Festival TransAmériques - L'étrange bête humaine

En changeant souvent de registre, Paul Ahmarani nous laisse voir les multiples facettes de ce colporteur qui se met à nu devant nous.<br />
Photo: Alexis Chartrand En changeant souvent de registre, Paul Ahmarani nous laisse voir les multiples facettes de ce colporteur qui se met à nu devant nous.

Dans les articles portant sur L'Enclos de l'éléphant, la nouvelle pièce du dramaturge Étienne Lepage créée samedi dernier au FTA, on a beaucoup évoqué le dispositif scénique. L'aménagement de la salle évoque un système panoptique conçu pour des prisons qui permet aux surveillants de voir sans être vus. Ici, le surveillant est bien sûr le spectateur, isolé dans une cabine («un petit théâtre») munie d'un écran et d'une microcaméra qui s'avéreront assez inutiles finalement.

«Quand j'écris du théâtre, mon objectif est de proposer une expérience, de faire vivre une expérience», a déjà confié Étienne Lepage dans un texte sur le blogue du CEAD. Or, après l'agréable effet de surprise, on se demande en quoi ce dispositif vient enrichir la proposition dramatique. Même si la scénographie contribue au sentiment d'enfermement et de piège dans lequel tombent les protagonistes de cette production, habilement mise en scène par Sylvain Bélanger.

L'argument: une rencontre fortuite entre deux hommes qui se transformera en un intense duel psychologique. Un inconnu (Paul Ahmarani) débarque inopinément chez un homme (Denis Gravereaux, dans un rôle presque muet). Il lui demande s'il peut rester chez lui, afin de laisser passer l'orage. Or, il s'impose sans lui donner la chance de répondre. Au début, on se demande où s'en va cette histoire... Cet inconnu manipulateur, bavard, à l'accent pointu semble peu crédible. Il dira qu'il est colporteur et deviendra moins amusant. Plus menaçant. Avant de complètement perdre les pédales...

En changeant souvent de registre, Paul Ahmarani nous laisse voir les multiples facettes de ce colporteur qui se met à nu devant nous. Et l'acteur livre une solide performance. Vers la fin, après avoir été au bout de leur force, les deux hommes tentent un rapprochement.

En vain: «On ne connaît jamais personne; on ne se connaît pas soi-même», dira le colporteur avant de partir et de laisser son hôte seul avec ses doutes...

Il y a un peu de Koltès dans L'Enclos de l'éléphant. Lepage partage avec le regretté auteur de Dans la solitude des champs de coton ce regard sombre et perçant sur les fissures de notre humanité. Comme lui, il dissèque l'animalité des rapports humains. Une animalité que l'on essaie de masquer par des formules creuses et des conventions sociales, mais qui ressort en situation de crise ou de détresse.

L'homme est une étrange bête sociale. L'Enclos de l'éléphant l'illustre avec brio!

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Collaborateur du Devoir