Un humour littéraire qui ne se prend pas au sérieux

Espèce plus que rare dans l’univers de l’humour, Bruno Coppens s’illustre et se distingue forcément avec son approche qui cherche à satisfaire les amoureux d’une langue.<br />
Photo: Véronique Vercheval Espèce plus que rare dans l’univers de l’humour, Bruno Coppens s’illustre et se distingue forcément avec son approche qui cherche à satisfaire les amoureux d’une langue.

Il a un problème, mais il l'assume: Bruno Coppens est Belge — c'est lui qui le dit. Un Belge tiraillé par ses origines métissées (une mère flamande et un père wallon), perturbé par un pays sans gouvernement depuis plus de 200 jours, le sien, et attendant finalement que les Wallons, «sans Flamands», amorcent un processus de rapprochement avec le Québec. Pourquoi pas?

C'est en tout cas le drôle de message que le comique lettré a lancé mardi soir sur les planches du Lion d'Or, à Montréal, en ouverture de son one man show intitulé Ma Terre Happy. L'homme y donnait le coup d'envoi d'une grande tournée au Québec de ce spectacle qu'il a créé en 2007 au festival de Spa. Tournée qui va l'amener de Montréal à Trois-Rivières, en passant par Laval, Gatineau, Coaticook, Saint-Camille, Thetford Mines...

Coppens a le verbe solitaire, surtout depuis le départ de Marc Favreau — alias Sol — et de Raymond Devos, à qui il rend hommage dans un numéro grammaticalement convaincant, et avec qui il partage ce goût de jouer avec la langue française, tel un artisan. Avec rigueur, maîtrise, espièglerie et surtout avec, sur scène, un souffleur imaginaire «qui a déjà été aspirant».

En une heure vingt, l'humoriste fait une démonstration éloquente de son talent avec un assemblage de textes particulièrement bien ficelés dans lesquels les mots bondissent, crépitent, s'entrechoquent, s'épandent, se font secs, mesquins, sournois et précis à la fois pour au final explorer eux-mêmes leurs multiples possibles. Avec, en trame de fond, la mondialisation, la rectitude politique et verbale — forcément! —, la Tunisie en mutation et quelques vedettes, dont Nicolas Sarkozy qui «se prend tellement pour le Roi-Soleil que Carla brunit».

Espèce plus que rare dans l'univers de l'humour, Coppens s'illustre et se distingue forcément avec son approche qui, loin d'insulter l'intelligence du spectateur — à ce moment précis de la critique, citer des noms serait forcément trop long —, cherche justement à satisfaire les amoureux d'une langue, celle de Molière, Miron et Brel, qui se plaisent à en manipuler les principales composantes sans trop se prendre au sérieux.

Le pari est largement réussi, malgré un écueil que Coppens peine à éviter: quelques passages de son spectacle ont en effet été adaptés pour sa tournée québécoise, faisant du coup apparaître dans ses textes Isabelle Boulay, Pauline Marois, Bastarache, Bellemare et compagnie. Une attention culturelle sympathique, certes, mais qui, portée par un manque de conviction obligé et un décalage évident, fait ombrage à l'efficacité de l'ensemble.
2 commentaires
  • Batiste Foisy-Wiriot - Inscrit 27 janvier 2011 15 h 44

    Pellerin

    Que Favreau et Devos soient décédés, c'est bien triste, mais ça ne fait pas de Coppens l'unique humoriste littéraire francophone en piste pour autant. Et Fred Pellerin, lui?

  • Claire Picotte - Abonnée 28 janvier 2011 13 h 26

    Coppens, bravo

    J'ai beaucoup aimé les grande tirades où il nous emmène ailleurs par la folie des mots. C'est brillant mais même si l'humour est cérébral il ne nous donne pas mal à la tête. Le ton est léger et le dialogue défile avec brio. Bravo à Bruno Coopens!