), où l'on pourra entendre des extraits de son nouveau recueil en chantier (publication prévue en 2012). «J'écris de la poésie dans le but qu'elle soit dite plutôt que simplement lue, explique-t-il, et Zone Homa me permet de mieux cerner la dimension oralisante de mon écriture et de voir comment cela se rend jusqu'au spectateur. Ça me donne l'occasion de travailler avec deux acteurs qui savent parfaitement habiter les mots, Sophie Cadieux et Robin-Joël Cool.»

Et sur quoi travaille-t-il? Un récit poétique racontant l'histoire d'une femme se transformant lentement en homme. «C'est un questionnement profond sur les genres. Sommes-nous sexués par imitation, par diktat social, ou réellement par nature?»

De cette réflexion sur le corps social, on passera à des propositions s'intéressant davantage au corps physique: Debbie Lynch-White et Jean-François Guilbault confrontent leurs «corps dichotomiques» dans la pièce Un numéro ben normal; les danseurs dirigés par Claudia Chan Tak et Sébastien Talbot suggèrent, entre autres, de mélanger la danse et «l'univers des neurones»; et la troupe de Marie-Pier Bazinet, Laurence Bonneville et Élise Bergeron plonge dans la géométrie et la vibration musicale.

Il y a des soirées musique, des solos en reprise (Martine à la plage, de Simon Boulerice, et Pourquoi pas moi, d'Alexandre l'Heureux), un spectacle-labo s'inspirant du Malentendu de Camus, une pièce apparemment délirante de Jonathan Morier (Happy Incest, qu'il signe du pseudonyme Binilli White), et deux soirées cabaret en ouverture et clôture de la saison (la première est orchestrée par Marie-Charlotte Aubin, l'autre est une carte blanche à Sophie Cadieux, également porte-parole de l'événement.) Et bien d'autres découvertes insoupçonnées...