Cantat au TNM: Pintal défend son choix

La directrice du TNM, Lorraine Pintal
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La directrice du TNM, Lorraine Pintal
Quelques heures avant le lancement officiel de la saison dans la salle de répétition du TNM, la controverse portait déjà ombrage au reste de la programmation du 60e anniversaire. Dans les réseaux sociaux, les passions se déchaînaient. Des gens menaçaient d'annuler leur abonnement au TNM. Or, Lorraine Pintal défend son choix: «Je n'ai pas pris cette décision à la légère, explique la directrice générale. Quand Wajdi Mouawad est venu me voir pour me parler de son projet, j'étais bien consciente que cela allait provoquer des remous. Or, il m'a élaboré sa vision et nous avons longuement discuté ensemble de son concept. Pour lui, Cantat est le meilleur musicien qui peut donner un son rock et contemporain aux choeurs de ces trois tragédies grecques. À la fin d'Antigone, Sophocle fait même référence à "une musique qui fait trembler la terre."»

Mais il n'y a pas que des raisons artistiques selon Mme Pintal: «Wajdi estime que c'est aussi l'occasion pour que son ami exorcise l'horreur du geste qu'il a posé; qu'il se rachète dans un spectacle qui dénonce la violence faite aux femmes.»

Violence et création


Audace ou provocation? Compassion ou inconscience? Tout le monde a sa réponse ou son point de vue sur le crime de Bertrand Cantat. Or, pour ceux qui suivent depuis vingt ans la carrière de Wajdi Mouawad, cette décision n'est pas surprenante. Au contraire: elle est conforme à l'oeuvre... et à l'homme.

Il y a une violence chez l'artiste qui, heureusement, se canalise dans la création au lieu de s'exprimer dans la destruction. Cette violence, elle s'explique, en partie, par l'horreur de la guerre qui lui a volé son enfance au Liban. Tout ce qu'il touche artistiquement ressemble à un acte de rédemption pour se libérer des blessures éternelles de l'injustice des hommes, de la souffrance humaine. Comment cet auteur et metteur en scène fasciné par les personnages tragiques (c'est-à-dire des hommes et des femmes écrasés par leur destin et sombrant inexorablement dans l'obscurité), comment, donc, Wajdi Mouawad pouvait-il demeurer insensible aux démons qui habitent l'ex-chanteur de Noir Désir?

«Il y a un lien fraternel entre les deux artistes. Mais je me sentirais mal placée pour le qualifier à leur place, confie Lorraine Pintal. Je sais que Wajdi veut l'aider à vivre sa réinsertion sociale et je ne peux pas m'objecter à son désir de le réhabiliter, de lui pardonner. Cantat a le droit de vivre sa réhabilitation dans la dignité.»

«S'il y a un milieu où l'on peut se permettre d'être tolérant, de pardonner, c'est bien au théâtre...», conclut Mme Pintal.

Hier soir, à la fin de sa mise au point sur l'affaire Cantat, la directrice a été chaudement applaudie par une centaine de comédiens, de concepteurs et d'artisans de ce théâtre de répertoire qui aurait préféré célébrer son anniversaire... loin de la tempête.

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Collaborateur du Devoir

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