Yvon Deschamps fait ses adieux à la vie publique

Yvon Deschamps est passé en cinq décennies d’humoriste social à icône de la scène culturelle québécoise.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Yvon Deschamps est passé en cinq décennies d’humoriste social à icône de la scène culturelle québécoise.

L'humoriste Yvon Deschamps annonce qu'il prend sa retraite professionnelle et qu'il se retire de la vie publique.

Dans une longue lettre envoyée aux journalistes de Rue Frontenac, celui qui a fait rire les foules pendant des décennies précise qu'il songe à se retirer depuis déjà deux ou trois ans et qu'il aspire maintenant, à 75 ans, «à une vie calme et sans stress pour les dernières années».

«Je mets fin à ma vie professionnelle et publique, poursuit-il. Fier de ce que j'ai accompli, heureux que mes premiers monologues revivent au théâtre.»

Cette déclaration fait suite à une entrevue accordée au Journal de Montréal dans le cadre de la promotion du spectacle Le boss est mort. Cet entretien a fait l'objet d'une vive critique dans la version électronique de Rue Frontenac, qui reprochait à l'humoriste d'avoir répondu aux questions d'un journal en lockout depuis bientôt deux ans.

Yvon Deschamps reconnaît avoir commis une erreur et a cherché à se faire pardonner en donnant cette primeur aux journalistes en lockout. Il a tenu par ailleurs à faire un plaidoyer pour la syndicalisation. Il mentionne également que cet «incident malheureux» permettra de faire en sorte que quelque chose de positif émane de cette histoire, en faveur d'un règlement du conflit qui oppose la direction du quotidien à ses travailleurs.

Il a été impossible de joindre M. Deschamps.

Du côté de l'équipe de relations publiques de Benoît Brière, qui campe le personnage jadis joué par Yvon Deschamps dans la pièce Le boss est mort, on affirme respecter cette volonté de recul. Par contre, pour les besoins de la production, le célèbre comédien continue de s'investir ponctuellement, pour le spectacle.

Selon ce qu'a compris l'agente de M. Brière, Yvon Deschamps compte surtout quitter les feux de la rampe et laisser à d'autres les lumières des projecteurs. «À l'âge où il est rendu et avec tout ce qu'il a donné au public, il ne veut tout simplement plus être à l'avant-plan», a-t-on indiqué.

Par ailleurs, on ne sait pas non plus s'il poursuivra son engagement auprès de causes sociales qui lui tiennent à coeur.

Yvon Deschamps agit présentement comme porte-parole d'une campagne du gouvernement du Québec contre la maltraitance à l'égard des aînés. La ministre responsable, Marguerite Blais, s'est avancée prudemment pour commenter le départ de la vie publique de l'humoriste. «M. Deschamps a fait la première version [de la campagne de publicité], libre à lui de poursuivre l'année prochaine, mais je trouve que nous avons déjà été privilégiés de l'avoir eu pour camper notre campagne contre la maltraitance», a indiqué la ministre.

Né en 1935 à Montréal, Yvon Deschamps est passé en cinq décennies d'humoriste social à icône de la scène culturelle québécoise. L'homme a fait ses premiers pas sur les planches de La Roulotte, théâtre pour enfants, mis en place à la fin des années 1950 par Paul Buissonneau.

La véritable consécration passera par L'Osstidcho, une revue musicale et sociale au théâtre de Quat'Sous en 1968, où le jeune monologuiste a été embauché par le même Buissonneau. Ses monologues hautement engagés feront école en posant un regard amusé sur les paradoxes du quotidien, l'asservissement, la libération de la femme...

Après plusieurs échecs télévisuels dans les années 1980 et 1990, Yvon Deschamps avait déjà décidé de réduire ses apparitions publiques pour se consacrer entre autres à la gestion de son centre hôtelier, le Manoir Rouville Campbell — qu'il ne possède plus aujourd'hui — et assouvir ses rêves de collectionneur: l'homme est accro à l'oeuvre et à la vie de Charlie Chaplin. Il possède d'ailleurs la dernière voiture du maître de l'humour muet, une Bentley 1964.

En 2007, Yvon Deschamps a livré son dernier monologue sur scène dans le cadre du festival Juste pour rire à Montréal. En février prochain, le théâtre de Quat'Sous va faire revivre son univers comique par l'entremise d'une première pièce de théâtre Le boss est mort dont il signe le texte. Dominic Champagne assure pour sa part la mise en scène.

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Avec La Presse canadienne
1 commentaire
  • Lulustucru - Inscrit 17 décembre 2010 08 h 38

    Respect

    Il y a peu de personnes pour qui j'ai un profond respect. M. Deschamps en fait parti.
    J'aime cet homme qui essaie d'être droit dans un monde tout croche.
    Je vous aime M. deschamps. Bonne route.