Entretien avec Michel Côté, à la barre du Musée de la civilisation de Québec - Un musée plus ouvert aux enjeux contemporains de la science et de l'éthique

Michel Côté<br />
Photo: Michel Côté

Moins de deux mois après son arrivée à la barre du Musée de la civilisation de Québec (MCQ), Michel Côté a déjà en tête mille et un projets d'expositions et souhaite donner un second souffle à l'établissement, qui vient de fêter ses dix ans d'existence.

L'ex-directeur des collections du Musée des civilisations (1987 à 1999) et directeur de la Société des musées québécois revient au bercail après un long passage en Europe. On avait fait appel à lui pour mettre au monde le Musée des Confluences de Lyon, un mégaprojet de musée des sciences et des sociétés à l'architecture éclatée, commandé par l'ex-premier ministre Raymond Barre. L'homme, qui fut maire et député du Rhône jusqu'au début des années 2000, souhaitait insuffler ainsi à Lyon l'effet Bilbao en dotant la capitale du fleuron des musées scientifiques d'Europe.

Après 10 ans passés aux commandes de ce projet de 250 millions d'euros toujours en chantier (ouverture prévue en 2015), marqué par le retrait du constructeur et l'explosion du budget initial, Côté n'a pu résister aux appels du pied venus de Québec pour succéder à Claire Simard, qui venait d'annoncer son départ du MCQ. «À ce moment, les problèmes liés au financement et à la construction du Musée des Confluences étaient réglés. Je considérais que c'était mission accomplie», explique-t-il.

Le nouveau directeur revient donc au pays avec le projet de réorienter la mission du MCQ, considéré lors de sa fondation à l'avant-garde de la «nouvelle» muséologie. Or aujourd'hui, Côté estime que la vocation thématique du musée et son parti pris pour l'innovation technologique ont en partie porté ombrage à la valorisation des collections du musée. «L'effet

pervers d'un musée thématique, c'est de ne pas considérer les objets en soi. Je voudrais que les gens redécouvrent la valeur et surtout la pertinence des objets. À l'obsession de l'innovation, on doit ajouter celle de la pertinence», plaide-t-il.

Coller davantage à la réalité contemporaine, en développant les volets scientifiques et éthiques de la programmation, tels sont les projets que caresse Michel Côté, tant pour le musée que ses composantes. «Le Musée de l'Amérique française ne doit plus être un musée de la nostalgie, mais un musée de l'histoire actuelle. L'histoire de l'Amérique française déborde du cadre du Québec et s'étend à toute l'Amérique», insiste M. Côté, qui entend y programmer une exposition sur Haïti.

Dans la programmation qu'il proposera dans quelques jours au conseil d'administration pour 2012-2015, Michel Côté annonce d'ailleurs plusieurs projets conjoints avec des musées d'Europe, dont une exposition sur l'art et la machine, une autre sur les liens entre Paris et le Québec, une exposition sur l'art africain, ainsi qu'une proposition explorant le rapport de l'homme à la beauté. Grâce aux liens tissés avec des partenaires européens, il entend multiplier les ententes, notamment avec le futur Musée des Confluences ainsi que le Musée de l'Europe et de la Méditerranée (en construction à Marseille), le Musée Branly et le Centre de culture contemporaine de Barcelone.

Un projet d'agrandissement du centre des collections du MCQ, qui sera transformé en centre d'études, est aussi dans les cartons du nouveau directeur. «Comme musée, nous avons aussi la responsabilité de transmettre les traces du passé aux générations futures. Le patrimoine religieux sera sûrement un enjeu important des prochaines années, ainsi que le patrimoine immatériel», dit-il.

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Rectificatif

Le Musée de la civilisation à Québec a été fondé il y a plus de 20 ans et non il y a dix ans, comme nous l’avons indiqué dans une entrevue avec le nouveau directeur général du MCQ, Michel Côté, publiée le jeudi 23 septembre. M. Côté fut par ailleurs directeur et non président de la Société des musées québécois de 1988 à 1990.