Faire rimer corruption avec dérision

Supputons un instant: ces derniers mois, les enveloppes brunes ont dû largement circuler dans les coulisses des Parlementeries, dont la sixième édition était présentée hier au théâtre Saint-Denis à Montréal. Enveloppes et/ou intimidation qui ont fini par orienter, pour des intérêts publics, le contenu de cette messe comique versée dans le rire sur le dos de la politique. Une messe qui, cette année, s'est faite salement bipolaire, en tapant sur deux clous: la corruption et les écoles passerelles.

À la levée du rideau, Marcel Leboeuf, président de cette illustre chambre de clowns, a donné rapidement le ton avec une histoire en accéléré du Québec qui cherche les similitudes entre les premiers colons arrivés ici en bateau pour les fourrures et les politiciens d'aujourd'hui invités à naviguer sur des yachts pour le «fourrage». En gros.

On comprend: le propos de ces Parlementeries, présentées comme un bilan politique, est chargé en attaques multiples à l'endroit d'une classe politique accusée de micro-ondisme: elle tourne en rond et sert du réchauffé, entend-on. «Quand tu t'en vas nulle part, t'as un peu moins envie d'arriver à destination», résume d'ailleurs Leboeuf.

Luc Picard en premier ministre, Laurent Paquin en chef de l'opposition et André Robitaille en populiste représentant d'un Super Parti du Vrai Monde (SPVM), eux, vont aller jusqu'au bout de la démarche qui consiste à titiller gentiment nos élus.

Sans surprise, il y est question de «favaritisme» dans l'attribution de certains contrats, mais aussi de l'efficacité du gouvernement qui, en luttant contre les listes d'attentes en général, a réussi l'impossible: «aujourd'hui, le Québec n'attend plus rien de nous», dit le premier ministre.

L'effet comique, en se faisant démago, est bien sûr prévisible. Il puise aussi dans les éternelles tensions entre formations politiques et dans les chicanes de langue, langue qui sert ici des volées de bois vert à l'inertie, l'injustice, le je-m'en-foutisme et le manque d'imagination de la classe politique.

Avec une surreprésentation d'acteurs sur scène — Diane Lavallée, Martin Drainville, la jeune et redoutable Marie-Lise Chouinard, Luc Guérin sont du nombre —, cette édition des Parlementeries avait toutefois, sur papier, un fort potentiel pour donner un autre sens à cette aventure scénique à la formule qui commence à dater. Mais à l'instar de l'objet sur lequel elle s'acharne, la recette, imaginé par Pierre Légaré à une autre époque semble vouloir elle aussi un peu tourner en rond.