Festival TransAmériques - La Bourse ou la vie ?

Il y a de beaux moments, des chorégraphies soignées, des scènes de groupe (ou de duo) magnifiques, des monologues très forts.<br />
Photo: Photos: Heiko Shafer Il y a de beaux moments, des chorégraphies soignées, des scènes de groupe (ou de duo) magnifiques, des monologues très forts.

L'argent ne fait pas le bonheur. Rien de nouveau sous le soleil. Mais dans Trust, la pièce d'ouverture du FTA présentée hier soir au Théâtre Jean-Duceppe, le fric est responsable de tous nos malheurs. Et de nos désillusions. «Avant je voulais changer le monde; maintenant je regarde pour trouver une place de stationnement», lance un des protagonistes de la jeunesse désabusée de Trust. Ce spectacle de danse-théâtre signé par Falk Richter et Anouk Van Dijk nous montre des jeunes gens si heurtés par la récente crise financière qu'ils s'effondrent littéralement sur la scène. Leur corps est si lourd qu'ils semblent porter sur leurs épaules tout le poids du système capitaliste !

Avec pour résultat que leur monde s'écroule (couple, famille, travail). Or ils sont incapables de changer le cours des choses. Sur scène leurs mouvements saccadés, fébriles et constants sont en opposition avec l'immobilisme de leur vie.

D'ailleurs, le metteur en scène hambourgeois Falk Richter dirige d'une main de maître la dizaine d'interprètes. Ces derniers occupent en entier l'espace scénique ouvert, comme dans un loft, meublé de divans et de quelques tabourets, surplombé d'une mezzanine et d'une cabine fermée dans laquelle les couples en crise s'affrontent. Des vêtements et des manteaux de fourrure traînent ici et là, pour nous rappeler le luxe de la consommation. Ces gens-là s'achètent des t-shirts de Che Gueverra chez Prada...

Il y a de beaux moments, des chorégraphies soignées, des scènes de groupe (ou de duo) magnifiques, des monologues très forts. Mais il y a un bémol: le texte se répète et le propos tourne en rond. Créé à Berlin en octobre 2009, en plein coeur de l'effondrement des marchés, Trust a été fait en réaction à la crise boursière. On comprend le ras-le-bol des créateurs et leur désir de contester le pouvoir économique. Mais leur trame narrative n'est pas dotée d'une structure dramatique très solide. On sent trop le travail d'improvisations et le collage des textes; pas assez celui de l'écriture. Or la force de cette création réside davantage dans l'utilisation habile du corps et de l'espace. Sur ce point, le travail est remarquable et le spectacle vaut amplement le détour. Il reste une dernière représentation ce soir chez Duceppe.

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Collaborateur du Devoir