Les mélodies d'un siècle - Un grand frisson pour l'anniversaire du Devoir

Louise Forestier et Robert Charlebois<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Louise Forestier et Robert Charlebois

Si, comme le chantait Richard Desjardins, rentrer une aiguille dans un vieux disque comporte des risques, le danger était grand, en ce jeudi soir à nul autre pareil, que les souvenirs surgissent de partout. On ne survole pas un siècle de musique, un siècle de nous-mêmes puisque les chansons, une fois écrites et une fois chantées, s'immiscent dans la conscience collective pour n'en jamais ressortir sans péril. Et on peut avancer sans crainte de se tromper qu'hier, au Métropolis, 1200 cœurs, ceux des employés du Devoir et de ses fidèles lecteurs, ont clenché.

Parterre et balcon étaient bondés, disponibles, pratiquement conquis d'avance. La scène, elle, s'est faite généreuse tout du long. L'occasion: 100 ans de chansons, une seule représentation, un spectacle singulier — un miracle, précisera Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir — pour un journal fier d'avoir tout juste soufflé sa propre centaine de bougies. L'idée un peu folle de la fête avait germé dans l'esprit de Sylvain Cormier et Pierre Beaulieu. Vingt et un artistes et groupes ont accepté l'invitation avec enthousiasme et désintéressement, sous la direction artistique de Cormier et Mouffe, et musicale de Vincent Réhel. Il relèverait de l'euphémisme d'affirmer que le party, animé par Monique Giroux, a pogné, comme disait le poète.

Il revenait à la grande dame d'ouvrir le bal, en une forme de coup de théâtre: Diane Dufresne n'apparaissait pas sur l'affiche du show, mais elle était bien là, campée au bout du balcon d'où elle a interprété l'émouvante et prophétique Hymne à la beauté du monde, de Luc Plamondon. «Ne tuons pas la beauté du monde / La dernière chance de la Terre / C'est maintenant qu'elle se joue.» Senti.

Après que Steve Normandin eut raconté à l'accordéon les péripéties du dirigeable R-100 qui avait intrigué Saint-Hubert (et la Bolduc) il y a 80 ans et que Richard Séguin eut rappelé opportunément qu'il faut croire au bonheur, le western s'est offert le plancher. Renée Martel, Catherine Durand et Marie-Annick Lépine livrant un pot-pourri des Willie Lamothe, Marcel Martel et autres Paul Brunelle. Ça tapait des mains dans la salle.

Hé, même le yé-yé a eu sa place. Résurrection des Lutins par les bons soins de Dumas, et les Sultans ont pris des airs de Gilles Valiquette, Monique Fauteux et Daniel Ferland. Et François Guy qui vient déterrer Québécois. Voilà qui ne nous rajeunit pas vraiment.

Un coup de coeur? Montréal, où Daniel Boucher a rejoint Michel Rivard. «Assis sué marches de l'escalier du restaurant / J'ai dépensé une bonne partie de mes 15 ans.» Nostalgie, quand tu nous tiens. Surtout que Pour un instant et un bout d'Heptade suivaient immédiatement... Grandioses années 1970.

Pourquoi chanter?, s'est demandé Louise Forestier, qui a indiqué être abonnée au Devoir le samedi seulement «parce que ça me prend une semaine à le lire...» Puis Renée Claude a rappelé que «C'est notre fête aujourd'hui» avant que l'on ne filât vers l'entracte au son de l'immortelle Quand les hommes vivront d'amour. Pause durant laquelle on évoquait sur grand écran des moments de 1 fois 5, d'Offenbach, de Clémence Desrochers, des Colocs et de Jean-Pierre Ferland.

Encore plus d'action en deuxième mi-temps. Après un hommage à Lucille Dumont, Monique Leyrac et Luc Plamondon, tous présents, Claire Pelletier interprète magistralement La Manikoutai de Vigneault. Francine Raymond chante Y a les mots, «les mots qui frappent pour nous aider à tout comprendre». Des incontournables, La Complainte de la serveuse automate, Je voudrais voir la mer, Tout le monde est malheureux, La Maudite Machine, La Désise, Je suis cool, Le Coeur est un oiseau, Marie-Noël. L'espace manque pour les mentionner toutes. Et tous qu'on n'a déjà nommés: Loco Locass. Pierre Flynn. Richard Desjardins.

Au moment de mettre sous presse, ce spectacle magique roulait depuis près de trois heures, et ce n'était pas terminé. Mais personne ne regardait sa montre.



Ce que la presse québécoise a écrit sur le spectacle
8 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 26 novembre 2010 04 h 41

    Les 100 ans.

    Dommage que les 100 ans du Devoir ne se célèbrent qu'à Montréal, car tout notre pays du Québec l'a enrichi et s'en est enrichi. Mais comment faire? Un beau défi.

  • Margot Désilets - Abonnée 26 novembre 2010 07 h 33

    Les cent ans

    Je suis frue. Je suis de Québec. Quelques heures après l'annonce du spectacle j'ai voulu acheter des billets pour moi et une dizaine d'amis qui voulaient également y assister. C'était déjà complet. Pour une manifestation du genre on devrait prévoir et réserver quelques places pour les ailleurs que Montréal qui ont des fois l'information plus tard. Oui je suis abonnée au Devoir.
    Margot Désilets

  • michel@leportageur.com - Inscrit 26 novembre 2010 08 h 19

    100 ans sans se plaindre!

    Ouf Quel spectacle! dommages qu'il n'y avait pas plus de jeunes québécois pour célébrer 100 ans de chansons avec la crème de nos artistes !
    Merci le Devoir pour ce bel évènement!

  • Marc Barrière - Inscrit 26 novembre 2010 08 h 58

    Est-ce qu'on peut le voir qque part?

    Est-ce qu'on peut le voir qque part?

  • Sylvie de Blois - Abonnée 26 novembre 2010 09 h 07

    Quelle soirée exceptionnelle!

    Que du bon! Sylvain Cormier et tous les autres, merci, merci, merci, merci mille fois plutôt qu'une pour des moments inoubliables! Vous méritez une ovation!!