L'archevêché perd foi en l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus

Photo: Jacques Grenier - Le Devoir

Nouveau coup d'éclat dans le feuilleton interminable de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus (TSNJ). L'archevêché de Montréal a décidé hier d'arrêter les frais, décevant amèrement la communauté qui bataille depuis deux ans pour conserver l'intégrité de l'édifice et de son orgue patrimonial.

Les voies du Seigneur sont parfois impénétrables et, hier, l'expression a pris tout son sens pour les défenseurs de l'orgue et de l'église du TSNJ. Contre toute attente, l'archevêché de Montréal propose maintenant de démanteler l'orgue et de construire des logements sociaux dans cette église devenue un boulet financier.

L'archevêché de Montréal, qui avait accepté en juin dernier de surseoir jusqu'en décembre à son projet de vente de l'orgue, a semé la surprise en faisant volte-face. Au nom de Mgr Jean-Claude Turcotte, le vicaire général du diocèse a soutenu hier en entrevue que «le moratoire ne tenait plus puisqu'il n'y a pas d'espoir d'aide financière à l'horizon». «On est rendu à la limite de ce qu'on peut payer et il faut trouver une solution avant l'hiver qui arrive», a expliqué Mgr Jean Fortier, ajoutant que la note pour assurer l'entretien minimal de l'édifice ces dernières années avait dépassé les deux millions de dollars.

À la lumière d'un rapport du Service des incendies, qui a déclaré en septembre dernier le bâtiment «dangereux», et des coûts de consolidation évalués à plus de 2,6 millions, l'archevêché jette l'éponge et croit qu'il vaut mieux transformer le site en logements à prix modique ou en résidence pour personnes âgées. Pour sauver l'orgue, le diocèse suggère d'en faire don à une église du Québec, à la condition que le gouvernement participe aux coûts de déménagement, évalués à 750 000 $. «Comme ça, l'orgue resterait au Québec. On enlève quelque chose au quartier, mais si on peut contribuer à des logements sociaux, c'est un demi-mal», a soutenu Mgr Fortier, ajoutant que le diocèse garde tout de même en réserve son projet de vente.

Selon nos informations, Mgr Turcotte aurait récemment rencontré le maire de Montréal pour sonder son intérêt à l'égard de ce projet de logements sociaux. Pour ce qui est de l'orgue, l'archevêché envisage de le transférer à la basilique de Québec ou à la cathédrale de Valleyfield.

Stupéfaction

Ce revirement a semé la colère chez les membres du comité de sauvegarde de l'église du TSNJ qui devaient, mardi prochain, rendre public un projet concret de reconversion de l'édifice. «On est assis à la même table depuis des mois. On a l'impression qu'ils ont trafiqué dans notre dos. Ils réclament 750 000 $ pour déménager l'orgue, alors qu'on se débat pour trouver 50 000 $ pour chauffer l'église jusqu'en décembre», a déclaré, indignée, la députée péquiste d'Hochelaga-Maisonneuve, Carole Poirier.

Le maire de l'arrondissement, Réal Ménard, s'est dit aussi soufflé par cette pirouette. «Jamais les membres du comité, où siégeait un représentant de l'archevêché, n'ont été consultés sur cette hypothèse. On ne va pas brader notre patrimoine pour du logement social. Je peux vous assurer que l'arrondissement ne délivrera jamais de permis de démolition», a-t-il tonné.

Par ailleurs, Le Devoir a appris que le vicaire épiscopal, Pierre Côté, qui s'était battu avec fougue au sein du comité pour sauvegarder l'église, a été démis de ses fonctions par l'archevêché de Montréal en août. Il aurait été muté à la direction d'une résidence pour religieux retraités.

Hier, Annie Le Gruyec, porte-parole au ministère de la Culture, a indiqué que le ministère accueillait «avec intérêt» ces nouveaux projets, mais qu'ils ne concordaient par ailleurs «dans aucun programme de financement du ministère».

Pour ce qui est de la demande de classement de l'église faite au début septembre, a ajouté Mme Le Gruyec, elle n'empêche aucunement l'archevêché de vendre ou de disposer entre-temps de l'orgue comme il lui convient.
8 commentaires
  • Martin Dufresne - Inscrit 30 septembre 2010 01 h 00

    Hors de l'église, point de salut!

    "On ne va pas brader notre patrimoine pour du logement social." (Réal Ménard)
    C'est tellement plus classe une église catholique vide, chauffée à grand prix, symbole de notre passé de souche, que des logements pour des pauvres et des "ethniques" dont on a déjà trop dans le quartier!
    Et puis une église, ça rassure, ça fait contrepoids aux salons de "massage" pour lesquels on dézone discrètement des bouts de rue, comme Des Ormeaux en décembre dernier, histoire de "nettoyer" les rues du quartier...
    À entendre de tels coups de gueule de nos nouveaux bourgeois, on comprend pourquoi M. Harper peut sabrer impunément dans les budgets de logement social sans que les politiciens des arrondissements qui en ont le plus besoin ne lèvent le petit doigt.
    Comme ceci...

  • Pamela - Inscrit 30 septembre 2010 10 h 31

    Église vide ou appartements à loyer abordables?

    Les bons petits catholiques ont assez payé avec leurs dîmes! Il est plus que temps que l'église leur rende un réel service! Nous avons besoins de logements pour les plus défavorisée (souvent d'ailleurs ceux qui sont les plus croyants!) alors que ces bons 'messeigneurs' tiennent bon, et non seulement ils créeront des logements sociaux, mais en plus, ils pourront garder une partie de l'église, comme ça se fait pour les condos de luxe... À moins que les pauvres ne le méritent pas...

  • Echo Sierra - Inscrit 30 septembre 2010 10 h 33

    BRAVO

    Finalement l'église commence reconnaitre son rôle réel et s'occuper des plus pauvres comme elle à l'obligation morale de le faire.

    Utiliser le bien communautaire religieux à bon escient est beaucoup plus réaliste que de dépenser des sommes importantes du gouvernement pour le "patrimoine religieux".

    Le patrimoine ce n'est pas seulement les orgues et les bancs d'église c'est aussi l'image du clergé tellement terni par les événements malheureux que l'on découvre à répétition de nos jours.

    Ce geste de l'archevêché, s'il est vraiment accomplis aiderait surement et serait une petite partie de l'amande honorable que l'Église doit sans équivoque à ses fidèle.

  • camelot - Inscrit 30 septembre 2010 10 h 46

    Autre avenue

    As-t-on songé à transformé ce lieu en salle de spectacle ? Théatre, opéra, concerts, ballets, seraient bienvenus dans cette enceinte. On n'aurait pas à démanteler le magnifique orgue. Et ceci pourrait être une source de revenus. Il s'agirait qu'une troupe en fasse son siège social, comme le Théatre sans Fil qui a aménagé dans une caserne de pompier. Comme la Noiuvelle Compagnie Théatrale qui carressait. jadis, l'idée d'aménager dans Sainte Brigide. En plus, son parvis, grandiose, pourraît être un lieu de spectacle, un Avignon plus modeste. J'y verrais volontiers la présentation de mystères du Moyen Âge, ou des concerts à ciel ouvert. Hochelaga-Maisonneuve ne possède pas ce genre d'infrastructure. Cela ferait grand bien aux gens du quartier.

  • Bernard Gervais - Inscrit 30 septembre 2010 12 h 48

    Mécènes

    Comme pour bien d'autres choses, quand il s'agit de protéger et de restaurer notre patrimoine, on demande l'aide financière de l'État.

    Cependant, les gouvernements (fédéral et provincial) peuvent-ils toujours payer pour tout ? Je crois que non.

    Afin de conserver bien des édifices, il faudrait trouver aussi des mécènes !