Défendre le canot à glace... à Ouagadougou

Avant d’être un sport, le canot de glace permettait de transporter des écoliers ou encore des malades entre les nombreuses petites îles de la Côte-du-Sud l’hiver.<br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Avant d’être un sport, le canot de glace permettait de transporter des écoliers ou encore des malades entre les nombreuses petites îles de la Côte-du-Sud l’hiver.

Québec — La légendaire tradition québécoise des canots de glace sera bientôt au programme d'une rencontre internationale sur le patrimoine à Ouagadougou, au Burkina Faso.

«Jamais je n'aurais pu croire que le canot de glace allait me mener à Ouagadougou!», fait remarquer l'ethnologue Richard Lavoie qui s'envolera vendredi pour l'Afrique. «Il faut dire qu'en Afrique, il y a une tradition orale importante, le patrimoine, ça les rejoint beaucoup.»

Auteur d'une volumineuse étude sur la tradition des canots de glace, M. Lavoie a été invité à présenter une conférence sur le sujet lors d'un colloque sur le patrimoine immatériel. L'événement, qui se déroulera du 17 au 27 septembre, est organisé par l'Association internationale francophone des aînés qui représente les différents pays du réseau de la francophonie, en Afrique ainsi qu'au Québec.

Pour M. Lavoie, cette conférence est l'occasion de tisser des «contacts» en vue de son grand projet: faire reconnaître la pratique du canot de glace comme patrimoine immatériel par l'UNESCO.

Originaire de Montmagny où son père était canotier, M. Lavoie vient de terminer une étude de plus de 200 pages sur cette tradition dont les origines remontent à 400 ans, mais qui vit toujours chez nous grâce aux courses de canot du Carnaval de Québec, notamment.

Avant d'être un sport, le canot de glace permettait de transporter des écoliers ou encore des malades entre les nombreuses petites îles de la Côte-du-Sud l'hiver.

L'étude, qui a été financée par la ville de Québec à la hauteur de 40 000 $, pourrait faire l'objet d'une publication en 2011, souligne M. Lavoie qui attend la confirmation du ministère de la Culture à ce propos.

Le sujet est cher à la ministre Christine St-Pierre qui a présenté, en février, un projet de loi visant à revoir la Loi sur les biens culturels, élargir la définition du patrimoine et, à terme, reconnaître des trésors «immatériels» allant des chants de gorge des autochtones du Nord à la pratique du canot de glace l'hiver.

Quant aux démarches auprès de l'UNESCO, elles sont loin d'être achevées puisque l'étude réalisée par M. Lavoie ne porte que sur la tradition dans la région de Québec-Montmagny, alors que le dossier pour l'UNESCO doit présenter «le phénomène dans son ensemble» et inclure la pratique de ce sport inusité tout au long du Saint-Laurent et même dans les Maritimes. Il estime qu'il lui faudra deux ans pour terminer le travail.

Pour cet ethnologue, la reconnaissance par l'UNESCO est capitale parce qu'elle donnera à la tradition un «prestige» qui contribuera à l'empêcher de disparaître. «S'il y a quelque chose de représentatif de l'hiver québécois, c'est bien cela!», souligne-t-il.