Quidam du Cirque du Soleil au Centre Bell - Avec la distance...

Pas moins de 52 acrobates, musiciens, chanteurs et acteurs se retrouvent sur la scène installée sur la patinoire du Tricolore.<br />
Photo: Al Seib Pas moins de 52 acrobates, musiciens, chanteurs et acteurs se retrouvent sur la scène installée sur la patinoire du Tricolore.

Avec le recul, tout semble le même et l'autre dans ce spectacle Quidam créé par le Cirque du Soleil à Montréal, sous chapiteau, il y a 14 ans. La version présentée jusqu'à la fin du mois au centre Bell paraît à peu près égale à la précédente, si ce n'est dans quelques raffinements, ici pour souligner des éléments narratifs, là pour redorer un numéro, par exemple en modifiant les costumes. Avec la distance temporelle, rien n'a bougé, ou tout comme, dans ce spectacle tristounet, nostalgique et parfois enténébré de la compagnie pourtant réputée pour ses productions familiales hop la vie et bonbonnières.

Pour cette distance dans le temps, donc, ça va. C'est l'éloignement physique qui pose problème, la distance spatiale quoi. C'est le fait de se retrouver dans un amphithéâtre bâti pour le hockey, à la rigueur pour les shows rock et pop. Un spectacle de cirque c'est autre chose de plus intime, d'organique, de viscéralement humain. Ça demande des larmes, de la sueur et peut-être un tout petit peu de sang. Un chapiteau en mou ou en dur fournit l'espace souhaité, souhaitable, désiré et désirable. Expérience faite, et pour la troisième fois, un stade couvert transforme radicalement l'expérience et pas pour le mieux. Ce contenant gâche le contenu et tant pis, même à moitié prix (enfin, pour ceux qui payent leur billet).

Deux numéros se détachent tout de même du lot: le duo de main à main au ralenti et le solo de contorsion dit «air et soie». Ces performances formidables (après des milliers de représentations, peut-on s'attendre à autre chose?) sont les seules à transmettre un peu d'émotion, le reste n'étant que prouesses techniques et montage esthétique. Ces contre-exemples font regretter encore davantage de ne pas les avoir vus de plus près, comme autrefois, avec la surcharge émotive voulue et donnée.

Les numéros de groupe au sol s'avèrent particulièrement mal servis par l'aménagement aux proportions wallmartiennes. La musique belle mais trop forte ne fait que rajouter au problème de base en cherchant en quelque sorte à envelopper le spectateur éloigné, trop éloigné.

Rien ne se perd au Cirque du Soleil et tout se transforme. Allegria a subi la même transformation pour amphithéâtre parce que la demande est là, parce qu'un show du cirque fait encore le plein de spectateurs avec un produit dérivé après avoir engrangé cinq millions de spectateurs sur cinq continents en version originale rapprochée...