Visiter le canal de Lachine en chantant, un aviron à la main

Sur le canal de Lachine, des avironneurs sont sur la piste des voyageurs qui assuraient le transport des fourrures depuis le lac Athabasca, dans le nord de l’Alberta. 
Photo: Valerian Mazataud Sur le canal de Lachine, des avironneurs sont sur la piste des voyageurs qui assuraient le transport des fourrures depuis le lac Athabasca, dans le nord de l’Alberta. 

L'été en ville, c'est l'occasion de sortir de la routine ou des sentiers battus. Cette année encore, nos journalistes ont déniché pour vous des coins surprenants, des activités méconnues, des personnages, et fait plusieurs découvertes qui donnent leur texture à nos villes.

«Les Canadiens français, vous leur mettez un aviron entre les mains, et ils se mettent à chanter», rapportait un observateur du XVIIIe siècle. Durant tout le mois d'août, Mois de l'archéologie, le Musée de Lachine vous propose de chanter et de ramer le long du vieux canal de Lachine sur les traces des voyageurs, ces rudes gaillards qui assuraient le transport des fourrures depuis le lac Athabasca, dans le nord de l'Alberta.

Que les choses soient claires, il vous faudra chanter, et avec coeur, si possible, tout en assurant la propulsion de votre rabaska avec le reste de l'équipe. À la claire fontaine, Alouette, mais aussi V'là l'bon vent ou En roulant ma boule, tels étaient les succès qui égayaient à l'époque les quelque 4500 km du voyage vers les Pays d'en Haut. À raison de 16 heures par jour et de trois minutes pour chanter À la claire fontaine, faites le calcul...

La visite commence avec la découverte de l'ancien entrepôt du Lieu historique national du Canada du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine, qui fut tour à tour utilisé comme poudrière, blanchisserie, puis salle de classe. Tout le défi des archéologues a été de mettre en valeur les transformations successives du bâtiment, de «ne pas effacer le passé, mais le mettre en valeur», résume Emmanuel Nivon, guide interprète. C'était la grande époque de la traite des fourrures, des hauts-de-forme en feutre de castor et de la guerre entre la Compagnie du Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d'Hudson. Cette dernière obtint le monopole du commerce des fourrures en 1821, et Montréal perdit dès lors son statut de plaque tournante.

À cette époque, la ville avait justement entrepris de diversifier son économie en construisant le canal de Lachine, appelé ainsi par dérision envers l'ancien propriétaire des lieux, Robert Cavelier de La Salle, infatigable chercheur d'un passage entre Montréal et... la Chine. Creusé à la pioche de 1821 à 1825, le canal a alors permis d'exporter les billots de bois vers la Grande-Bretagne. C'est en rabaska, et en chansons, que vous découvrirez l'unique portion de cet ancien canal à avoir survécu au passage du temps et des navires (jusqu'à 10 000 par an au début du siècle dernier). De 1997 à 2002, un vaste programme de réhabilitation avait permis de rouvrir le canal et de mettre en valeur ses berges. La découverte des anciennes voies de transport ou des anciennes machines d'usine, c'est le domaine de l'archéologie industrielle, qui se pratique plus à la pelle mécanique qu'au pinceau, explique Virginie Fillion, guide éducatrice au Musée de Lachine et pagayeuse en chef.

À la recherche d'artefacts

Quand vous aurez accosté, la dernière partie de la visite vous emmènera à la découverte de la maison LeBer-LeMoyne du Musée de Lachine. À l'occasion du Mois de l'archéologie, le chantier de fouille est ouvert au public. Les recherches, inaugurées en 1998 par la firme Archeotec, ont à ce jour permis la découverte de plus de 50 000 artefacts, témoins de 2000 ans d'occupation des lieux. Cet été, les fouilles ont repris le 28 juillet, avec, entre autres objectifs, celui de prouver que l'endroit abritait un site régulièrement fréquenté par les autochtones de passage, avant sa destruction par les Européens. «Nous avons atteint le stade du contact entre Amérindiens et pionniers», se réjouit Jessica Massé, archéologue chargée du tamisage de la terre.

Le chantier LeBer-LeMoyne accueille le public durant tout le mois d'août, à 13h, du mercredi au dimanche. Pour y greffer la visite historique du canal en rabaska, rendez-vous au lieu historique du commerce de la fourrure, les fins de semaines à 9h15 et 13h15 (réservations nécessaires au 514 637-7433).

Pour les curieux, le Mois de l'archéologie d'Archéo-Québec vous ouvre les portes de plus de 80 sites à travers la province. Au menu: démonstration de pelote basque à Trois-Pistoles, séminaire nordique autochtone du Nunavik et rencontre avec un archéologue subaquatique à Lévis.

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