Les jeunes Français peuvent télécharger pour moins cher avec la «carte musique»

Paris — Les jeunes Français de 12 à 25 ans peuvent, depuis hier, télécharger des titres avec la «carte musique», financée pour moitié par le ministère français de la Culture afin de les détourner de la piraterie.

«La carte musique, c'est deux fois plus de musique grâce à l'aide de l'État», a résumé Frédéric Mitterrand en présentant le dispositif à la presse hier dans un salon de la rue de Valois. Le ministre de la Culture a salué «une opportunité formidable pour le développement de la musique en ligne».

Concrètement, les jeunes internautes peuvent se rendre sur le site dédié à la carte musique pour y acheter un crédit de 5, 10 ou 25 euros à utiliser sur une plateforme de téléchargement. Pour utiliser différentes plateformes, ils doivent acheter différents crédits.

L'État double le montant de chaque crédit, dans une limite de 25 euros par personne. L'internaute reçoit par courriel le code correspondant à son ou ses crédits. Il peut alors se rendre sur la ou les plateformes qu'il avait choisies et commencer ses achats.

Valable un an, la carte musique peut être rechargée tant que ne sont pas atteints les 50 euros d'achats — subvention comprise. Pour l'instant, 14 plateformes proposent une telle offre; une dizaine d'autres devraient se joindre à elles d'ici la fin de l'année, selon Frédéric Mitterrand.

Le nombre de bénéficiaires est limité à un million par an. «Premier arrivé, premier servi», a averti le ministre. La France compte 11,2 millions de jeunes âgés de 12 à 25 ans.

Le site de la carte musique ne vérifie pas l'âge de l'internaute, qui doit simplement cocher une attestation sur l'honneur. Cependant, les plateformes partenaires peuvent exiger un justificatif de naissance.

«À la limite, je pourrais peut-être moi-même demander la carte musique», a plaisanté Frédéric Mitterrand, en ajoutant qu'il risquerait de trahir son «âge canonique» à force de commander des valses de Strauss. «On ne peut pas empêcher des fraudes qui pourraient survenir», a reconnu le ministre, sans exclure pour autant des «contrôles aléatoires» ultérieurs.

La carte musique est la première des 22 propositions du rapport Création et Internet remis en janvier dernier par Patrick Zelnik, Guillaume Cerrutti et Jacques Toubon. Elle n'a reçu le feu vert de la Commission européenne que le 12 octobre dernier.

Un décret, signé lundi et publié mardi dans le Journal officiel, met en place ce dispositif pour deux ans. L'aide de l'État sera limitée à 25 euros par utilisateur de carte musique. Elle ne pourra pas dépasser les cinq millions d'euros par plateforme.

«En ciblant la jeunesse, la carte musique vise [...] à créer de nouvelles habitudes, a souligné Frédéric Mitterrand. Si les jeunes adoptent les plateformes, la partie sera — je crois — gagnée pour la musique en ligne.»

D'après le ministère de la Culture, le nombre de titres téléchargés légalement est actuellement vingt fois inférieur à celui des titres échangés illégalement.

L'industrie musicale a réalisé en France un chiffre d'affaires de 961 millions d'euros en 2009, en chute de 8,4 % par rapport à 2008.

Le marché de la musique numérique s'élevait l'année dernière à 73,5 millions d'euros (104,4 millions $CAN). Si la totalité des cartes musique sont effectivement utilisées, l'État déboursera la première année 25 millions d'euros (35,5 millions $CAN) d'aide, mais ce seront en fait 50 millions d'euros (71 millions $CAN) (avec la contribution des jeunes internautes) qui viendront alimenter la filière de la musique numérique.