Décès de la poétesse russe Bella Akhmadoulina, égérie du dégel soviétique

En juin 2004, Bella Akhmadoulina a reçu des mains du président de Russie de l’époque, Vladimir Poutine, un prix remis par l’État pour les arts et la littérature.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Alexander Nemenov En juin 2004, Bella Akhmadoulina a reçu des mains du président de Russie de l’époque, Vladimir Poutine, un prix remis par l’État pour les arts et la littérature.

Moscou — La poétesse russe Bella Akhmadoulina, qui fut l'égérie du dégel khrouchtchévien au tournant des années 1960 en Union soviétique, est décédée hier à Moscou à l'âge de 73 ans, ont rapporté ses proches.

«Bella a eu une crise cardiaque», a déclaré son époux, l'artiste Boris Messerer, à l'agence Itar-Tass.

«C'est une perte irréparable. Son oeuvre fait partie des classiques de la littérature russe. Nous sommes en deuil», a réagi le président Dmitri Medvedev, selon l'agence Ria-Novosti.

La poétesse est décédée à Peredelkino, le village de «datchas» dans la banlieue de Moscou où habitaient à l'époque soviétique nombre d'écrivains comme Boris Pasternak.

Bella Akhmadoulina, née le 10 avril 1937 à Moscou d'un père tatar haut fonctionnaire et d'une mère d'origine italienne qui travaillait selon certaines sources comme traductrice au KGB, publie ses premiers poèmes en 1955 dans la revue Octobre.

En 1954, cette jolie brune s'était mariée en premières noces avec Evgueni Evtouchenko, l'un des poètes phares de l'époque d'ouverture culturelle lancée après l'arrivée au pouvoir de Nikita Khrouchtchev et la déstalinisation.

Son premier recueil, La Corde, est publié en 1962.

Le dégel oublié avec l'arrivée au pouvoir de Leonid Brejnev en 1964, elle rencontre des difficultés dans son pays, et signera par la suite, avec d'autres poètes et écrivains des lettres de soutien aux dissidents comme Andreï Sakharov.

En 1979, elle participe à la parution non autorisée de l'almanach Metropole, qui défie la censure soviétique, avec les romanciers Vassili Axionov et Viktor Erofeev.

«Bella était une figure-clé de la génération des années 1960, une plume claire et autonome, une grande poétesse», a déclaré ce dernier après l'annonce du décès.

Bella Akhmadoulina avait signé en 1993, après la chute du régime soviétique, la «lettre des 42» qui demandait l'interdiction des mouvements et partis communistes et nationalistes en Russie.