Festival du monde arabe - Une programmation musicale déroutante

Les cow-boys soufis du groupe Debu en spectacle<br />
Photo: Source FMA Les cow-boys soufis du groupe Debu en spectacle

Sur le thème «Arabitudes», le Festival du monde arabe propose une programmation musicale sous le signe des brouillages de pistes. Opéra de chambre du Liban, cow-boys soufis, classique occidental passé dans la moulinette électro, allers-retours entre le trad québécois et le trad moyen-oriental, musiques de transe et d'extase: du 29 octobre au 14 novembre, des artistes maghrébins, orientaux et occidentaux s'appliqueront à renverser les codes établis.

«On est censés appartenir à un seul monde, affirme Joseph Nakhlé, le directeur artistique du FMA. Arabitudes, c'est pour casser ces identités qui resurgissent et qui font qu'on regarde le monde comme un monde cloisonné. Aujourd'hui, l'image est aussi terroriste que les terroristes eux-mêmes. Arabitudes, c'est pour contester cette catégorisation.»

Trois grands événements marqueront la présente édition. D'abord, Zajal, l'opéra de chambre écrit en arabe dialectal par Zad Moultaka, le compositeur libanais qui remet en question les fondements de la musique classique universelle. «Il s'aventure à créer un opéra à partir du zajal, l'une des formes populaires les plus primitives du Levant», explique Nakhlé. Zajal sera interprété par l'ensemble français Ars Nova, la chanteuse Fadia Tomb El-Hage et le comédien Gabriel Yammine.

Puis, la création originale Je me souviens 2.0, qui est une version plus élaborée que celle de l'an dernier. Composé par les Montréalais Nizar Tabcharani et Sean Dagher, le projet permet la rencontre des univers québécois et moyen-orientaux, alors que la gigue et la valse se fondent dans la dabké et que le chant traditionnel québécois se mêle aux envolées lyriques de la dalouna.

En clôture, le festival met en scène les cow-boys soufis du groupe Debu, ces Américains et ces Britanniques transplantés en Indonésie, convertis au soufisme et qui favorisent une expression très ouverte déclinée en plusieurs langues. Choeurs soufis, flamenco aux cordes arabes ou en rumba, folklore oriental, chants espagnols et mélodies romantiques caractérisent ce répertoire unique.

Pour lancer le bal


L'honneur de lancer le bal revient cette année à Djmawi Africa, célébré en Algérie, qui mélange le gnaoui, le rock, le chaabi et le reggae en injectant du rap aux effets électroniques et d'autres formes de poésie. «C'est un peu l'être moderne en nous, qu'il soit arabe ou occidental. Les scènes musicales dans le monde arabe ne sont pas étanches à ce qui se passe en Occident, et vice et versa», résume Joseph Nakhlé.

Fidèle à son habitude, le FMA opte pour une panoplie de découvertes passionnantes, plus que pour les stars établies en Occident. En voici quelques autres: les Frères Khalifé, fils de l'icône Marcel, révolutionnent la musique classique à coups de percussions et d'électro. La chanteuse syro-arménienne Lena Chamamyan puise avec une infinie délicatesse dans les genres les plus anciens et dans le jazz. L'ensemble Shanbehzadeh plonge dans les musiques de transe et de guérison. Le guitariste Francis Goya partage la scène avec OktoEcho, lequel offre aussi le conte musico-cinématographique avec le réalisateur Alain Saint-Hilaire. Sans compter les Jongleurs de la Mandragore en mode andalou, Bambara Trans, une véritable révélation montréalaise, Mehdi Nabti avec Nass Lounassa pour un jam de tambours sans frontières, Nour-Eddine Saoudi, empreint de flamenco, et plusieurs autres. Un menu à dérouter les plus insatiables.

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Collaborateur du Devoir