Archives dispersées: la ministre de la Culture demande un état de situation à BAnQ

Alors que l'opposition accuse la ministre de la Culture de rester indifférente devant «le vol de pièces cruciales du patrimoine historique québécois», Christine St-Pierre réclame des explications de BAnQ et un état de situation complet sur les mesures prises pour assurer la conservation, la restitution et l'accessibilité aux documents d'archives de l'État.

La ministre de la Culture a été interpellée hier matin à la période de questions touchant les informations publiées cette semaine dans Le Devoir révélant que des centaines de documents dérobés aux Archives nationales sont aujourd'hui dispersés dans des universités américaines, et parfois revendus à fort prix lors d'enchères publiques (voir Le Devoir des 23 et 24 novembre).

Le critique de l'opposition en matière de culture et député de Drummond, Yves-François Blanchet, a demandé hier à la ministre si elle avait l'intention d'agir et de demander la restitution des fameux documents aujourd'hui détenus notamment par l'Université Harvard et la Newberry Library de Chicago.

Pas un sou

«Les événements rapportés dans Le Devoir sont des événements évidemment qui nous interpellent puisqu'il s'agit de la mémoire du Québec», a répondu la ministre. Mais il est hors de question de verser un sou pour récupérer des documents «qui ont été... si la preuve est faite, qui auraient probablement été volés». «Ce qu'il faut, c'est avoir un état de la situation qui est complet», a-t-elle rétorqué en Chambre, en faisant la lecture d'une lettre adressée au directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Guy Berthiaume.

Selon l'attaché de presse de Mme St-Pierre, les faits rapportés dans Le Devoir, même s'ils datent, ont été jugés «assez préoccupants» pour que celle-ci réclame à BAnQ un portrait complet des «procédures et moyens mis en oeuvre par [l'institution] pour garantir la conservation, la restitution et l'accessibilité à nos documents d'archives».

Mais le Parti québécois assimile la position ministérielle à de l'«indifférence» pour le patrimoine culturel québécois. «La ministre [...] a en plus ajouté qu'étant donné que les documents étaient conservés dans de bonnes conditions aux États-Unis, les Québécois pouvaient se contenter de copies!, a déploré le député Blanchet. C'est le contraire qui doit se produire: les originaux au Québec, les copies aux États-Unis!», dénonce ce dernier.

Selon le député de Drummond, les déclarations de la ministre envoient un message inquiétant, alors que l'enseignement de l'histoire connaît un recul et que le projet de loi 82 sur le patrimoine culturel affiche toujours de nombreuses lacunes. «Notre patrimoine peut être vendu au plus offrant?, a-t-il lancé. L'étude du projet de loi 82 risque d'être ardue.»
4 commentaires
  • Janko Pavsic - Inscrit 26 novembre 2010 17 h 08

    Genèse d’une BAnQ sans fonds qui se rêvait TGB…

    Le désengagement d’un ministère

    L’approche réductrice de Monsieur Carol Couture (glorification de la numérisation donnant à l’image, une valeur quasi équivalente à ce qu’elle représente) est il me semble, hautement préjudiciable à la pérennité de l’institution et ses déclarations, qu’elles soient un reflet de ses « visionnaires » convictions ou de son obéissance au chaînon hiérarchique Couture – Berthiaume – St-Pierre, confirment au citoyen la politique de déresponsabilisation du ministère. Le dénie de la valeur de notre patrimoine national québécois est en effet et à tort ancré dans les mœurs du ministère depuis plus de quarante ans. Cette orientation, présentée comme gestion réfléchie est en fait un écran servant à masquer une endémique indigence budgétaire. Jadis cantonnée au patrimoine architectural, elle s’étend maintenant au patrimoine archivistique. Les bonzes de la BAnQ (Provost, Couture et associés), par leur prose se voulant rassurante («nos archives sont en sécurité à Harvard»), tentent de nous faire percevoir comme diffusion de notre culture, ce qui est en fait une dispersion de nos collections.

    Trésors perdus ou volés

    Alors que la Turquie tente de récupérer les pierres du Trajaneum de Pergame qui se trouvent à Berlin ; la Grèce : les frises du Parthénon qui se trouvent à Londres ; et que l’Espagne ne dédaignerait pas récupérer le cloître du monastère de Poblet qui se trouve aux Cloisters à New York, nous ici, nous laissons faire et regardons passer le train, faute de moyens pour poursuivre les voleurs. Les nations spoliés de leur patrimoine (la France, la Turquie, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et encore bien d’autres), le furent parfois à leur insu, parfois à leur grand désespoir. Mais ces déprédations, quel que soit le peuple lessivé, se firent invariablement en période de troubles politiques ou de grande misère. La corruption de notre classe politique est-e

  • Janko Pavsic - Inscrit 26 novembre 2010 18 h 19

    Genèse d’une BAnQ sans fonds qui se rêvait TGB… (suite)

    La corruption de notre classe politique est-elle suffisamment importante pour parler de troubles politiques ? Et le sous-financement du MCCCF est-il suffisamment honteux pour parler de grande misère ?

    Le plus triste de ce vaudeville de bibliothèques, c’est de devoir admettre qu’heureusement là où sont les manuscrits volés à la BAnQ et au prix qu’ils ont été payés (276 000$), personne, pas même un conservateur ne parviendra à les voler de nouveau. Doit-on s’en consoler ? Certainement pas, sauf si l’on considère que l’exsangue passoire de la rue Berri qui devait être une TGB, objet de notre fierté nationale et outil de notre rayonnement international, comme étant en fait la « Harvard University Library : Quebec Branch ». La BAnQ est-elle à ce point misérable à cause des vices de conception du bâtiment (quelques 10 000$ pour l’installation de quatre étages d’échafaudages pour changer une ampoule brulée au plafond de la salle de la collection nationale en 2006) ; de son exigüité constatée avant même son inauguration (hier encore j’ai constaté que les numéros de la Gazette officielle du Québec qui étaient jusqu’à récemment en accès direct ont été transférés dans un magasin d’entreposage, uniquement pour cause d’un manque d’espace et sont inaccessibles au public) ou du vol massif de livres (aisément constatable dans les collections de livres d’art). Il serait enrichissant pour le public de connaitre les coûts inhérents à ces points, sans avoir à forcer la main de la BAnQ par un passage obligé à la loi d’accès à l’information.

  • Janko Pavsic - Inscrit 26 novembre 2010 18 h 20

    Genèse d’une BAnQ sans fonds qui se rêvait TGB… (fin)

    Mémoire collective

    Le peu d’estime affiché par BAnQ pour nos droits collectifs de propriété sur ces documents volés est scandaleux car ces précieux documents (le jounal de Pierre Caillot par exemple) appartiennent à chaque citoyen du Québec et DOIVENT être récupérés. Et quiconque de BAnQ, aussi haut placé soit-il prétendant le contraire, devrait être remplacé. Gloire à la technologie de l’image nous disent-ils ! On nous promettait jadis une TGB et on hérite finalement que d’un kiosque à journaux virtuels (Minerve Patrie Pays), géré par un hologramme de conservateurenchefetdirecteurgénéraldesarchives.

    Janko Pavsic
    jankopavsic@hotmail.com
    mairesduquebec@hotmail.com

  • Geoffroi - Inscrit 3 décembre 2010 09 h 47

    Enfin

    M, Couture, au travail...enfin.