Les grandes vedettes et les bijoux méconnus de l'architecture moderne

L’exposition Montréal moderne n’a pas oublié les caisses populaires et les églises futuristes de Montréal, comme Notre-Dame de Pompéi, rue Sauvé.<br />
Photo: Yves Kéroak L’exposition Montréal moderne n’a pas oublié les caisses populaires et les églises futuristes de Montréal, comme Notre-Dame de Pompéi, rue Sauvé.

L'année dernière, avec son concours annuel de photos Montréal à l'œil, le Centre d'histoire de Montréal a invité les photographes amateurs à capter l'essence du patrimoine contemporain de la métropole. Son exposition, Montréal moderne, dévoile ce que leur lentille a distillé de l'architecture des années 1930 à 1970, et elle la traduit à l'intention des néophytes.

«Faut l'avouer, le patrimoine moderne, c'est pas un patrimoine toujours aimé», observe Jean-François Leclerc, muséologue et historien au Centre d'histoire de Montréal. La preuve: deux des photos primées du concours représentent sous un angle photogénique un traumatisme architectural que la population continue de payer: le Stade olympique. On est loin des belles demeures victoriennes à pignon.

Pourtant, l'installation sportive est l'un des symboles les plus marquants de l'architecture moderne, même s'il a été l'un des derniers monuments significatifs de cette faste époque avant son déclin. «Le développement d'une architecture spectaculaire va toujours avec l'économie. Les années 1950 et 1960 [qui ont vu naître la Tour CIL, qu'occupe aujourd'hui Trust royal, ainsi que la Place Ville-Marie] ont été les derniers moments où Montréal a été considérée comme la métropole du Canada. Elle était prospère et les investissements étrangers permettaient d'ériger des bâtiments très impressionnants», explique l'historien de l'établissement culturel.

Si les photographes ont surtout craqué pour ces superstars que sont le Palais des congrès, Habitat 67, la Biosphère et autres témoins de l'exposition universelle, Montréal moderne n'a pas oublié ces caisses populaires, églises futuristes et écoles en béton armé construites en troisième vitesse pour accueillir les enfants du baby-boom. Avec l'arrivée d'un million d'habitants supplémentaires entre 1941 et 1961, la métropole ne pouvait qu'accélérer sa production bâtie.

Le b.a.-ba architectural

Montréal moderne est d'ailleurs plus qu'une exposition de jolies photos: ces dernières ont des prétentions éducatives et servent à apprendre à faire la distinction rapido presto entre l'architecture moderne — dépouillée et toute en simplicité, comme en témoignent le Pavillon des sciences de l'UQAM et la Tour CIBC — et l'architecture contemporaine. Celle-là, plus ludique, est interprétée par exemple dans les courbes du casino, ancien pavillon de la France d'Expo 67, qui imitent le mouvement d'une danseuse. Une section est également réservée aux architectes marquants, comme le Montréalais Roger D'Astous, à qui on doit entre autres le Château Champlain (la «râpe à fromage» où loge le Marriott est le projet le plus ambitieux de sa carrière) et la station de métro Beaubien.

Surtout, le concept qu'a inspiré le concours de photos (tenu en collaboration avec Docomomo, organisme voué à la sauvegarde du bâti novateur) permet à M. Leclerc d'offrir les connaissances et les références qui servent à sensibiliser la population à la conservation du patrimoine contemporain.

«La métropole possède une richesse architecturale moderne extrêmement éclatée et diversifiée. Les bâtiments ne sont pas érigés en milliers d'exemplaires, d'où l'importance d'en prendre un soin jaloux», soulève-t-il en citant la disparition du fameux Ben's, cicatrice sur laquelle un hôtel a été depuis érigé.

La puce à l'oreille

L'exposition du Centre d'histoire de Montréal s'est aussi associée à des partenaires pour montrer les perles de la ville. C'est pourquoi, avant de se rendre à l'ancienne caserne de pompiers où crèche le musée, il est suggéré d'ajouter le portrait sonore Montréal moderne dans son lecteur MP3.

L'audioguide de 24 pistes, réalisé par l'architecte Sophie Mankowski, offre une promenade de deux heures fort bien narrée et enrichie de témoignages d'acteurs ayant contribué à l'histoire et à l'architecture de la ville. Elle traverse le Vieux-Montréal et une partie du centre-ville, qui faisait battre le coeur de la presse architecturale internationale dans les années 1960. Chacun des arrêts explore les ambitions et les contradictions du développement de Montréal. Guidé par la voix d'Antoine Bédard, le marcheur pourra y explorer le Silo n° 5, autant que la sculpture-fontaine La Joute, de Riopelle.

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-Le Centre d'histoire de Montréal accueille Montréal moderne jusqu'au 13 mars 2011. www.ville.montreal.qc.ca/chm.

-Pour la promenade sonore, il est possible de louer l'audioguide au Centre d'histoire au coût de 8 $ ou de la télécharger au préalable pour le même prix à partir de www.montrealmoderne.net.

-Tendez l'oreille: le Centre d'histoire de Montréal a doté son exposition d'une architecture sonore. On y entend la trame électroacoustique du compositeur Gilles Tremblay, musique qui a aussi été diffusée dans le pavillon du Québec lors d'Expo 67.