La Maison Dessaulles démolie sans avertissement

La Maison Dessaulles de Saint-Hyacinthe est tombée hier matin sous le pic des démolisseurs.<br />
Photo: Marie-José Raymond La Maison Dessaulles de Saint-Hyacinthe est tombée hier matin sous le pic des démolisseurs.

La Maison Dessaulles de Saint-Hyacinthe est tombée hier matin sous le pic des démolisseurs, sous l'œil consterné de ceux qui ont tout tenté ces derniers mois pour sauver la demeure du premier maire de la Ville et de sa fille Fadette, première femme journaliste au Québec.

La maison de Casimir Dessaulles, construite en 1860, avait été la proie des flammes en novembre dernier. Depuis, pour des raisons historiques et patrimoniales, un comité de citoyens pressait la Ville de préserver le bâtiment encore debout, mais les propriétaires souhaitaient plutôt tout raser pour reconstruire à neuf.

Les citoyens avaient obtenu en mars le feu vert de la municipalité et une aide financière pour commander une étude de faisabilité de restauration de la maison Dessaulles. Malgré ce premier engagement, la Ville a ensuite retourné sa veste et refusé de faire un autre geste pour protéger la bâtisse et permettre sa conservation.

«Il suffisait que le maire cite la maison pour la protéger d'une éventuelle démolition, mais il a choisi de privilégier les intérêts particuliers au détriment de l'intérêt collectif. Personne ne pouvait investir dans la restauration tant que l'immeuble n'était pas cité», a déploré hier Marie-José Raymond, l'arrière-arrière-petite-fille de Fadette et productrice de cinéma, arrivée sur les lieux tout juste après la démolition.

La Ville de Saint-Hyacinthe s'est en effet réfugiée derrière le rapport produit par la compagnie d'assurances déclarant l'immeuble perte totale pour trancher dans ce dossier controversé. En vertu des règlements de la Ville, avec un tel rapport en main, les propriétaires avaient le droit automatique d'obtenir un permis de démolition.

Malgré les démarches faites auprès des membres du conseil et le dépôt de l'étude d'experts au comité consultatif d'urbanisme (CCU), la Ville a choisi de ne pas exercer son droit de citer l'immeuble et a failli à faire preuve de transparence dans la gestion de ce dossier, se désolait hier Mme Raymond. Et cela, même si plusieurs conseillers s'étaient montrés favorables à la restauration du bâtiment.

«Les membres du comité d'urbanisme n'ont jamais eu accès à l'étude et, malgré l'opinion des experts, le maire n'a jamais voulu agir pour stopper la démolition. Tout a été fait en catimini, y compris la démolition amorcée sans avertissement aux premières heures de la matinée. Quand je suis arrivée, il n'y avait plus qu'un tas de débris et de poussières», a-t-elle raconté hier.

Cette démolition signe ainsi la disparition d'une des plus anciennes maisons de Saint-Hyacinthe et demeure du premier maire de la Ville, Georges-Casimir Dessaulles, qui régna sur les destinées de la capitale maskoutaine pendant 25 ans. Sa fille, Fadette y écrivit le fameux Journal de Fadette, journal intime (1874-1880) considéré comme le premier texte littéraire féminin québécois, aujourd'hui conservé au Musée McCord.

Cette démolition s'ajoute à celle, survenue la semaine dernière, d'une des deux portes de la ville de Saint-Hyacinthe, démantelée par la Ville pour permettre un accès facilité à une piscine. Selon certains observateurs, le vieux marché de Saint-Hyacinthe serait aussi en sursis.
2 commentaires
  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 5 juillet 2011 10 h 40

    Ecole Fadette

    Il existe aussi à Saint-Hyacinthe l'école Fadette, où j'ai fait mon secondaire, c'est peut-être du nom de cette journaliste.
    Jacinthe

  • Sergine Desjardins - Inscrite 6 juillet 2011 12 h 40

    Pas la première mais ...

    Vraiment dommage en effet que cette maison soit tombée sous le pic des démolisseurs. Cependant, Henriette Dessaulles n'est pas la première femme journaliste québécoise. C'est Robertine Barry qui l'est. Les trois années que j'ai consacrées à la recherche et à la rédaction de la biographie de cette dernière m'ont permis d'étayer ce fait. Robertine a travaillé à temps plein au journal La Patrie dès 1891. Dans sa chronique, publiée en première page, elle défendit courageusement les droits des femmes.
    Fadette et Robertine s'étaient liées d'amitié. Fadette collabora, entre autres, au Journal de Françoise (1902-1909) fondée et dirigée par Robertine Barry.
    L'une et l'autre méritent qu'on se souvienne d'elles.
    Sergine Desjardins.